LE MÉPRIS DE LA VERTU
Tous les gens n'adoptent pas les nouvelles mœurs, ni leur cynisme aimable. La bourgeoisie de province en reste d'ordinaire aux traditions du dix-septième siècle, pour ce qui concerne le soin de régir sa vie.
Une dame m'a conté Thistoire de sa parente, type même de ces âmes.
<( Elevée sagement par les religieuses, à la vieille mode, ma cousine épousa, vers seize ans, un jeune employé d'administration qui vint en villégiature dans notre pays, au bord de la Loire. Elle était contente de quitter la campagne et la province, de connaître Paris. Elle loua un logis de trois pièces à Garches, devant la gare, pour que son mari pût se promener le soir dans le parc de Saint-Cloud. Depuis dix ans, elle y
demeure. A six heures du matin, elle se lève. La femme de ménage arrive, allume les feux, lave la vaisselle, cire les chaussures et balaie, puis s'en va. Ma cousine accomplit tout le reste de la tâche. Elle brosse les vêtements, fait le lit, pendant que son Georges traîne de pièce en pièce le rasoir à la main. Enfin, il est prêt; il déjeune. Pendant cette opération, sa femme se débarbouille, se coiCfe, s*attife à la hâte, nettoie la petite, l'habille et la mène à Técole. Le couple ensuite prend le train pour Paris, car Georges est jaloux. Il préfère que sa femme termine le matin ses courses aux Halles et au Bon Marché : raprès-midi les suiveurs abondent. Vers onze heures, elle rentre à Garches, va chercher son enfant à Técole, la fait manger, la reconduit chez rinstitutrice. Dans l'après-midi, elle n'a que le temps de raccommoder le pantalon gris, de border la jaquette noire et de recoudre quelques boutons au gilet de Tépoux. En effet, il aime les plats réussis. La bonne cuisine exige une longue attention. Ma cousine épluche ses légumes. Elle prépare les coulis. Elle vide, son poisson. Elle plume la volaille achetée à bon compte, et met le ragoût sur le feu. Tout en cousant, elle va surveiller ce qui mijote. Six heures. Elle s'enferme dans sa chambre, se lave, se parfume, revêt la
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seconde de ses japes noires, sa blouse de »m maave, no«e un ruban frais autour de sa taiUe, de son cou, éfôngie son chapeau dans aon cbi*gnon. Elle veut plaire quand, du wagoo, il la vem 8vr le quai, pimpante, el douce au baiser. Le ToUà. Les beso^^nes du jour 1 ont eammjé^ Amèreaient} §1 se plaint. Pour changer debiupeau, il faudrait entreprendre quelques dénarcheB. Ui père rigide lui «tseigma que toute sollicîtatioft est avilissante. On doit parvenir par ses mérites smIs. Là'dessus, Geoi^s ne transige pas. Parmi ceux qui dtilnitèrent en même temps qmb hii, deux sont devenus sous^hafs. Mais ils iattaiemi le directeur du personnel ; ils s'arrangeaient pour venir à sa rencontre, comme par hasard, avec de petites camarades agréables, et les loi présentaient. A de telles complaisances, Georges préférerait le sœdde. Il est resté commis, à deux mille quatre. On lui conseille d'alkr voir 1 ami de son onde, Tamirai B..., homme isfinenl, et très disposé à le soutenir. Cette visite lui répugne : ^ Pour qui me prendrait l'amiral?
Pour un mendiant, un importnn, un sauteur !
Mon oncle hil a monUé mes neHes et mon dossier. S'il veut agir, il le peut, sans que J'aille Tennuyer chez hri^ à la façon des gens mial élevés. 1^ L'amiral promet sans agir. Non lom de
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Garche&y à Vaucressao, la maitresc^e de rinspectour général habite un pavillon coquet, dà8 avril. PhisieuEs fois, elle a fait savoir à Mme Georges qu'elle recevrait avec plaisir la petite fille et la jeuae inère.. C'étaieat là des ouvertures. L'inspec^ teur général pourrait tacilement prendre Georges daAs 8(>B service de contrôle. Un avenir superbe s'ouvrirait. Jamais Georges ne permettrait à sa femme de salues* « une fille ! )» Il aime mieux recevoir ses deux ceoits francs par mois, sans graUfieation. Ua cousine l'approuve. Ils regardent le sabre et la croix du père, lieutenant de vaisseaui mort au Tonkin. Celui-là n'aurait point permis un tel déshonneur. Donc...
«Cependant ma oousine coupe leurs moncboirs daafi les vieilles chemises ; et taille les robes de la petite dans ses manvaia corsages. Elle tricote tous les bas et toutes les chaussettes. Lui, bachelier^ licencié en droit, cire le parquet, le samedi soir, en manches de chemise. Au Jour de TAn et à Pâques, ils vont applaudir en matinée la pièce à la mode. Durant le moid d août, ils prennent le train de plaisir pour Dieppe, et passent là quarante-huit heures. Ce sont les gprandes joies^ eutre oelle des fins de mois. Quand il fait beau» le jour de la paye, ils s'attablent tous trois au Pavillon Bleu, devant trois demi-glaces, une à la
vanille pour la petite, une à la framboise pour ma cousine, une au citron pour Georges. Il soupire un peu, fronce le sourcil, s'il voit, par hasard, entrer Tinspecteur général et les deux sous-<^àefs devenus inspecteurs des sections à huit mille, mariés. Leurs femmes accompagnent la maîtresse du gros bonnet. Elles commandent un menu somptueux. En juillet, Tun des chefs, celui qui a épousé la plus jolie des deux femmes, sera promu chevalier de la Légion d'honneur, comme le père de Georges, lieutenant de vaisseau, mort au Tonkin.
aPourquoi?... écrit ma cousine dans de longues lettres amères, éplorées... Pourquoi cela dessert-il tant d*élre honnête et incorruptible ? Pourquoi mes parents, les religieuses, ma famille et mon mari m*engagërent-ils toujours à tant d'orgueil et de vertu, si j'en dois pâtir autant, si ma fille doit, ensuite, vivre pauvre, méprisée, sans espoir? Pourquoi? »
Parce que les Raspail et les Jules Simon ayant prescrit aux étudiants, comme une belle action, d'épouser leurs maîtresses, celles-ci forcées par la position de leurs maris, à voir le monde, pénètrent dans les milieux brillants où l'élégance et le bagout suffisent, comme marraine et parrain. Elles recommandent, dans les salons, Tau-
dace de leurs pareilles. Intruses mélangées aux honnêtes femmes, elles les supplantent. Un oncle de province reprochait naguère cette facilité d'accueil à sa nièce du Parc^ Monceau, femme d'ailleurs irréprochable. J'ai retenu le dialogue:
— Ça vous étonne que je reçoive cette chanteuse, parce qu'elle est entretenue? Baste! elle vaut bien certaines de mes amies ordinaires qui, de cinq à sept, se déshabillent dans les rez-dechaussée de la jeunesse, malgré quelles soient rentées par leurs maris, industriels, artistes, fonctionnaires ou députés. L'une a l'excuse de la pauvreté, du talent. Les autres, non.
— Mais il y a vénalité dans son cas ; elle vend les plaisirs qu'elle donne. A supposer que la calomnie ne les maltraite pas, vos amies prodiguent des joies gratuites. La vénalité constitue non pas l'infamie, car il n'est pas plus infâme de louer son corps que de louer sa maison, mais la difiérendB de vies sociales. Et cette différence doit vous séparer irrévocablement.
— Alors, pourquoi m'autoriserez-vous à recevoir ce joli vicomte de M.-. ., qui, sans le sou, se fit épouser par une fille d'aubergiste allemand, laide, pataude et millionnaire I Aussi bien que la chanteuse, il est entretenu. Ce n'est pas 'écharpe de M. le maire...
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— Pardon. Dès qn'ïl f a Mariage, il jr a dispa^ ritloQ de régoîame individuel devaBl la famili» par quoi la soeîélé ae développe» du mohia aa tikiorie. Sa marier, oest accepter le vieux eoQitrat sooial, pour infiuffiaaût eteaduc qu'il apparaisse. Le viaonite D'est eniretenu que par suroroii. L'argent de la miUioAQaire reste dedtiné à une descen*' danee oiiae en état d'acqaérlr une culture alile, dont la République, certain jour^ profitera. La principe est logique... Au oontraire, la courtisant alM0i4>e l'argent pour son égoîsme propre. Il n'j* a pas ohes elle d'eftort convenu en Thonneur 4» Tavenir. Elle se garde sâ^ile» dépensière et eon^ tenta, sans assiiiaer la ckarge [de fonder une faanille, élément essentiel, jusqu'à ce îeuart de i'évolutioA nationale. Voilà pourquoi elle n'a nui droit au respect que vous déeerne la k». D'antre part, il est seientiiqaeaient reoeanti qu'à se mêler, les castes perdent leurs énergieav Fré-^ queatant chez vous, la oourtisane imiteord ik» habitudes. Moins spontanée dana ses eaf^noesi plus avide de eonsidératioa, elle ^négligera les parades et le luxe. Elle atténuera Tart de grandir l'insolence de sa beauté, et n'acoom-^ plira phis sa mission qui est de procnrer aux hommes une sensation de sf^lendeur vivante. La courtisane se doit d'être un personnage de statiM,
LA MORALE DE L AMOUA aid
d« tabletu» e4 de s*exposer en public. Amsî elle excite le désir des bonaiDes (fui travaillent davantage, bénéfice général^ afin de la posséder un ymi, Qu'elle emprunte vos babitodes bourgeoisea et son rôle d*excitant finira. De même, elle insinuera dans votre entourage le goût de Tostenta'tioa, de la vie extérieure, de la vénalité amoureuse et de la tromperie^ toutes choses destructives de la valeur familiale, puisque les entants instruits par des exemples fâcheux, cbercheront, dans les triomphes passagers des fêtes, la récompense médiocre d'un orgueil capable de viser à produire de grandes œuvres. La République et Tavenir perdront ces énergies. Voilà les raisons supérieures qui défendent de réunir les courtisanes aux épouses, sans impliquer le moins du ■M)ad6« par cette séparation, le blâme ou le mépris envers quiconque. Il y a diflés'ence de mission. Voilà tout
— Que de subtilités!... Tout à Theure vous traitiez fort mal une autre de mes visiteuses. Abl la pauvre femme I Une gourgandine, ellel... Peint du tout Elle a été la maltresse de Gounod. C'est de la gloire. Ce n'eat pas du vice.
— Cependant, il svbsiste, par le monde, plusieursoantaines de personnes, sansdoute^quipartagërent la chance d'une telle rencontre.
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« La plupart achèvent dans des bouges humbles une existence dépourvue de noblesse. Pourquoi le dégoût que vous professeriez certainement à leur endroit abdique-t-il devant leur sœur enrichie ? L'argent, Télégance et la façon effacent donc toutes limites entre le vice et la vertu ?
— Ce n*est point l'opulence que je salue, mais Fart employé pour y parvenir, au lieu d'avoir croulé dans l'avilissement. Je rends hommage au génie de rintrigue, de l'entregent et de l'adresse qui transforma cette fille en une personne recherchée par les femmes légitimes de personnages officiels ou presque.
— Savez-vous les moyens qui firent triompher cette intrigue et s'il n'en est pas de honteux ?
— Je ne pense pas que les vertueux prédominent. J'ignore, et m'en tiens là. Seulement la comtesse de T... la voit. Elles frayent ensemble avec les ambassadeurs. Par ses anciens amants, elle peut être utile à mon mari, qui veut sa commandite ; à mon fils, qui sollicite un poste d'attaché. Le reste n'importe pas. S'il m'importait^ mon mari n'aurait pas les capitaux, mon fils resterait stagiaire. On nous mépriserait scrupuleux. Tandis que, ces avantages obtenus, on nous estimera les égaux de gens aujourd'hui nos supérieurs. Nul ne nous reprochera
le coup d'épaule de la vieille Aspasie. Mais, si nous en demeurions à notre état présent, on nous traiterait comme des gens de peu. De tout temps, il en fut ainsi. Les maîtresses des hauts personnages ont été les protectrices efficaces du talent, du génie, et de la simple ambition. Evincer les courtisanes mûres, c'est se vouer à Tobscurité, ou du moins à la conquête trop lente de ces honneurs dont nos, qualités réclament la très prochaine attribution.
En des termes analogues, les Parisiennes défendent leur tendance à s'acoquiner. Une cocotte intrigante et amie des puissants remporte sur toutes les bourgeoises exténuées de sacrifices devant Tautel du devoir. Celles-ci, on les respecte en bloc dans les discours officiels et les traités de morale inconnus. C'est tout. Celle-là règne, en ce sens que rien ne lui est refusé de ce que Ton convoite : Targent, Tinfluence, les sympathies, et même la considération.
L'honnête femme demeure dans l'ombre. Elle n'a point de dévots. On a déserté tous ses temples. Il est dangereux de ne pas l'encourager davantage.
\MB AFFAANCNIfiS
Aux ptagMO* nuirmure la pUAMe taBgom^eust dota mer, ka CteinoasonaMt, l'éM, àê mUle mu- 8fi{iBes, lantAt prétentiMaas dl fa&tM nalt^. Laa coulcnrs fraîches brHlattt sur les iâiaas dM yaobte, ondoîant aree totnD pavlUofts, rvtlleftt atir les parasols flaiilés dans le 8aUè> font una kmgm ba&éi dM0fênU^i^oppmêkVbôtHotà.y eatte Uaee de gréail eiiti^ le blea gfiadtre dM eaux et rastur détaxé du efel. Bbmahea par lati» femmes en robes souples, par leurs baigaetir» edi eompleta daflafieHe, lewiea par les (di«peatix Aigaarta des iftneaset, et tachaiéea par laa cas^ iaiaes écarkttes ou bleus de leur» oafatils> IM foules se prélassent, jasent en repos.
Les courtisanes abondent aux environs du Casino.
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Elles paraisseai curieuBes i présent, l^eur tactiq^ 0Bi de s'iQlffoduii« daas les (amîUes, sous tes «pparenoes d'ariUstes de qui le taieo4 49it excuser U proetîtiitioii. Pour peu qu'eues aiaut, 4aQ6 un beqglant de proviAce, chwM queui«e reoia we seoiîmentale ou quelque scâe eiausante, <elle9 parlent avee emphase de Olûck» préfèreAt Beeiboven à Wagner, eouB»etteat h Te^EMiien 4e leur critique Debussy ti ErlMC^r. Sur le pîano de TfaMel, elles interprètent du I^alo, du Grieg, durant les dix minutes qui précédât le dîner. Certaines trimbalant des cbevi^ets et des bottae i couleurs. Elles poseiDt au milieu des badaud qui se pressent vers rombrelle plantée diMM le Bol, et inclinée comitte U convient pour diriger le jour du plein air. En robes exqmseineai simples, en corsages diaptianes q«i les tont nnee, elles barbouillent des toiles avec des mines attenUves et crispées sous le masque de fard tsoUé à la vaseline. Il en est qui rédtent de leurs fers, entre ceux de Heredia et de Mendès, puis les calligraphient volontiers sur les éventails 4e toutes {les convives assidues dans lewr restejinuit.
Jadis, les bourgeoises eussent fui ces aventurières agréables. Maintenant, les unes aux autres e' acoquinent. Les enfants vont regarder « la
dame » peindre. Ils veulent entendre « la dame qui chante si bien», et celle que les messieurs applaudissent quand elle récite ses poésies. Habilement, les cocottes artistes tapotent les joues des marmots, font montre de tendresse à l'égard des petits, puis les ramènent à leurs mères qui remercient, prennent Thabitude de rendre le salut, d'échanger des opinions sur la température, des compliments sur les toilettes, des confessions d'antipathie et de sympathie relatives aux promeneuses. Bientôt, Tartiste est déclarée charmante, délicate, fort intelligente. Vous la trouvez peignant à côté de votre tante qui brode, lisant à côté de votre cousine qui fait ses comptes, apprenant une vieille ballade à vos neveux intimidés. En vain représentez-vous à votre oncle, à votre cousin et à votre beau-frère Tinconvenancedece hasard. Tous trois ont de secrètes raisons pour tolérer cette compagnie. L'un après Fautre vous affirment que la coloriste a remporté deux médailles à TExposition de Stuttgart, que la poétesse est reçue chez un académicien « que la cantatrice a dans sa chambre une couronne de lauriers en vermeil, présent des abonnés de rOpéra. Et leurs épouses de renchérir, de développer quelques thèses sur la tolérance, l'indulgence, même sur la loi de pardon que le
Christ enseigne aux siècles. « Vous n*étes pas un vrai chrétien I » m'a répondu naguère une amie que j'avertissais d'une telle erreur.
Quelques mois plus tard, ces excellentes artistes se marient à de braves garçons naïfs et possédant quelque fortune. Ils s'imaginent avoir sauvé de Tinjustice des génies méconnus. Us vous déclarent qu'ils n'auraient jamais pu vivre avec une femme « pot-au-feu ». Au reste, leur ménage ne semble pas autrement orageux. Châtiée jadis par les longues déveines du Moulin- Rouge, du Casino de Paris ou d'Armenonville, l'artiste se souvient trop des entôleurs qui la grugèrent, des princes poseurs de lapins, et du travail parfois répugnant que Ton exigeait d'elle, moyennant un malheureux louis, dans les maisons accueillantes où de vieux messieurs viennent prendre le thé, vers six heures après midi. Sagement, elle ne fait pas son mari plus cocu qu'un autre. Doucement, elle engraisse.
Il se forme ainsi une société mixte, qui tient par ses parentés, ses relations, au monde ancien plus sévère, et qui, par ses goûts de la beauté, de l'élégance, de la gaieté gouailleuse, voire d'un art superficiel, s'unit au demi-monde.
Les bains de mer sont favorables à ces transac tions. De juillet à septembre, il se conclut mille
9i milk pactes équivoques. Tels les afiranchîs de Rome siasiouèreni daos le patriciat, et comiueft* Gèrent sa désagrégation morale.
Ce n'est pas qu'il faille réprouver avec une teiae janséoiste les femmes qui (dK>îsirent les aventures au lieu du mariage. Si elles se décidé* rent en parfaite franchise, leur droit demeure manifeste. En aimant gratis ou contre salaire elles ne nuisirent à personne. Au contraire, elles ont procuré maintes satisfactions estimées. Or, ne pas nuire» c'est la première maxime de la morale. Quiconque la respecte mérite d'être i^aé« Bien des tsms dits honorai)l6s et vertueux a'ob* servent pas ce commandement bumain. Afin de gigaer ils rninent légalement autrui, exploiteat le travailleur, asservissent leurs employés, coa* quièrent la fortune et les gloires, sans élaborer même une (savre sociale dont le résultat justifie ces crimes. De loyales prostituées valent mieux que ces honnêtes gens. Et^ à ce point de vue, la société mixte raisonne oongrùment, lorsqu'elle les môle.
Uais, chaque jour Ton entend gémir^ sons prétexte que l'armature sociale opaque, se fendille tt s'efirite. Beaucoup pensent que le bien est Tape* nage de nos institutiona traditionnelles : propriété, mariage, hérédité légitime, vertus bourgeoises, eto. Tolérant que les femmes libres ou
les adoltères avérées s'îmmiseeDl dans leurs milieux, ces contempteurs du Présent, introBieent la licence du Futur à leur foyer. L*exemple d'épouses légères ou de courtisanes réhabilitées ne peut qu'engager les jeunes femmes fidèles par éducation i s'aOranchir des préjugés survivants. Certes, il en est dont Tàme héroïque ne cédera point 11 en est aussi qui s'autoriseront du succès dévolu aux coquinee pour s'offrir les joies inter- £tes.
De là ces mille potins et ces mille seandalee dont nos propos aiment se régaler. De là cette progression continue des divorces. Il semble que l'on aille rapidement vers une ère de transition caractérisée en ceci que les femmes commenceront leur existence par le mariage, puis, lasses, la changeront par un ou deux divorces, avant de finir par la vie libre ; tandis que les courtisanes eommeneeront par la prostitution, avant d'y adjoindre le prétexte artistique puis, de terminer leurs jours le nez sur le pot-au-teu.
Alors, le mariage ne sera plus un état vital, maie tantôt une combinaison provisoire, tantôt nne oombinai8<m de retraite. On saura moins encore de quel père naîtront les enfants. Confiés à l'Eut, aux cotlèges, aux lycées, aux peuaions, ils s'arrangeront, comme les jeunes Amé-
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ricains. Dès quinze ans, ils quitteront le foyer, ils entreront résolument dans la lutte générale, en comptant sur leurs seules vigueurs, physiques et morales. Fatalement ils chercheront dans les associations, les mutualités, les coopératives, Tappui que la famille déchue leur refusera. Cette nécessité les obligera-t-elle à des énergies qu'ils ignorent trop ? Peut-être. L'adultère et le divorce auront-ils préparé notre descendance à des victoires dont les écarte notre éducation française contemporaine ?
Oui. Nous tendons de plus en plus à nous accommoder d'un état de choses tel que la chasteté n'y vaudra plus rien. La cote de la fidélité conjugale et même amoureuse décline chaque jour. Nos bourgeoises n'affichent même plus cette hypocrisie de façade qui les obligeait à s'écarter des libres amantes, des affranchies, et qui les forçait, en outre, à nier les écarts de leurs pareilles. L'esprit du naturalisme a tué cette hypocrisie, que l'on cultivait autrefois par sentiment religieux, afin d'éviter le scandale. Car la religion, dans sa merveilleuse intelligence des principes sociaux, avait su mesurer les conséquences de l'exemple. Péché caché était à demi pardonné, parce qu il ne suscitait pas l'imitation. La déca* dence de Tâme religieuse, qu'anéantit en deux
siècles Textraordinaire stupidité des prêtres, devait aussi mettre fin aux hypocrisies crues nécessaires. Aujourd'hui, le scandale remporte. Délibérément, la jeunesse embrasse une vie licencieuse. A côté de Tancienne société vertueuse, du moins, en apparence, et même plus qu'on ne croit, en réalité, une société d'affranchis s'est développée jusqu à lui devenir égale, par le nombre et par les prestiges. Naguère, la séparation persistait entre elles. Maintenant, une société fixe s'organise pour les unir, cest-à-dire pour abolir la vieille sagesse au bénéfice de la nouvelle indépendance. Car les affranchis du joug moral, par leur exemple, déchaîneront les instincts encore réprimés dans l'austère bourgeoisie des provinces. Les trois sociétés se fondront, mais au bénéfice de la morale des affranchis. Ce phénomène sociologique est en voie d'accomplissement.