II PREFACE
trême pour les délits du trafic. Tout fraudeur trouve un députe qui le sauve de la prison, et réduit l'amende. La plupart des faillis possèdent leur villa dans les banlieues agréables. Grâce à l'argent, puisque la vente confère l'opulence bien mieux que l'héroïsme, la science ou l'art, cette classe de la société recueille tous les biens. A elle les automobiles et l'arrogance souvent meurtrière du chauffeur. A elle les luxes et les voluptés des villes. L'or remplit ses pocln s. Elle se gave. Elle se dispense toutes les , Combien citer de généraux, de magistrats, de médecins, d'artistes ou de littérateurs qui gagnent le million ? Vingt à peine. Tandis que les intermédiaires entre le producteur et le consommateur se comptent par milliers qui soutirer rnt à l'un et à l'autre des fortunes imposantes. Et pour peu que l'Etat en veuille taxer le revenu afin de secourir la misère des travailleurs vieillis, ces capitalistes placent leurs fonds dans les banques étrangères sans la moindre vergogne.
Cela serait peu, si l'intelligence et l'activité de notre marchand égalaient celles de ses émules teutons, anglais, yankees. Honteusement, il se laisse partout supplanter. Sous le second empire, le négoce de la France prospéra dans les ports de la Méditerranée. Ce lac des Latins, lui du moins eût dû rester leur apanage. La campagne de Crimée, l'expédition de Syrie après la bataille de Navarin et la conquête de l'Algérie, nous avaient valu du prestige entre Brousse et 1 res. La péninsule s'était ouverte à
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nos marchandises depuis Magenta et Solférino. Les voyages étaient courts de Marseille à Xaples, de Cette à Barcelone. Nous n'avions v point à lutter contre les exigences de la clientèle allemande et anglaise. Les Latins de l'Ombrie et ceux de la Castille, les Egyptiens du Caire et les Maronites du Liban acceptaient avec enthousiasme nos produits tels quels. Les chrétiens du Levant achalandèrent nos bateaux et se disputèrent leurs cargaisons. Aujourd'hui, la flotte allemande de commerce est, en Méditerranée, plus nombreuse que la nôtre. Le commisvoyageur westphalien nous a chassé de Roumanie. Pendant que les fils de la Hanse multipliaient leurs importations en Espagne jusqu'à les échanger pour quatre-vingt-quinze millions de pesetas, alors qu'en 1873 ils recevaient simplement un million et demi de pesetas, et en 1898, quarante-trois millions, nous perdions en vingt ans la moitié de nos transactions. A Barcelone, le sixième rang nous est assigné sur la liste statistique. En Italie, ce sont les vaisseaux anglais, autrichiens, grecs et allemands qui déchargent en nombre leurs caisses, ballots et barils. La cinquième place seulement nous est dévolue. Même à Gênes, les Espagnols et les Hollandais nous surpassent ; et le consul de cette ville écrit : « Cette disparition graduelle des navires français produit pour le rayonnement de notre influence un effet déplorable ». A Trieste et Alexandrie, les denrées de notre sol sont débarquées de vaisseaux allemands. De Fiume, cent-cinquante chargements partent vers