LES TEMPLES DE LA BEAUTÉ
Ces dIscnssioDS DesoBt pas frivoles. Ler61e de'^ki beauté daosrÉtatfut toujours considérable. Si Périelès, Âldbiade et Socrate Bravaient point intelligemment admiré les formes d'Aspasie, sans doute eussent-ils légué moins de sentences ingénieuses où la sagesse humaine se résume, et que Platonsut consigner dans sesœuvres. Phrjné servant de motif à Praxitèle qui sculptait les déesses, enseigna dans les temples, par la vision des statues, le sens de Tbarmonie aux générations de poètes et de philosophes hellènes. Plus près de nous, le rôle des belles ne fut pas moindre. Envoyé par la Convention à titre d'énergumène pour établir la terreur dans Bordeaux, mais ayant vu, dans une prison, réponse de M, de Fontenai, Thérèse Cabarrus, une Espa-
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gitolede dix-huit ans fort jolie, Tallien ohangea s( prmnptement d*âiDe qu'il se fit accuser de modérantisme à eon retour. Puis, comme il craignait réchafnud, déjà préparé pour sa maîtresse, fi aida Fouché à détruire la dictature de Robespierre et à faire le d Thermidor. Ce fut dans le eekm de Mme TalHeo que les protagonistes de la réaction se réunirent pour ie triomphe de Nsh poMon Bonaparte, en Brnmaîre.
David éternisa telle gracieuse posture ée Mme Bécamfer. Là chronique nous apprend qne Mtte personne spirituelle fut une prêtresse d'idées pour les adrersalree du régime consulaire et Impérial. En admirant les charmes, l'éclat de iseîîe jeune femme, on venait dans le salcm de M. de Staei entendre parler Benjamin Coutaiit et quelques philosaphes. « Depuis quand k ecOH seil des ministres se tient-il chez Mme Réc»mier ? » vociférait l'empert ur, irrité d'apprendre que trois de ses ministres s'étaient, la veille, reneofitrés dans ce milieu. La puissance morale de rinlelHgefite beauté eflraya tellement le pouvoir, qu'elle fut exilée pour avoir rendu visite, un seul jour, à la fille de Neoker, dans le ckâletii de Coppet. On redoutait que Tinfluence de Mme de Staël ne doublât, si la splendeur jÀnpsique de sa protégée lui donnait le secours d'une
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présence continue. Camille Jordan et Ballanche forent les intimes de Mme Récamier lorsqu'elle vint endormir à Lyon sa peine persécutée. Ces 4leox hommes intègres s'enorgueillirent de faire connaître celle qui avait refusé de soumettre à la police du despote l'indépendance de ses amis. Elle devait aussi recevoir dans l'ermitage de TAbbaye-aux-Bois Chateaubriand disgracié, organisant Pop position constitutionnellequi rendit possibles les trois glorieuses journées de 1830. « C'est la danse de Mme Récamier qui m'a donné l'idée de celle que j'ai essayé de peindre », écrit Mme de Staël pour expliquer comment elle décrivit les pas de Corinne dans le roman célèbre. Autour d'une Muse flexible, souple, habillée d'étuis légers et collants, à la manière antique, peut-être, furent discutées les conspirations qui causèrent la chute du colosse impérial, et celle de Charles X. An Louvre, nous considérons cette figure d'un ovale ingénu qu'entourent des boucles un peu roides ceintes d'une bandelette, à la grecque ; nous aimons ce corps placide, mais près d'être sinueux au moindre geste et où Téchine se creuserait élégamment dès l'attitude prochaine. Nous nous étonnons de savoir que les esprits les plus ardents de France s'enthousiasmèrent trente ans près d'elle ; qu'ils éclairèrent le monde comme
les rayons projetés d'un centre lumineux. Afin qu'elle louât un acte, un discours audacieux, une parole de liberté, plusieurs grands hommes risquèrent leur gloire et leurs vies.
Cette beauté de la race centrale française fut donc essentielle, de 1800 à 1830, au mouvement des opinions. Certes, il importe que la forme soit la gaine d'une intelligence instruite. Sous une apparence harmonieuse, Tesprit peut davantage. Sous la grimace de la laideur, son influence reste mesquine. Aussi, lorsque la mode menace de pervertir notre goût des lignes pures, il convient de protester.
Éviter de telles fautes est difficile. La plupart des femmes préfèrent la mode à la beauté. Elles acceptent tout hideux travestissement dès qu'on leur persuade que c'est là « le chic ». Cela d'autant mieux que les lanceuses de modes nouvelles étant, à l'ordinaire, des Parisiennes très riches et très jolies, le déguisement, pour atroce qu'il soit, mais somptueux, devient passable sur leurs corps et sous leurs figures de jeunes déesses. Immédiatement, des dames moins douées copient le costume en vogue. L'ignoble de la chose qui se trouvait amoindri, même efiacé par la ma. gnificence physique, reconquiert toute son hor-> reur contre l'échiné bombée et le ventre en
pointe de certaines imitatrices» A mesure que la mode se répand, elle afflige plus de statures disgraciées. La ville se remplit d'abominables guenons affublées de loques sinetres et branlantes. L'esthétique de la nation, ao lien de s'améliorer, ne peut que déchoir à ce spectacle.
Pour cet état de choses, les remèdes n abondent point* Sans doute le meilleur serai t-il de réunir souvent, dans un palais agréable, les moulages des statues exemplaires, et, si Ton poa^ vait, un nombre choisi de créatures vivantes, modèles permanents pour les artistes de la cou* ture, les élégantes, les passementiers, les orlèvres.
Une Italienne aux seins lourds, à la figure ronde, aux cheveux noirs étalés en bandeaux, aux hanches puissantes et aux jambes longues évoquerait dans Tâme de l'esthète un accord d^ nuances et de lignes appropriées à son tj^eu L'on composerait ainsi une robe digne d'être applicpiée sor les épaules des femmes brunes;, mamelues, et de visage passionné.
Mince, haute, coiffée d'or pâle et la poîtriae basse, la Scandinave de peau très blanche, hyt- Jine presque, susciterait l'imagination de matt* ieaox onduleux nuancés comme la neige et la mer froide. ^
De ta Grecque, le profil fin, la flgufe aqutttM bordée por des cheteiix en ailes de corbeMt ie cM-ps agile et notde, aux attitudes souvent tragiques, permettraient de eonceroir les vM#ments 6troits, sombres quii font de TAtre uAe ooibre mystérieuse, indifférente aux choses, pathétique.
Vdàt de ralllerlo dans le minois espiègle, puis tout à coup sévère pour un iastant, est to propre ^ la dtddine menue. Ses membres déliés, sii prestesse, sa taille roide, ses courbes d'andr^ ^ne, ses jambes de gamin leste et pimpant, les illusions vicieuses de sa démarche en jupons pareils aux corolles de fleurs renversées, ce sont les éléments d*une beauté fine et variable quil plaira de vêtir avec des tons clairs et soyeuXi des soies murmurantes, des Jais scintUlants oomme les œillades, des chapeaux k plumes.
La beauté bumatne est Texpresslon la plus entière d*une race en un individu qui représente ses mérites et ses vices développés par tm «llmat spécial, Faspect d*un payss^e habituel, et les coutumes de son histoire. Un congrès devrait réunir les types absolument définis des peuples hétérogènes. C'est en les comparantt etk les différenciant, en les opposant, que le concept d'un étalon de beauté finirait par naître dans le
cerveau de l'observateur. La Flamande et T Allemande du centre, qui perpétuent la divinité de Cybèle, ses beaux bras frais, ses chairs abondantes, rosées aux jointures, communiquent une impression d*embrassement doux, de maternité féconde, de douce bonté riante, de servilisme affable. 1/Espagnole indolente, mate, casquée d'une masse de cheveux bleuâtres, en quoi elle pique une fleur de narcisse, provoque, malgré la même massivité des chairs paresseuses, un sentiment de passion frénétique, de conquête audacieuse et jalouse, d'amour colérique, avare et rancunier. Lar maraîchère de Séville, assise, une cigarette aux lèvres, sur la marche du patio, les mains tombantes entre les genoux écartés, est presque semblable à la cuisinière bavaroise accroupie sur un tabouret de paillepour moudre le café qu*oa mêlera dans le lait de la Jatte. Qu'elles se ressemblent comme deux sœurs grasses même, rien ne sera pareil en elles, s'il nous amuse de vouloir définir les âmes transparues sous les traits de leurs figures, et dans Tapparence de leurs yeux ensommeillés.
Au cœur de nos villes cosmopolites, les races, depuis des siècles, se confondent. La diversité des types appartient à la diversité des origines. Il y a des trottins espagnols, bien qu'on les
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nomme Mlles Dupont et Durand. Nous engageons des servantes allemandes, encore que leurs aïeux aient porté un nom français de son et d'étymologie. Nos jeunes mondaines blondes, fluettes, bonnes cantatrices, un peu félines, curieuses de toutes les sensations, facilement immorales, dotées de mains fines et pâles, ce sont les descendantes de Slaves inconnus, passés à rOccident avec les immigrations polonaises et prussiennes, d'une société à Tautre, pendant les seizième, dix-septième et dix-huitième siècles:.
Pour chacune de ces créatures^ il siérait de produire des toilettes adaptées à leur caractère ancestral, si nous voulons obtenir des artistes couturiers que la splendeur des promeneuses ne diminue point la magnificence de la ville.
Cela serait possible. Dans un édifice approprié, les plus belles femmes de chaque race s'offriraient à Tadmiration de nos intelligences. Elles signifieraient les excellences de leurs nations. Ainsi les statues des anciennes déesses signifièrent Tesprit des vieux peuples dans les temples de la Chaldée, de la Phénicie, de rÉgypte, de la Grèce, de Rome.
n appartiendrait à Paris d'ouvrir ce panthéon de la Beauté et d> faire paraître les idoles vi^
vantes. Ce serait .une fête utile et singulière. Lit s'établirait enfin Tétalon logique du luxe. Les règles de la toilette gagneraient une valeur de science. Les émules d' Aspasie et de Urne Réc»mier nous font défaut. On n>n saurait trop eoor naître dans une société d'esprits : ils déeupleat leurs forces en se groupant autour d'unie pré^ tresse adorable de leurs idées* A eelles^i, To»tensoir est nécessaire pour qu elles (Mrenttenl conscience de leur grandeur et de leur pouvoir, pour qu'elles songent à dominer par Fao^ tion.
Voilà pourquoi je demandai qu'on insrtu&t un temple de la Beauté cosmopcdite, et qu'oi^y ra»^ semUàt des dévots.
Les journalistes qui s'occupent plus particu» lièrement des moeurs et de leurs beautés nationales pourraient se confédérer afin d'établir un concours de beauté dans les capitales de leurs patries. Les lauréates seraient priées de se réu^ nir à Paris pour le jugement définitiL 11 serait, naturellement, sanctionné, selon les tradiUonss par des prix importants. Cette sorte de culte rendu à THumanité triomphante manquait» lors de l'Exposition de 1900. Les rédacteurs de Gil Blas organisèrent una fête analogue, il y a quelques années. II faudrait reprendre, au point
de vue international, cette idée de notre boulevard. Le monde entier participerait ainsi à l'élection d'une déesse nouvelle et pacifique, qui donnerait à Fart l'étalon permanent de la Beauté.