LE DIVORCE
En province, usant du sabre et des médisances, tout un régiment de dragons se querella, lors de l-Aflaire, afin de fournir au problème du divorce une solution claire. Dans Paris, les frères Marguerltte, illustres auteurs du Désastre^ entreprirent de plaider activement sur le même sujet. A la tribune de la Chambre, les ministres, parfois, donnèrent leur avis. Les parlementaires en profitent pour rejeter leurs exercices pratiques et s'adonner à quelques expériences d'hypnose oratoire. A vrai dire, cette suggestion foraine ne réussit plus guère. Dans Tenceinte du Palais-Bourbon même, ratent les passes magnétiques du geste. Le toucher vibratoire de la voix, par le moyen des ondes sonores, atteint encore les auditeurs à répigastre et à la trompe d'Euslache. Mais leur
grand sympathique et leur encéphale réagissent d'une façon purement physique. Rien n'ennoblit plus cette sorte d*émoi musical. Malgré des mots bruyants, les redondances sentimentales ne suscitent que Tenthousiasme à peu près réflexe de l'assistance. Toute cette parade émeut de moins en moins ceux l'ayant d'abord utilisée à leur profit dans les réunions publiques pour la naïveté du populaire. Aussi la question du divorce demeure obscure comme devant. Personne n'a persuadé ses contradicteurs.
Il tant revenir à la simplicité logique. Aux temps de la préhistoire, comme nous le savons, le chef du clan interdit la rupture du lien matriinonial, par esprit d'hérédité. L'homme iori, le brave, le maître, ayant vu ses fils le soutenir eiflcacementau cours des combats, et durant les péripéties de la chasse, a remarqué comment, ceux nés de lui l'emportaient en vigueur sur les enfants aux origines douteuses. Son orgueil k certifia. Le mariage fut établi, consolidé, saiM>tifié dans l'intention de sauvegarder ce principe . de puissance, de le développer et de le perpâuer. Toute mésalliance avec le riyal, l'étranger, ou rittiérieur pouvait affaiblir, par contamination de semence chétive, la suprématie de la iamiUe. De là ces peines capitales qui frappèrent les amours
illégitimes. Il y allait de la victoire ou de la défaite pour la bûrde. La scienee oontemporaiiie Infirme la nécesBÎtié de cette sélection prévue par Time rudimentaire des amcétres. NatureUemeat raduUère de la femme seule était déplorable poisqn^il semblait propice à rintrusion du bâtard. Le mâle pouvait à sa fantaisie posséder les esclaves. La vindicte de la tribu ne le devait atteindre qu*au oas de séduction souillant réponse d'an autre homme lort, d'un autre brave, d'ua aaire chef.
Aujourd'hui les femmes s'étonnent de cette différence consacrée par les aœurs^ puis par le Code^ entre l'adultère du mari et celui de la con* j«inte. Rien de plus évidemment juste néanmoins. Le goât du mAle pour une fille ne corrompra en aucune façon les vertus de Thérédité familiale, tandis que le consentement de réponse aux désirs de l'étranger, risqnt d'ablni'er pour toujours, dans la succession des temps, l'énergie particufière de la race. En onre déduction sociologique le chef n'accomplit aucun acte nuisible dans la fécondation de Tesdave ou de la conrtlsane. Bien au contraire. Mêlant Tessenoe do sea qualités & nn sang inférieur, il famende; et, par là, rend & la tribu le service d*accrottre ses vigueurs moyennes, la valeur de ses métis.
Quelques religions condamnèrent le divorce, parce que Tempreinte du premier mâle qui déflora persiste, constate Tembryologie^ à travers les naissances successives, celles-ci fussent-elles dues au rapprochement de la mère et d*un second époux. Par conséquent, la divorcée qui engendre à nouveau ne met pas au jour des produits purs, mais des fils participant aux caractères des deux mftles. Telle était la croyance. De nos jours les savants discutent cette allégation. On accouple dans les haras, les juments avec des zèbres, puis des chevaux, en vue de vérifier si les signes delà première conception se retrouvent chez les poulains de la seconde portée. On n*a point encore obtenu de conclusion probante. Le litige se pro» longe. Dans le cas où Topinion ancienne et religieuse triompherait, à la suite de ces expériences, la certitude serait inéluctable. Fatale à la pureté de la descendance, la divorcée ne pourrait s^offrir en seconde union légitime.
Sans connaître de cette recherche, les personnes qui s'abstiennent de recevoir aimablement la femme divorcée puis remariée approuvent la théorie des haras familière aux prêtres et aux législateurs antiques. Pour elles ce n'est qu'une affaire de tenue, de snobisme et de tradition,
En vérité nous souffrons du malaise obligatoire
pendant les époques intermédiaires. La famille perd tous les jours son caractère de noyau social» où se concentraient les puissances d'une patrie. L'individu cesse de consentir à lui sacrifier ses goûts. La faute s'en peut imputer aux ancêtres, aussi bien qu'aux contemporains. Si la coutume n'avait point permis l'indulgence pour l'adultère, depuis les temps lea plus reculés^ notre foi en la précellence de la famille persisterait encore. Malheureusement le contraire s'est produit. Tant de siècles ont ri de Sganarellel Or, Sganarelle défendait le principal, ce qui justifiait la coutume, les lois, et ce qui préparait, théoriquement, l'excellence d'un peuple composé de familles à hérédités pures ayant persévéré dans leur être, depuis les origines, afin de constituer de sévères aristocraties militaires, agricoles, intelligentes. Gelles-ci eussent, à la longue, formé une ample élite très parfaite pour le triomphe de l'esprit et des armes. Clitandre a souri. Chacun encouragea Clitandre. Les littératures l'exaltèrent avec sa complice. A force d'entendre railler son mécompte, Sganarelle a imité les moqueurs. Aujourd'hui, l'époux trompé estime décent de ne point mener le scandale à grand fracas. Il s'attriste, sourit un peu, traite la coupable en petite mal élevée, et demande le divorce, après
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constat du flagrant délit. Seuls, les rustres^ tos ivrognes et les brutes croient encore au besoin derenger « Tbonneurdu mari ». Un galant homme sent fort bien que son honneur ne peut dépendre d'une oscillation d'antrui sur le divan, et qn'il ne sied point de tonner ni de massacrer^ pour punir la gourmandise d'une enfant au sexeatteint de boulimie. L'aduitëre a perdu ses masques tragiques dans les entresols des romanciers psychologues. Mais en même temps la famille a p^du de son importance magistrale. Elle est entrée dans Tère de Topérette, à la suite de Ménélas.
Depuis qu'on ne décapite plus les adultères, après les avoir promenés nus, dos à dos^ sur un ânon galeux, le mariage a fini de valoir autant que le désiraient les ancêtres préhistoriques fondateurs de la coutume, Tépoux n'a pas à son service de loi qui appuie, sur nne sanction sévère, les principes de l'hérédité, en condamnant la forfaiture de réponse ; ii ne lui reste qu'à rire a^ee les magistrats d'une infortune doAt ils estiment le dommage sniôsamment pallié par seize francs d'am^de et quelques heures de prison. Les moralistes ofâciele se récrient sur la calamité de la dépopulation et la décadence de ia famille, sur le nombre toujours accru des unions
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Hbres et stériles au détriment des ménages réguliers et féconds. C^est que le mariage devient une ebose peu tentante. Un brave garçon se propose de fonder une famille, de procréer des enfants en un mot, de faire œuvre patriarcale. Bien. Il choisit sa fiancée. Viennent les épousailles, et, quelques années plus tard, ou quelques mois, ou .quelques semaines, il compte mille raisons de soupçonner. Ses enfants devront probablement à un tiers le meilleur de leurs gentillesses. S'il a, permettez-moi l'expression^ coupé dans le pont, 3*U croit à r « honneur du mari », expression désignant, de façon vague, l'urgence de sauvegarder, contre toute semence d'autrui, le sang héréditaire, si Thomme s'adresse au magsstraA, à Ui foule, à ropiaion, chacun de rire. Les gamins lui irat les cornes ; et les vaudevillistes le bernent sur fous les tréteaux. Qudiiii à Técervelée qui rép«igme au devoir commun, elle obtient pour elle la sympathie de l'univers, les déclamations des dramaturges et l'indulgence de la Cour. Que le nwrî prenne mal la comédie) et veuille se défaire de Tincenstante, ah ! ce sont des démarches humiliantes, innombrables et coûteuses.
Vous Tavez élue, monsieur, gardez-la donci Pensez un peu si ce cher, si ce respectable amant était contraint de Tentretenir à votre place, le
pauvre I Vous êtes, de par la loi, le banquier d'une femme qui donne de Famour gratuit au passant. Restez tel. II faut que Clitandre vive, et se paye des colifichets. Exprès nous avons même élaboré un article du Code qui lui défend de s'unir à sa complice, après le divorce. De la sorte, ses intérêts pécuniaires restent sauvegardés contre toute requête intempestive* Voilà.
Sganarelle veut bien rire, puisque tout :ie monde se plaît à la farce. Seulement, les Jeunes célibataires profitent de la leçon« Ils négligent d'encourir un pareil ridicule, à moins que des avantages matériels ne compensent la nullité du bénéfice moral.
Des législateurs décidés à pourvoir la famille de son autorité primitive et respectable devraient punir autrement le crime contre Thérédité. Il ne s'agit point de châtiments corporels. Mais au lieu d'attendre la plainte du mari, la Loi devrait spontanément poursuivre les adultères, comme il fut démontré dans un chapitre antérieur. De même qu'on arrête l'assassin sur le lieu du meurtre, sans exiger au préalable de la victime un papier, des signatures, une provision et une eonslitution d'avoué, la police devrait pouvoir, spontanément, et sans avertir lefmari, opérer le
constat de flagrant délit. Ensuite la femme comparaîtrait devant des juges qui prononceraient immédiatement le divorce, et n'y joindraient aucune peine afflictive, ni même Tamende ordinaire de 16 francs.
Car la faute nuit plus à la société qu'à Tépoux. Répétons-le : cette plaisanterie jette à terre tout le vieil édifice de la civilisation familiale. Pour peu que l'on tienne à prolonger son existence branlante, il importe de contraindre à en respecter le principe.
Les frères Margueritte, dans les ouvrages très documentés qu'ils publièrent sur la question, énumèrent les incommensurables obstacles opposés aux démarches du conjoint demandant le divorce. Elles sont dignes d'inspirer une verve de poète épique. C'est un tort. La loi ne peut relever le prestige de la famille qu'à condition d'en chasser le mensonge et l'hypocrisie, de rendre évidente la santé , la pureté de la transmission héréditaire, de l'atavisme moral et physique. Il faut donc impitoyablement exclure celles incapables de se soumettre à l'idéal du mariage, en infligeant l'obligation du divorce, dès la première faute ; à tout le moins en rendant très facile cette sanction.
Le jour où le mariage ne pourra plus guère
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étxe soupçonoé d'hypocrisie, il récupérera ses influences morales. Lom d'être €<mtraire, par conséquent, k Tamélioration des nuBurs, le di- Force ne peut que les servir. Grâce à lui se créeront très yite deux catégories détwminées de couples : d'une part» ceux loyalement, défiait!rement acquis au devoir de rhérédité iamilialo, et capables de subordonner les caprices de leurs instincts à la vie de la race ; d'autre pari, ceux qui entendent le mariage comme une sorte de mode indispensable à suivre pour tous les snobs désireux de restions mondaines, pour tous ouvriers et bourgeois avides d'être bien notés dans l'esprit moral du patron, mais qui se soumettent à la règle yerbak, tout en se dérobant aux obligations réelles de cette r^;le.
Ceux-ci, je veux dire celles-ci, se trouveront démasquées. Force l^ur sera d'avouer leur lo- ^que libertaire, de s'affranchir publiquement, de se séparer des autres, d'abdiquer le mensonge. Alors une nouvelle société se formera, s'arrangeant de l'union libre et des liaisons successives. Elle nesera très probablement ni moins digne de respect, ni moins apte anx grandes oeuvres.
En débarrassant les âmes passionnées de l'hypocrisie, par l'application spontanée du divorce.
la Loi les contraindrait au courage de leur opinion. Elles conquerraient alors la noblesse de leur franchise ; ce qui est bien la plus belle des morales. L'idéal changerait de forme. Nul ne peut dire encore s'il ne s'accroîtrait pas.