‹ La morale de l'éducationChapitre 20 sur 45 · X M PRÉFACE · texte numérisé non relu

X M PRÉFACE

aucune époque. Les acquéreurs d'automobiles trouvent aisément des watmen adroits. D'autre pari, les officiers, les professeurs, sortis de la bourgeoisie pauvre, manifestent aussi des qualités spirituelles autrement précieuses que celles des anciennes culottes de peau, et des vieux médicastres' enfichés de vomitifs, de saignées, de purgations. Le villageois cultive mieux sa terre qu'il engraisse chimiquement, et dont il connaît les éléments analysés au laboratoire. Que ces progrès incontestables n'aient pas encore leur plein effet ; que la majorité des ignorants, des paresseux songent d'abord à secouer politiquement les derniers jougs de la tradition, au lieu de s'assurer économiquement des avantages matériels : cela n'empêche point les idées, mSil conçues encore, d'animer, chaque heure, un nombre accru de personnes. Aussi les talents réels abondent-ils comme jamais ils n'abondèrent il y a trente ans. Sur l'énorme chiffre de livres publiés continuellement, les mauvais paraissent en nombre infime. Presque tous renferment quelques pages au moins dignes de la louange même qui se réserve. Aux expositions. la moyenne des efforts artistiques l'emporte, et de beaucoup, sur les moyennes d'autrefois. Les programmes de tous les examens furent continuellement chargés de matières plus complexes et la foule des candidats ne diminue guère. Or. cette somme d'intelligence vérifiable est due à la propagande faite depuis un quart de siècle, par les dix écoliers sur cent qui profitèrent des leçons, bien que quatre-vingt-

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dix n'en aient rien retenu. Mais ils sont dix maintenant qui savent. Jadis, ils étaient deux, ou personne. Ces dix là, modifient la mentalité du village, et stimulent la curiosité des vaniteux qui prétendent les égaler. Un d'entre eux va courir, à la ville, sa chance. Il rencontre cinquante garçons comme lui et gui discutent pertinemment le journal. Deux de ce nouveau groupe gagnent la capitale. Ils y trouvent mille gaillards décidés aussi à se renseigner sur les choses de l'industrie, des sciences, des arts. Ces derniers s'agglomèrent. La sélection opère des groupements desquels l'un devient l'aristocratie. Elle triomphe par ses hommes moyens, truchements et apôtres des meilleurs esprits trop extraordinaires, eux, pour persuader la foule, et qui demeurent obscurs.

Ainsi naît l'élite créatrice. Ainsi le pouvoir de l'instruction modifie les peuples, même quand cette instruction est répartie sur un très petit coefficient d'aptitudes.

On formera de même l'aristocratie commerciale, en prodiguant aux fils du prolétariat maintes et maintes leçons d'économie politique, tant à l'école primaire que dans les cours d'adultes (obligatoires en Allemagne), puis à la caserne et à bord, au lycée, à la faculté.

Cette idée fut parfaitement servie par la Revue commerciale de Bordeaux. M. René Chazarenc y écrivit : « Il est temps de détourner du peuple l'obsession de la politique en l'initiant aux questions d'ordre économique, auxquelles il est plus que tout autre intéressé. Car,

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