LB MASSACRE
« Piuièi iaide que yoli^, m'écrivêiX à peu près ane leetrke^ je A'aiirus jainak cru pouvoir •asciier des pasmois aieurtriëres. J'ai une igure quelconque, de petits yeux gris, des sourcils i)kmda^ une taille plate, des eheveux aboiH daats, de la poitrine et éegraoïdfin jambes, naisum Iflinl pdie, imrfois renlâtn^ et souTent gâté par de pstilsiMutons. Pourtant, je n'avids passrtteiat Httteistësne aioBée^déjbiee faucons mesuivaîettt éUos ia rue, m^ofiraieai des fleurs, me récitaient despthrases de chansons^ puis disaient des bêtises. Malgré men amvie de m'amuser, je les éoeadaisisw Mon parrain, un yeaf, assez bel ikomaae, manites^ tait alors rintention de in'é|K)U8er. ^larcband de faîeaee, il mène Uen ses aSaîrea. U promeiteît de prendre ma mère « ehez Aeus »» «t de deuAar
à mon père un bon emploi dans le magasin.
Nous aurions été, enfin, tranquilles. Plus de termes à payer. Du dessert à chaque repas ; et un petit voyage à la mer Tété. Je me voyais déjà patronne, à la caisse. Mon pauvre papan*eût plus été remercié tous les mois dans les maisons où il trouve du travail, parce que ses yeux se fatiguent. Moi, j'aurais pu me payer des toilettes...
« Ce n'était qu'un rêve. Et l'amour donc ? Il me guettait,... l'amour I II me suivait quand je rentrais, le soir, de l'atelier. Un grand garçon maigre, efflanqué, dont les vilaines dents pourries et les hauts faux-cols sales me répugnaient. Il m'en racontait, il m'en racontait, comme les acteurs à l'Ambigu I II m'adorait. Il voulait mourir pour moi, et il me récitait des vers qu'il avait appris par cœur dans la journée à son bureau. Moi, ça m'agaçait. De temps en temps, je me dégageais en l'appelant « espèce d'imbécile », quand il voulait me prendre le bras. Et je marchais devant, je courais presque, je changeais de trottoir... Enfin, je me donnais l'air d'une fille qui ne veut rien entendre... Et puis, voilà mon Arthur qui me montre son revolver, un soir où nous avions veillé tard, où je rentrais. Il pleuvait. Personne dans la rue des Dames. Tout de même j'eus peur. Mes genoux tremblèrent. Jamais je
n*ai rien vu de si méchant que sa figure à ce moment-là. Il grognait : « Monte chez moi, ou ]e te tue ! » Sa voix s'enrouait. Moi, je ramasse mes jupes, je ferme mon parapluie, et je prends mon élan pour courir... J*ai senti la chaleur de la flamme dans mon cou. La balle a traversé la paille de mon chapeau. Même une plume a été coupée en deux... Je criai : « Monsieur Tagent... monsieur l'agent ! » Faut croire qu'il ne s'en promenait pas dans le quartier. D'ailleurs, l'eau tombait à verse, on ne pouvait rien entendre. Un tombereau chargé qui passait dans l'autre rue, faisait aussi tant de vacarme, en cahotant, que mes appels furent étouffés. Et puis, les gens s'habituent aux disputes. Ça ne leur fait pas mettre le nez à la fenêtre, surtout par un temps pareil» passé onze heures du soir. Alors, je me suis arrêtée. La terreur m*étouSait. On tient à sa vie, quand même. Je sanglotais. Je sanglotais. Arthur m'a rejointe. 11 m'a pris la taille. Il m'embrassait. Il me demandait pardon. Mais il gardait toujours le revolver dans sa main. Il m'a conduite à la porte d'un hôtel. lia sonné. Je n'avais plus de force. Mes jambes chancelaient. Voilà comment il m'a eue... « Triomphalement, il a conté partout que j'étais sa maîtresse. Mon tuteur. Payant su, m'a repris notre bague de fiançailles. Maman a dû se
)0B LA MORALE DE LAifOUR
résoudre à faire des iBéaages, pavce que pafia B*y Toii pUa du tout-.. Et ce a'eal pa6 les treat^ 8U604is<}tie je gagne daus la couture qui nourrissent et qui legeat Ur&îs personoes. Mais ua eAmarade4*Artburq<uiest revea» du régiaieaU U y a siK noie, s*avjse 4e me 420Uf tiser. Nalui>ellemeat, Artlnurest jak>ux. Sest^l aperçu de U ebete ? Devant hhm, dioutaobe il a rechargé soa itevoiver, ea aae protteÉlant de oie loger les six balles daais la peau s'il seupoeanait deulement dee eocfue^leries. Hier laatin, au aioa^at où aouft eaijrioiis à TateUer, voilà Taulre qui s'appiocbe. il mesure que, ai je reluse d'aUer avec lui, il ai*ar- Msera de vitriol, et qu'il ae ma ratera pas, luè, eewaie le sous-préiet de Foaiainebleau a raté la petite actrice de Moatakartre. U létait aï pÂle, ai celëre 1 J'ai biea caaipriâ qu'il aepsfflait pas pour nerieadire.
<4 Si )e ae lui cède paa, il me déQgwe^. Si )• htt cède;, Arthar lae tire dessus^ C'est t)eau, ramoitf I Déjà aia pauvre vie est gàofaée* Ma aaire crève à la triche. Maialeaaat, ii lautqae fb mt laisse tuer nu vitrioler. Je a'ai pas le cboix. .« Et, quand je meaace Ton on l'autre de la juetîoe, fle me répoadent qu'on acqaitte te^joiirs lee auteurs de oriflQiea pasoionnels. Me Id6sera*t-4ID périr?.., »
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Tc^ie f«t la confidence de na leetriee. Sw «ttroTible aventure n^est maiheQmuaemeBt |mb tare. Trop soivfeBt, le vitriot et le reroifvr ponctuent les sonnaU d'anonr. Siognlièf e fré- Bésiel Tel se litaeerait mofavir de taim plutôt <fa% de dérotier oa cpoisiaat daM la tM>ulique ém boalanger, n'hésite peini à Inev la filte qui ne iwvt p» raeeaeier son appétit seaneL AeaasaiDDMr «ne pauvre eréatuve coupable de raf iisajr e« de reprendre son corps, to plua indèscntable dies proprMés, cela semble, noa seatemeat exa»asMe, mais béreiqiie et Uitéraioe. De la plus kh mentaMe pierreuse il la Mondaine la plua ralfrnée; du plua h«fiible Apache a« sons-préfet tb plus subtil, chaque amoureux exeice le drslt d'attenter à la Tie, drok concédé par f atroce wdnlfcnce du noftde.
Sur las conaetle de la misère, un toqueteua:
6'introduit dans une vffia, iorce lea armehnee, «*apprepfi6 le» MJoux et i'aiigenteffiet puis an- Booime un peu la eervaaAe réi^eillée trop tâ^ et qni peut te livrer aux gendaraaes* 11 esl sûr te me trtmver auoaiie démence cfaex ieadovneàaur* geoîs asaenblé» pour le ^er. M la manaaifle éducalien de la rae où it eroupU eafattt, ni les exeflaf)ies pitojrables de pareota ivrogne» et ftleus, Al la succeaeian des m-aldiMces cpai aecahkni le
pauvre, ne lui seront comptés comme circonstances atténuantes. Il ira dans les bagnes accomplir de rudes corvées, sous les soleils tropicaux. L'appétit de Testomac n'est guère privilégié.
Au contraire, un monsieur sorti d'une famille qui prodigua les leçons salutaires, et pourvu d'un emploi qui lui assure largement les aises, muni même d*une instruction qui lui démontre les raisons majeures et sociales de respecter la vie humaine, celui-là peut, sans presque riea craindre, tuer la personne qui se refuse soit à lui accorder, soit à lui continuer ses faveurs. On ne «ait quelle aberration sentimentale consacre cette rage d'assassinat passionnel. Quelques semaines de prison spécialement hospitalière châtient à peine le scélérat. Et encore faut-il que la victime ait succombé. De cette condamnation, il retire surtout une certaine gloire romanesque, gage d'aventures prochaines et galantes, car les femmes s'énamourent volontiers de ces Lovelaces sanguinaires. Elles leur savent gré d'avoir risqué, au jeu d'amour, quelques mois de liberté.
Aussi, les émules de ces gaillards devienneat légion. Femmes et hommes poignardent, fusillent, brûlent à l'envi les partenaires de leurs ébats réels ou seulement désirés. Comme les jurys d'assises, les magistrats de correctionnelle
favorisent ces massacres en hésitant à sévir de manière terrible. Je pense que ma lectrice, si elle ne réussit point à s*enfuir promptement de Paris, sera bientôt la victime d'Arthur ou celle du cousin libidineux. En effet, de tels héros ne peuvent encourir qu'un châtiment anodin dont la publicité compensera largement les ennuis. Pour moi, ces deux séducteurs à main armée sont infiniment plus coupables que le malheureux cambrioleur qui assomme un curieux, afin de ne pas être dénoncé au moment de ravir l'argenterie du bourgeois : promesse de repas planture«ix, sous un toit sûr, après tant d'heures de famine à la belle étoile. La misère m'a toujours paru une excuse suffisante des délits ou des crimes. Qui ne mange pas meurt. Le famélique se trouve pour ainsi dire en état de légitime défense contre la société qui l'accule à la nécessité de voler pour ne point périr. Mais celui qui n'assouvit pas ses velléités priapiques, peut survivre à ce déboire. Le besoin n'est pas essentiel. A tout prendre, il ne manque pas de pourvoyeuses bénévoles et différentes de la femme rebelle aux prières. Tandis que le pauvre hère sans argent trouve visage de bois sur le seuil de toutes les gargotes.
L'indulgence pour ces crimes est odieuse. Elle
signifie que nous n^attacboiis jpoint à la vie bttmaine le prix que socialemeut eUe vaut. Plus il y a d'idées qui naissent ou rebaissent, plus les élites se fortifient» et plus les talents sont par ellea engendrés. Détruire un élément de cette iarce évolutive, dans un but de plaisir p^rscMinel, c'est nuire au total des dtayens en les privant d'un cerveau, c'est les carroia|>re par Texemple du plus ignoble égolsxne, c'est vouloir affirmer indûment sa cupidité ju*opriétaire sur un être Hbre. Il n'y a là rien de noble ni de Mérabke.
Fût-oe contre les assassins, nous ré^guonA à demander qu'on chAtie. 11 importerait» cepea* dant> qu'une loi sévère épouvantât les gws <iitt servent les intérêts de leur sexe par le vi4riol, le fer et le feu. Lorsqu'il y a flagrant âéUt de meurlret ou de violences graves, larsqu'Aucttn doute ne s'élève sur la «culpabilité del'agresseur : vraimeat» il siérait que des magistrats éprouvés, bien choisis,, condamnassent ces abominaMes canailles, sans soumettre leurs décisions au sentimentalisme niais des jurys. Ni le meurtre, ni la tentative de meurtre ne devraient davantage demeurer indemnes, ;il n'est pas 4e crime pl«s lâche qiw celui du tueur, quelle que seit lacausede Tassas* sinat.
A*dilleur8, comptes, durant un mots, le nom-
LA MORALE DE L AMOUR Ul
bre de meurtres relatés dans le jeuraal, soil que des voieurs aient poignardé de ïhombre^x passaâis, soU que des amants aieat affirmé leurs passions en se supprimant les uns les autres, soit que des maris aient vengé leur honneur, qu*ils placent en un bien sale endroit, soit que des rivaux aient stupidement témoigné de leur goût à propager la vie en s'égorgeanL Ensuite, cherchez dans les feuilles judiciaires, les sanctions apportées à ces actes par les arrêts des tribunaux. Vous serez ahuris du peu que paye an de ces malandrins pour vous ouvrir le ventre. Si le pante n'est pas mort, si Tart miraculeux des médecins Font empêché de choir au oereueiU Tassassinat est jugé sous la rubrique de (< Coups et Blessures ».
Lebandit passe deux ou troismois dansuoejurison, agrémentée de tout le confort moderne et tel que n'en Dfire aucun de nos appartements moyeas aux heures de liberté. En compagnie de gaillards sans soucis, il feint d'accomplir quelque travail, en bavardant, et en préparant de bons coups, pour les lendemains de la libération. Gras, reposé^ soigné, dispos, prêt aux mêmes sports qui lui valurent cette villégiature salutaire, il sort, et s'en va poignarder directement Tamie qui dispensa les recettes de sa prostitution à un autre.
Aussi, ron tue à foison. Sur le boulevard même passé minuit, en plein été, des lascars, le couteau dans le poing, dépouillent les flâneurs. On vit en état de guerre. A quoi bon, dès lors, les garanties sociales ? A quoi bon les lois, si une pauvre fille de dix-huit ans doit essuyer les feux du revolver, et se voir défigurer par le vitriol, parce que deux brutes veulent la prendre comme instrument de plaisir, malgré ses goûts ? A quoi bon la police que payent nos contributions ?
En vérité, avec la loi de Lynch, si la foule prenait coutume de pendre haut et court incontinent quiconque est surpris, Tarme à la main, et prêt à s'en servir, les satyres sanguinaires réfréneraient les violences de leurs instincts. 11 coule trop de sang sur les trottoirs de Paris. Et cela semble justifier la boutade habituelle aux apôtres de la guerre, lorsqu'ils répondent aux pacifistes vantant les douceurs de la fraternité humanitaire : <( Quand on n'offre pas aux hommes le dérivatif des combats pour la patrie, c'est au sein des villes, et sous les symboles de la paix féconde, qu'ils s'entre-tuent : tant est naturel le besoin de vaincre, tant est puissante la volupté de faire souffrir 1 »