‹ La morale de l'amourChapitre 6 sur 25 · LES TUEUSES · texte numérisé non relu

LES TUEUSES

II en est de menues et légères. La souplesse de leurs pieds étroits soulève leur sautillement. Il en fut de couvertes par la mante étrécie sur leurs épaules graciles, ainsi que par un lys noir renversé découvrant les chevilles comme ses pistils agités à la brise. Il en apparaît de nues et robustes sous telles robes collées à la peau, marquées par les boutons durs de seins oscillants. On en voit tout en visages pâles troués de vastes yeux tristes à reflets d'opale et d'onyx. Des spirales de couleurs que terminent des plumes impudentes montent sur les coiffures d'autres joviales, cyniques et maigres. Quelques-unes s'épanouissent à la façon de roses grasses et bonasses. Certaines portent la mine d'institutrices malheureuses, plates, fort déçues, orgueilleuses

à peine de leurs mains fluettes. Celle-ci sait à merveille sangler sa croupe dans la cheviotte de la jupe et montrer la bulbe épaisse de sa croupe plantureuse, potagère. Celle-là ricane à la manière d*un gamin chétif , glorieuse de comprendre Texact espoir de vices que suscite le geste crapuleux de ses doigts. Peut-être se flatteraitelle de ressusciter le mystère de rhermaphrodite ancien pour la curiosité d'un mâle érudit. Beaucoup passent semblables à de petites ombres du Stjrx, la tête chargée de leurs bandeaux sombres, de leurs auréoles en feutre écarlate ; Tallure accablée, chagrine. D'une gorge à deux sphères lourdes dans le glissement du linon caché sous le satin de la blouse, la grande fille est vaniteuse. Elle pénètre de son regard affirmatif rœil du faune ému et qui sent frémir ses os. Parleurs grimaces les petites promettent toutes les espiègleries des gambades, et le crissement des bas noirs haut tirés sur une jambe nerveuse. Dans la boîte du fiacre, les ambitieuses raides et sévères montrent de quelle noblesse leurs profils s'estiment capables pour peu que les largesses des amants commanditent un luxe digne du coupé futur.

Ce sont les charmeuses de Montmartre et du Quartier Latin. Elles poussent les portes des

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brasAeried aatuméee. EUes grimpeal les étages 4es garnis, dles se visUeat^ fumeiLt assises au bord du. lil déiaîit oà cioupU la paresse de la ca^ marade à la tignaBsa détekite» à la laiigue r&«pttis^ à la voix enreuée, quaudles mâles rapu« s0Qt partis, quand Le garçeA de Th^tel a chasigé le& dix firan£s de. volupté eontare la charcuterie mangé» daAsle cartaa, oâiUre la eaaettdB de bière maioteiiœktJkdemirvidefCoalrele petit paiu éaûatté sor la table de nuit touJQur& bancale. EUes s*easeignani les rôves de leurs convoitiseSi EUe&étUidieut ks tactiques pouE capter les fructueux houM^ mages des fils de eotairee qor dépenssBit à Parie r argent desécaeomiesEu&tiques conquisesper les adroits calculs de leur parenté provinciale. Elles cHeffildes exeieples. Margot-Flaonme-de-Punck a pu se faire offrir ma mobilier de six mille par le grosDu^Bt de Limoges. Yvosiue plume à plM* sir le joli- petit Durand qui menace de son soi- Cède toute une famille de Cauddbec, si Ton ne peurvoil aux avidités de l'amoureuse éprise de f ouFCuresi ciaires, de bijoux énormes, et de paris aux eourses. Herminie-la- Cauchoise qui fut amenée par le neveu du juge chez qui elle repris sait les torchons, habite maintenant un hôtel de la rue Weber^e&se promène en automobile, louée i.20Q fraacs le m«tis ; car le neveu du juge Ta

LA MORALE DC L^^AMOUR d&

Lrâséftpourcompie à un Roumain, lequel la iLanqaadekor&quaAdeUereut iFompé avec HuJïert Hot» la garçon si cUc et si laid doai toutes étaient foliée et qui a'embète à Clairvaux pour Taflaire de ses tcaiies fausses ; or, le jo«ir mâiae, comiaet aJle arpeotaitle Boulmieb sous la pluie^chocchaot le pajrettF d^one coasommalion» par utt temps où pas «Hi ekien n» jai^aU dehors, ud laonsiair Unude l'appela dai^ son fiacre^ « Eh biea, il loi a loué pour ub mais la efaambre oji ils ont joui peiMlani la première heure. Après, il lui insialla un appartement, et, au bout du trimestre, na hôtel. Le passant était un député du ceotre qui gagne tout plein de galette en vendant les Totes de seo groupe, tsmlM à la droite, tantftt è la gauche. En voilà, de la veine,. ma chère I »

Et les cupidités s*exjcUeat. « Ovoi doncl on n*a pas taAt d'années pour se faire du boko sang t Ma cousine Stéphaaie, qui dansait à TOpéra-Comique, est aujourd'hui obligée, à moins de quarante ans, de faire des ménages pour six. sous de Thenre, dans le faubourg Poissonnière 1 Tu penses I Voilà comme ils vous laissent, les hommes ; alors e'est vraiment pas la peine de se gécaer quand on en tient un^ au temps des lilasl Pas vrai? »

Irréfutable logique, et si^ d'aventure, quelque

jouvenceau naïf, gâté par Tusage des ouvrages sentimentaux, parFaudition desopérascomiques, se permet l'erreur de croire au prestige rare de la camarade, sll la pare benoîtement des excellences que procure la mémoire littéraire et musicale, s'il estime son tempérament incapable de se complaire au toucher d'autres épidermes, s'il laisse connaître le chiffre important des rentes allouées parle destin social à son ascendance,cette fille l'étreint de ses avidités furieuses. Elleépuise sa volonté virile. Elle l'anéantit et l'hypnotise. Kllele dépouille en le menaçant d'abandon. Parfois le drame suit.

Telle cette épouvantable histoire. Deux garçons, l'un comptable, l'autre étudiant, perdirent en l'honneur d'une péripatéticienne, celui-ci la vie, celui-là l'honnêteté. Célèbre dans les brasseries des rues Monsieur-le-Prince et Vaugirard, la donzelle vendit du plaisir au bachelier qui voulut ensuite lui donner sa vie. Un fils de vingt ans ignore l'art de masquer comment il est éperdu d'amour, comment son instinct l'affole, comment il devient une chose passive et douloureuse,sansfacultéderésistance. Moqueuse, cruellement l'amie le dévalisa de son mieux.

Quand il eut fini de lasser la générosité possible des siens, l'étudiant pria la fille de restreindre la

bétise de leurs joies coûteuses. En réponse, elle le prévint qu'un galant lui offrait un voyage dont il payerait les distractions avec l'argent du coffrefort commercial commis à sa garde. Puis, le bachelier avouant le vide de ses poches, elle invita le comptable à choisir entre le devoir et la volupté. Les angoisses d'une longue hésitation n'avaient pu fléchir cette goule. Il en fut ainsi. Elle contraignit au vol le délire de ce garçon. Apprenant leur départ, le bachelier se tua.

Deux vies s'abolirent donc selon le caprice d'une fille à plaisir. Deux êtres aptes à devenir des forces sociales précieuses disparurent au gré d'une imbécile soigneuse d'étonner les serveurs de restaurant par la prodigalité de sa dépense, les badauds du turf par l'audace de ses paris, les bourgeoises de la rue par le faste barbare de ses toilettes. Deux cérébralités importantes s'anéantirent pour le triomphe mesquin d'une péronnelle convoitant un succès de carnaval entre la rue Soufflet et le théâtre des Variétés.

Ce n'est pas que je l'accuse très sévèrement. Sa responsabilité me semble indiscernable. Il a suffi de la pauvreté, de parents trop sévères ou trop indulgents, d'une circonstancesurle trottoir, d'une camaraderie funeste à l'école, pour qu'elle se démoralisât. D'ailleurs, le crime ne consiste

pomt àfaiDetommeree de satâslaetioiivsexurtles; à louer ma oerps. Néas ne btimem pas le p'o* piiétaire ifûi \oub sa maieem et ^i rend lee salialactioas an hoiae^ m Im oégêmui «pai trafique des vokrpftés goetaftives, m le mueieieB foi dévoile tes qualités àe eon. cerveau ii on publie d'opéva, ni Tartiste qui ]HX>^itiie la beaulédu taUeau, de la statue, du poème^ qui offre à tout venattt rinUmîté même de son ënsetreu. La belle filbe aréefamie les mAmes 4roitS' q>u*e««. C'tQst logique. Mais Fignoble péché, c'est <jr»tili- SOT eoa ifltfkMdiee coeseiemmettt et direetenent pour condAire le iaihle au malheuv, à la mort «t au critte.

Les jurys ik'iiseût pas d'une sévère terrifiante eftvers ces instigatrices. La pibopart diu taspe eUeséebappeat à la sanction légate. Penvviiivîes sous le ofaef de compilieLté, quelqwiois elles (mX peu de mal à oNÉfoéôr ie terdict d'aoqukietteAtcfue demtakttde réloquatce sentimentale de TaToeûi, landis <|ae chacun des douze jurés s*ittAgîne potiToir réctaoner, en éciiange de sa compositioa, une séance de ce plnisît eitrAoïe, dont le goiût poussa jusqu'auxL fotriatts «n ocmh' sittplew

Lerreur des oM^êrals ei des junés résulls 4ie la ¥ieiUe iUusion qui considère fbomme en

LA MdAALB DB L AMOUR M

1 que forée activa, lucide, oonsciedeU et re»pooeable, au4Mi4raire de ki femaie, imative, i»ooAScienteei inesf^eiwHble, type de rancèenBe Mcèare. Cette tdiçom de jwger lee ouraetâres des saset devient, à Aoire ipoque, ferl dâbctueuee. Tow lee bomoMe ne perfiOfUDriAeut pas de» pnncèpes aetib, m toutes les femmes des Baleres peseh^s. Dans keeaadeoetleds^oUe catastrophe, il afparail bien que là ésduseUe fut Taetioit, lu pensée criaimeUe H i'étce responsable. Les adoteseeiits u'accoaspaiiseiit le swcid» et le ymk que sous Teiepire d'une maladie eoBiwuaie an» gwçont de Tiof^ ans* H aiadie ccmniie, expttquée, icommentée par des mitiiera de lia^res; maladie étudiée, classée* pts^rvae de ses diagnostics mais non dke sa tliérapentique. Les paestfB étaient eee matadm^ plmtAt que ia saine héte de prme qui sat «xpioiter Iss délires de la puberté.

Bn sMké, nous demeumas doués d'ttae induis genoe illogique enters les femmas. Edouard nrnflK)«t s'indigna jasteais»t oestre eette demonelle Véra C^le* qial fit feu teut à coup sue on ^K)fes9ear a« Coltëge de France, iamaie uae tagique fte aa«ra Justifier un attentat de œtie sctte, tût-ilvéelquun vinillard eAA proposé les i«ta du lit à cette ehaete virago. <kï tf^Ukt pas

les gens parce qu'ils vous invitent à déjeuner par mégarde, sans observer le rituel des convenances mondaines. On n'a pas un droit meilleur à l'assassinat parce qu'un monsieur, se trompant, invite aux gymnastiques de la reproduction une fille qui lui semble agréable. L'honneur de la jeune personne n'est offensé que de manière superficielle. Il lui appartient de refuser ironiquement ou sèchement la partie de plaisir. C'est tout. Au reste, si, par leurs coquetteries audacieuses, par ce qu'elles nomment le flirt, par des amabilités intempestives, les femmes ne donnaient, la plupart du temps, prétexte aux offres priapiques, bien moins d'hommes s'amuseraient d'elles. Souvent la femme galante réclama d'avance l'outrage, au moyen du sourire, du geste et de l'attitude aimable. Une créature décidée fermement à ne pas faillir y réussira tant qu'elle observera les règles des convenances, en évitant de rester seule avec un visiteur plus d'une minute, en se gardant d'essayer le pouvoir de ses œillades et de sa voix émue. Une jeune fille qui choisit la vie d'étudiante court mille risques dont elle n'a plus à se révolter. Presque toujours il lui suffira de réfuter brutalement les premières tentatives des faunes pour obtenir le respect. Mais si vraiment ces jeunes étran-

gères tiennent tant au respect des mâles, il leur faut rester dans la famille, et ne pas courir le monde, toutes seules, en allant sonner chez les professeurs célibataires.

J'entends bien qu'une fille désireuse de science voudrait pouvoir librement aller et venir, sans craindre les attaques à sa vertu. Dans les pays latins, cela me semble encore impossible. Il convient que rétudiante se résigne à subir les propositions amoureuses. Qu'elle choisisse entre la science et la chasteté I Le mâle de race latine n*a pas encore réfrigéré son instinct des temps primitifs. Il ne le glace que devant les femmes signalées comme intangibles par la présence tutélaire des parents. Ce n'est, d'ailleurs, point la personne qu'il vénère, mais Tinstitution sociale de la famille; et encore ce respect saute vite les bornes. Mlle Véra Gélo ne pouvait guère ignorer ces mœurs. A l'Université d'Upsal, parmi de froids Norvégiens, elle n'eût pas connu d'inconvénients analogues. Son tort fut de courir seule les villes de France, et, courant ainsi, de s'offenser qu'un monsieur lui vantât les charmes de certains abandons. L'incartade ne méritait point la peine de mort. Rien de plus précieux que la vie humaine, que la vie des cerveaux.

Ne permettons pas à la première toquée venue de

l6« supprimer à sa guise, sous le prétexte de iniofer une ia)ure anodîae.

Pas mieux 4}ue Texcès de vice, Texeès de vertu n'excuse le meurtre. J*estime égalem^xU coupables la fiUe du Quartier qui ooiUraJipait le bachelier au suicide et Tétudiaote étrangère qui faillit abolir une des plus lumineuses intelligOAces. Les motUs divers sont pareillement inadmissibles. L'État ne peut autoriser personne h tuer ; et les jurys doivent sanctionner ce précepte.

Favoriser la vie, tel est le principal devoir de in civilisation.

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