LES RESPONSABILITÉS DE L*ATMOSPHÈRE
Par le moyen de statistiques médicales, judiciaires, scolaires, un Américain établit des parallèles entre Fétat de la température et le chiffre des maladies nerveuses, des punitions pédagogiques, des procès, crimes, délits. Les caractères se modifient selon les phénomènes atmosphériques. Telle semble la conclusion de son étude fort scientifiquement poursuivie. Déjà, quelques centaines de romanciers nous montrèrent leurs héroïnes consommant Tadultère à des heures d'orage. Cette observation ancienne se peut môler aux plus récentes.
Nous possédons, chacun, une réserve d*énergie. Elle s*accro!t en nous dans les ganglions, au long des fibres. Cette énergie peut dormir toujours chez certains ; elle peut aussi fréquemment
s'éveiller, si des causes extérieures la stimulent. Un temps doux et pluvieux apaise, endort. Le vent brusque, inaccoutumé, exaspère. En ce dernier cas, les écoliers inattentifs méfont davantage ; ils manquent aux prescriptions de la discipline, n'écoutent point le maître. Dehors, le malandrin rosse le guet. De grandes chaleurs engagent à la paresse, par suite au larcin, qui pr»e»re le nécessaire et te superflu sans travail. Si les éléments nuisent à notre activité ordinaire 6t renforcent la peine du labeur, notre irritation angmeate. Ua homme en courses dont la bourrasqM retourne le parapluie, enlève le cbapean, gifle le corps, concevra mieux à cet inslant les aisères do sa vie. De vieilles raneiine&renftttroiàt en sa mémoire. La révolte sociale s'emparera de aofi esprit. Il sera prêt à maudire, à lutter et à vaincre. Que l'adversaire se présente alors. On ae se fera point grâce d'iB)ures, voire de coups. Sur -autrui Findi vidu assfOttvira sa haine des éléments, des choses et des hommes. De là surgissent les interminables querelles dont le badaud s'étonne, lorsque des cochers s'invectivent, par exemple. Au lieu d'être violente comme la bourrasque, rinfluenee d'un état atmosphérique tâcheux et prolongé peut, sournoisement, provoquer mille petites résislnnces de Tôtre, chacune presque
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ii»eiL8lb)^. Mais tettr somme apporte à Fénergie totalité le mtaie stimulant que hil taut une interventien brasque. Au bout de quelques jours, ce Btimul&Ht agit. Les passions tout à coup bondissent.
Pour cela, les hommes des pays brMants ne perdent pas leurs habitudes vindicatives et sanguinaires. Les premières civilisations paraissent, au contraire, 8*étre déveh>ppéee au bord des grands lacs, sur l'altitude des plateaux, sur les rivages de la mer, en tôt» Meux où la variété sneeessive, normale des apparences climatériques favorise mille sensations diverses et moyennes. Les vapeurs nées des eaux vastes, le» nuages arrêtés par les cimes, les brises changeantes de la mer, modifiaient sans cesse la figtiM dn pays, tour à tour pluvieux, ensoleillé, voilé de pénombre, humide et chaud. Ce sont là, d'après cet Américain, M. Dexter, les meilleures conditions qui puissent engendrer des caractères observateurs, réffécbis, inventifs et moraux.
Ceux qui lurent un lieau livre de Myriam Ikifty, Passage de Bédouin», admirèrent la simpHoité fougueuse des passions dues à Tinexorable constance du soleH arabique que leurs ancêtres subirent. Leur vie est toute d*élans ma^ gniftques, inconscients et unicolores que l"au-
leur sut rendre au mieux. Ceux qui lisent les pages hollandaises que M. Demolder publie au Mercure de France y se réjouissent autrement. Là, c'est une multiplicité de sensations très observées et analysées avant que d'être parfaitement conçues. L'œil batave perçoit des foules d'objets à la fois, les reconnaît, les scrute, les case, les étiquette dans son cerveau en un clin d'impression. Races opposées de façon surprenante.
L'atmosphère des Pays-Bas est inconstante. La vie de l'idée s'y exalta de toutes sortes : industrieuse, artiste, financière, philosophique, navigatrice et politicienne. Les Maures étant demeurés en Espagne, l'Andalousie s'endort parmi sa poussière dès que les derniers ferments de l'esprit gothique se sont fondus dans la foule des vainqueurs repus. Môme histoire et plus évidente pour l'Amérique. Deux siècles suffisent à peupler le Nord d'une grande nation productrice. Quatre siècles ne réussissent point à munir de cités nombreuses les pays du Sud, seulement drainés de leur or par les conquêtes espagnoles.
Aussi bien que les plantes, nous sommes les fils du soleil et de la pluie, de la lumière et de la ténèbre. Humilions un peu notre orgueil qui se ^croit libre.
Ce genre d'études attire maintenant des obser-
Tateurs ingénieux. En France, nous aurions matière d'examen. Quelqu'un s'occuperait utilement à noter la météorologie des jours où le crime passionnel se donne carrière. Voici, pour les philatélistes, un moyen de passer le temps avec une niaiserie moindre. La complicité inexcusable des jurys, encourageant le massacre mutuel des amoureux, offrira toujours une plus abondante série de meurtres et d'attentats.
Dans plusieurs quartiers, la vitrioleuse et l'assassin par amour sont des héros. Leur présence lait la vogue d'un cabaret, d'un café-concert. Amants, maltressessedisputent leur couche. L'admiration des fournisseurs offre à l'acquittée de la cour d'assises tout crédit. Quelle ménagère n'ira plutôt chercher son épicerie dans le magasin où l'on montre cette petite Irma qui sut poignarder le commis naïf, jadis conquis par des avances effrontées, puis las un jour des trahisons, des exigences pécuniaires, des querelles ? Sans vouloir connaître les vrais motifs du départ, nous nous apitoyons sur Irma qui fut abandonnée par le séducteur. Nous excusons, en outre, le vieux monsieur qui déchargea son revolver sur une fille de luxe le jour où sa bourse épuisée ne put l'entretenir encore. Excuserions-nous le même attentat commissur le carrossierrefusantde livret
victorias et landaus an client devenu insolvable? Pourquoi la marcbande d*amour peut-eUe être impunément mise à mort, tandis que le tailleur et le tapissier méritent, aux yeux du jury, la revanche des lois ?
Je ne m'exidique guère cette contradictioii.
Tout le n^onde Tapprouve. 11 suffit, pour tuer sans péril, d'appartenir au sexe dont ne jouissait pas la victime. Le fsât d'avoir échangé deuxfantaisies volupteuses vous permet Tanéanti^ement du ou de la partenaire. Or, si je déjeune i^antureusement avec nwm ennemi» si j'échange avec lui les plaisirs d'une conversation brillante et curieuse, aucun jury ne m'acquittera parce qu'sui dessert ma main lui aura planté dans le cœur un poignard vindicatif, cet homme eût-il calom^ nié ma vie, ruiné ma fortune, légalement volé ma famille, ou trahi des convictions communes. La vendeuse d'illusicms sentimentales et de bai** fiers réels ne veut point tant de mal au consommateur. Créature d'art, elle peine, toute sa vie, à faire de soi-même une œuvre plaisante. Elle pare nos avenues de ses allures et de ses toilettes comme le négociant les pare de sa devanture hà^XL disposée. Aux heures de notrerepos, elle nous V€ttd[ un peu de sa vie somptueuse, ses parfomsi les saveurs de sa chair, le rythme de ses gestes,
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la eomécKe de sa joie et même, pour peu qu*on j tienne, la tragédie de ses serments. Il n'est point de naïf qtit, payant à Thenre, an mois (m à l'année, puisse y croire, sauf par foHe.
Évidemment, les jurés prononcent le mot de folie, et cette expression prépare leterdict. Potir tuer, sous prétexte d'amour, il faut accueillir la démence. Lerulgaire sent bien, à cette occaslolit tftie le crime est une maladie et il traite TassasslB en épileptique. Les magnétismes et les suggestions que développe Texercice du désir sexuel rompent certainement réquilibre cérébral de li plupart. Ignorant les travaux pareils à ceux de M. Dexter, on sait, toutefois, que les peuples latins se passionnent plus facilement que ceux du Nord. On reconnaît, dans le crime passionnel, une manière d'épidémie méridionale, centrale aussi, dont la responsabilité revient aux atavismes et au climat.
Le danger de cette théorie est manifeste. Car, si très sincèrement quelques frénétiques ne peuvent résister à la fureur, d'autres, encouragés par l'indulgence habituelle, s'amusent de tuer et d'avoir, ensuite, grâce à la presse, une gloire. Redoutés, ils commandent au trottoir de leur quartier, lorsqu'ils y rentrent. Les bonnes gens craignent leur colère vengeresse, et les filles un
caprice sanguinaire. Leurs créanciers n'osent plus de réclamations et les femmes, terrifiées, ne se risquent point à leur refuser le droit de jambage. La brutalité triomphe féodalement.
Je sais une dizaine d'endroits, à Paris, infestés .par de tels gaillards, dételles gaillardes. Acquittés, relâchés, ils échappent aux malveillances de la police, vivent sans travailler, exploitant la timidité publique. Avouons que ces héros furent trop avisés.
Voilà pourquoi le temps viendra de compenser, par des mesures, la bienveillance des jurés envers les fous d'amour. Sincères ou facétieux, ces malades méritent d*étre guéris avant de reprendre place au milieu des gens sains. Exemptés de la prison, ils pourraient appartenir aux colonies, y être employés à des travaux, sous Tœil de gardiens, à moins qu'ils ne voulussent signer on engagement perpétuel dans les troupes de l'Afrique : leur manie de meurtre s'utiliserait contre les barbares.
M. Dexter vient d'accroître les preuves innombrables déjà de l'irresponsabilité criminelle. Il nous faut efiacer du vocabulaire solennel les mots: vindicte publique. On ne se venge pas des malades. La Justice n'est qu'une thérapeutique sociale» Mais cependant il convient d'écarter de la masse
la Contagion meurtrière. Nous la préservons du contact avec les cholériques, les pestiférés. De même, faut-il la mettre à Tabri des maniaques, assassins. Un règlement qui, pour le reste de la vie, conGnerait dans certains avant-postes coloniaux les acquittés de Tamour, rendrait ainsi quelque santé au peuple des villes. Il en a besoin.