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CHAPITRE XIII

L'École Supérieure de Commerce

Sans que l'on veuille attribuer à l'élection d'un Allemand comme général des Jésuites une signification outrée, il convient d'admettre l'intention manifestée par les votants à la face du inonde. Gens avisés, subtils, éminemment politiques, ils ont prévu de quelle manière allait s'émouvoir l'opinion commune. Quoi que l'on imprime d'officiel et de tendancieux, il demeure indubitable que l'Ordre illustre a voulu déclarer les sympathies actuelles du catholicisme pour les élites germaniques. Lors du dernier Conclave, l'Archevêque de Breslau, le cardinal Kopp, ayant apporté au cardinal autrichien Puzyna l'avis de prononcer l'exclusive contre le cardinal Rampolla, candidat de notre ministre, les éminences accédèrent à ce conseil, et Pie X fut proclamé. A la Triplice, il doit sa tiare. Si l'on raccorde avec ces deux événements le succès

récent du Congres catholique de Strasbourg, la faveur affectée par Guillaume II, à l'égard du centre parlementaire catholique, auxiliaire de ses collaborateurs pour la résistance contre les socialistes au Reichstag; si l'on considère aussi l'urgence de plaire aux curés autrichiens dans le cas où la succession de François-Joseph offrirait aux pangermanistes une occasion de triomphe, on méconnaîtrait imprudemment l'alliance conclue entre le Pape et l'Empereur. A deux, ils composent une puissance matérielle et morale.

Nous aurions tort de récriminer contre ce résultat direct d'une politique anticléricale exigée par la majeure partie de la nation française. Il n'en est pas moins vrai que nos radicaux renforcent considérablement l'influence du Teuton. Nos partis de gauche exaltent l'ennemi. Encore un peu de temps, et les coloniaux allemands obtiendront de proléger, en Asie, l'ensemble des missions chrétiennes. Le chemin de fer de Bagdad distribuera les produits silésiens, westphaliens et bavarois à ces populations levantines, qui ne juraient que par la France. Or, les bénéfices de ces transactions enrichiront, avec les banques berlinoises, le trésor de.guerrc.

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destiné à la menace d'invasion. Monopole d'une race qui comprend les plus actifs commis voyageurs du monde, l'influence officielle d'un pape ami sera très fructueuse, et, comme disent les annonces « défiera toute concurrence ». D'autre part, nous apprenons chaque jour que Guillaume II, débiteur du sultan, s'impose comme le protecteur des musulmans contre leurs maîtres européens. La croix d'une main, le croissant de l'autre, les exportateurs de Hambourg peuvent frapper à toutes les portes de l'Anatolie et de la Mésopotamie. Ils sont assurés de vendre les pacotilles à des clients prévenus en leur faveur, par des clergés divers, mais reconnaissants.

Depuis que Mgr Merry del Val, Jésuite espagnol et ministre du pontife, obéit aux injonctions du cardinal allemand Streinhumer, les boutiquiers de Castille, d'Aragon et de Catalogne, préfèrent les marchandises fabriquées sur les rives de l'Oder et de l'Elbe à toutes les autres. Et notre commerce français perd très rapidement sa clientèle dans la péninsule ibérique? En moins d'un an, le tiers est passé à l'ennemi.

Naguère, la Revue commerciale de Bordeaux

publiait un remarquable article de son directeur : Nous déplorons que la majorité des citoyens ne soit pas en mesure d'apprécier les questions qui intéressent son avenir et celui de son pays. Les électeurs envisagent l'avenir de la France au seul point de vue politique. Ils n'envoient au Parlement, sauf de rares exceptions que des politiciens. Toute l'activité de nos races s'est laissé absorber par ce genre de soucis. Or, la grandeur let la prospérité d'un pays ne dépendent pas uniquement de ses conflits intérieurs. Qu'il s'y absorbe au delà de la raison, et il s'anémie, tombe en décadence. Actuellement la France semble dans ce cas. Si Ton ne réagit pas, son prestige économique disparaîtra parmi nos luttes intestines.

« Il est temps de détourner les citoyens de l'obsession de la politique en les initiant aux questions d'ordre économique. Car, un jour prochain, ils auront à défendre leur existence matérielle contre la concurrence et la production intensive de tous les peuples. L'éducation économique élémentaire de la nation est donc de toute utilité. »

Ainsi prophétisait l'organe des économistes, des négociants bordelais, de ceux qui font, à cette

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heure, tant de généreux et intelligents sacrifices pour mettre en valeur l'Afrique occidentale, lui créer un pouvoir d'achat bientôt rémunérateur ici, de nos salaires et de nos dividendes industriels.

Cet appel ne date pas de mai 1906. Depuis le début du dix-neuvième siècle, les écrivains compétents annoncèrent la même nécessité. En 1820. déjà, un groupe de négociants et d'économistes: Brodart. Legret. Chaptal, Jean-Baptiste Say, Jacques Laffitte, fondèrent une « Ecole spéciale de commerce et d'industrie». Ils l'inaugurèrent rue de Grenelle-Saint-Honoré, dans l'hôtel des Termes; transférée dans l'hôtel Sully, rue Saint-Antoine, elle abrite les apôtres de la science économique. Après les bouleversements de 1830, Adolphe Blanqui reprit l'œuvre interrompue en installant rue Neuve-Saint-Gilles son « Ecole supérieure de commerce », que les ministres ne tardèrent point à subventionner. Dès lors, l'enseignement des lois propres à la production, à l'échange, à la transformation des richesses, ne cesse plus d'attirer les esprits sérieux. En 1898, les Chambres destinèrent à la vie de ces idées supérieures, un magnifique immeuble édifié dans l'avenue de la République.

Maintenant; il s'agirait d'y voir affluer notre jeunesse bourgeoisie et ouvrière. La suprématie où la décadence du monde latin, dépendront de l'empressement comme de la négligence que les pères de familles marqueront devant les programmes de cet institut. C'est là que se formera l'élite, capable d'éduqùer notre ignorance mortelle, puis de changer en intelligence active et clairvoyante l'opiniâtre manie des électeurs.

Avec la collaboration de la Ville, la Chambre de commerce prodigue ses soins à l'excellence de l'Ecole que M. Paris, un homme éminent, dirige. Spacieux amphithéâtre, laboratoires clarteux, salle d'hydrothérapie, de gymnastique, cours ombreuses, accueillent les élèves et communiqueront aux parents l'assurance d'une hygiène sûre. Le corps et l'âme se trouvent également accrus dans ce temple du savoir essentiel. A douze ou quatorze ans, le lauréat des écoles primaires peut entrer à'I'Ecole supérieure pratique de commerce et d'industrie. Aussitôt, les professeurs l'instruiront de toutes les connaissances, permettant d'aborder les affaires trois ans après, grâce à des certificats d'études approuvés par le ministre et garantissant l'habileté du jeune homme devant les chefs de mai-

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son. Cette préparation coûtera trois cents francs annuels à l'externe, six cents francs au demipensionnaire, douze cents francs au pensionnaire. Ils sortiront de rétablissement tout armés pour l'existence pratique et en état d'acquérir la fortune, quelque jour, au lieu de végéter sans espérance dans les prétoires de province, dans les cafés des garnisons, dans les bureaux des administrations publiques.

Le bachelier peut, ses études classiques finies, se présenter aux cours de la quatrième et de la cinquième année. Il complétera son avoir mental en s'assimilant les notions financières indispensables à la vie positive des patries, il apprendra quelles forces procure à l'ingénieur et au capitaliste l'utilisation des principes économiques. Il mesurera la puissance dévolue à l'industrie par l'appréciation scientifique des marchés, par l'emploi de la banque et des crédits, de l'agio, par le calcul du change, par les opérations de Bourse, par les leçons tirées de l'histoire et de la géographie commerciales, par les apports de la mécanique, de la chimie, de l'énergie électrique, par la comparaison entre les facultés naturelles des différents peuples, entre leurs outillages, entre leurs législations budgé-

taires et douanières, entre les richesses de leurs sols, de leurs sous-sols, de leurs eaux.

Alors, il sera devenu le type intégral du citoyen. Enfin, le Français comprendra qu'autour de son pays d'autres races évoluent dont les appétits et les habiletés rivales le menacent bien plus dangereusement que ne menacent les réactionnaires autochtones. A bon escient, il jugera s'il convient de laisser le pouvoir économique du monde latin décroître au point de disparaître devant la vigueur productrice des Allemands et des Américains qui, avant un siècle, nous posséderaient. Il siérait, en outre, que les mères de famille missent leurs filles en contact avec les demoiselles 3'ankees qui viennent tout en visitant l'Europe, achever leurs études au Collège La Fayette de Paris. A se mieux comprendre, à commenter ensemble des idées, les démonstrations des professeurs, des conférenciers, les unes et les autres gagneraient beaucoup de lumières sur toutes choses du monde'? Ainsi l'on préparerait des épouses aux initiatives averties et qui seraient, pour nos adolescents, des collaboratrices efficaces, des « associées », comme récrivait Lucien Aluhlfeld, des conseillères inestimables. Ensuite se dresserait un couple nouveau

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qui changerait heureusement la sénilité radoteuse et chétive de nos âmes.

Car il n'y a pas à dire: en notre époque, toute gloire et toute vie des nations se préparent dans la boutique du banquier. Une autre conception de la grandeur publique est une erreur puérile.

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Les étudiants surent offrir à la bourgeoisie française, à leurs familles, un bel exemple de solidarité. Ils établirent un restaurant coopératif, avec l'intention d'obtenir une alimentation hygiénique et peu coûteuse. Les tristes mixtures que cuisinent des plongeurs sordides dans les gargotes du Quartier Latin, empoisonnèrent, un temps, les seuls jeunes gens au goût perverti ' et qui choisissent, de préférence, les sauces douteuses et les débris faisandés, servis sous les noms les plus illustres des menus diplomatiques. Peu nombreuse à la pendaison de crémaillère, la foule des consommateurs, extraordinairement, s'accrut en quelques jours. On put espérer qu'à la sortie des cours et des bibliothèques, toute l'adolescence studieuse s'attablerait dans la salle du repas en commun. Elle y gagna

de mille manières. En effet les différentes pensions de la rive gauche sont fréquentées par des individus équivoques, enclins à couvrir du titre de basochien leurs occupations louches. Jusqu'à présent, les aigrefins se mêlaient sans façon aux braves garçons naïfs qui devenaient leur proie, grâce à l'appât des courses et des filles. Dans leur restaurant coopératif les bacheliers se trouvèrent entre eux. Fatalement, les propos prodiguèrent plus d'intelligence et d'espoirs élevés. On parla davantage sur les matières de l'enseignement et la science des maîtres. Les racoleurs pour bookmakers clandestins ne purent insinuer aussi commodément leurs tentations parmi les discours.

A s'assembler, loin des ignorants, fût-ce pour manger, la jeune élite studieuse gagnera l'esprit de corps. Elle se formera mieux un idéal collectif de son rôle dans l'avenir. Quoi qu'on en dise, ni les masses, ni les prétendus grands hommes ne font le destin des Etats. C'est l'élite instruite qui règle le sort de la patrie. L'homme illustre ne remplit qu'un rôle de héraut et de proclamateur pour ce qu'elle pense. Et la multitude ne voit dans la politique qu'un moyen de sauvegarder immédiatement ses intérêts matériels. La grandeur du pays, les sciea-

ces de la civilisation demeurent indifférentes à l'électeur des campagnes. Il vote pour exiger un droit de douane prohibitif sur les produits agricoles étrangers, afin que le blé et le vin de la province se vendent très cher, et afin qu'il empoche. Du reste, il se moque ou à peu près. Avec ce beau système de gouvernement exclusif par les masses, nous ruinons la patrie. La doctrine protectionniste qu'elles appuient de leurs suffrages a déjà totalement anéanti notre marine marchande, en forçant les constructeurs de navires à solder des impôts fabuleux pour l'entrée des matières premières indispensables. De la sorte, l'armateur doit, en France, payer plus de cinq cents francs environ, ce qu'il achète trois cents francs environ au dehors. L'industrie des constructeurs disparaît. Notre pavillon commercial n'apparaît plus dans les mers d'Orient, alors que les couleurs allemandes et anglaises pullulent là-bas. Tel est le dernier méfait du protectionnisme électoral. La jeunesse, qui maintenant pare son intelligence à l'Université, assume nécessairement la tâche de reconstituer la puissance de l'élite savante, et l'esprit généralisateur. Il devra s'opposer aux intrigues des hommes providentiels,

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monoïques ou dictateurs, que 1 expérience condamna, puis à l'omnipotence des intérêts rustiques en l'honneur de quoi le Parlement sacrifie l'avenir idéal et réel de nos vingt races françaises, alliés par la tradition latine. Il importe que islateurs, les docteurs, les profes-

■s de demain s'apprêtent dès maintenant à renouveler l'énergie de l'élite actuelle, trop veule, trop sceptique, vaincue par le grossier triomphe du cabaretier électoral. Rude sera la besogne. Car, il ne sied pas de songer à la réaction. Aucun logicien ne saurait un instant soutenir que l'on doive restreindre les garanties du suffrage universel. Mais, il faut l'éclairer; et, dans les Chambres mêmes, en adjoignant aux députés du peuple, nombre de mandataires élus par l'élite intellectuelle. Et faire cela, c'est faire une révolution; c'est faire reconnaître que nos pères se sont trompés sur la valeur de la masse. En assimilant l'intelligence des laboureurs à celle des ouvriers, on commet la faute. Ceux-ci constituent une élite extrêmement supérieure à celle des populations rurales. Rien de commun entre les deux éléments, au point de vue de la raison intui-

tive. Ils deviendront les deux forces de deux sectes ennemies.

Le monde moderne n'évitera les longues horreurs de la guerre sociale que par la floraison d'une élite mentale toute neuve, dégagée d'attaches avec le passé, et prête à toute la justice. Ce groupe sauveur ne se peut former et fortifier que par un souci constant d'être solidaire, bien uni contre tous, égal en ses goûts et en ses aspirations. Ce que l'histoire attend de cette jeunesse est immense. Et la jeunesse ne le peut accomplir qu'avec le secours de toutes ses vigueurs latentes ou virtuelles. Les concentrer dès aujourd'hui est un devoir. Sinon, la dictature à forme socialiste ou la dictature à forme bonapartiste l'emporteront quelque jour, pour une période brève, certes, mais après un conflit sanglant et désastreux. L'œuvre de l'élite prochaine est de se dresser entre ces deux fléaux et de leur imposer la justice d'un arbitrage libéral, disons anarchiste, dans le sens étymologique de l'épithète qui n'admet pas la suprématie d'une force sociale opprimant les autres forces sociales, mais qui les convie toutes à se développer parallèlement, pour la prospérité de l'âge industriel.

Faciliter aux étudiants les moyens de s'aimer, de se comprendre, de se concerter et de fraterniser, sans doute, est-ce épargner au pays des cataclysmes.

Il eut semblé que toutes les familles où 1 on éduque des lycéens pour les Ecoles se dussent de contribuer à la réussite. L'action du Restaurant coopératif coûtait vingt -cinq francs. C'était peu de chose. Mais, cela multiplié par les bonnes volontés libérales de la bourgeoisie française, n'eût pas manqué de fournir un capital important. A l'heure de prendre ses inscriptions et de s'installer au Quartier Latin, l'étudiant possesseur d'une ou plusieurs actions se fût rangé dans le milieu le plus favorable à son développement moral, intellectuel et civique. Pour le moins d'argent, il s'alimentait selon les lois de l'hygiène. Car, une surveillance médicale scrupuleuse contrôlait la préparation des aliments. Les tables du restaurant coopératif ne supportèrent aucune bouteille de liqueur ou d'alcool. Seuls, le cidre, le vin, la bière furent tolérés comme boissons. Le premier essai n'aboutit pas.

On ne se préoccupera jamais trop de la santé de la jeunesse, à l'âge où elle dépense infiniment, soit en travail d'assimilation intellectuelle,

soit en exercices du corps, soit en plaisirs. Une mauvaise nourriture détériore l'estomac, et, par suite toute l'économie, dont il brasse les vivres. Or. dans les gargotes où l'on sert des repas au rabais, le cuisinier utilise obligatoirement des rogatons interlopes, des œufs conservés, grâce aux formules d'une chimie discutable, des viandes trop longtemps exhumées des steamers frigorifiques où elles voyagèrent depuis les abattoirs de la Plata.

Ce motif sanitaire, à défaut des autres, éveillera certainement la sollicitude des familles. Les fondateurs du Restaurant espèrent organiser, par les moyens de la Coopération, un Hôtel d'étudiants. La création en est encore plus urgente. Dans les logements garnis de la Capitale, les tenanciers installent les meubles acquis dans les ventes après décès. Le marteau du commissaire priseur met aux enchères la diphtérie, la peste, la variole, la syphilis et la tuberculose, en même temps que le crieur étale sur le comptoir les matelas aplatis, les couvertures de laines, les traversins de plumes, les édredons rouges, les courtines à franges, les ciels de lits poudreux, les carpettes à fleurages. Que l'étudiant s'affaiblisse à la suite de grands travaux ou

de noctambulismes, il offrira le meilleur terrain de culture aux ferments de la contagion épars dans l'air de sa chambrette, qu' encombrent l'armoire à glace, le guéridon boiteux, le canapé de cretonne, les deux poufs capitonnés, les rideaux abondants de la couche. Il faut une constitution herculéenne pour ne point trépasser dans cette atmosphère de peste. De fait, quelques-uns périssent. On le voit : participer à la fondation du restaurant et de l'hôtel coopératifs, c'est écarter de notre jeunesse les chances de la maladie, de la mort, des compromissions fâcheuses; c'est aussi contribuer à la création d'une mentalité vigoureuse digne de vaincre par la sagesse et la science, | les entreprises contre la liberté. Il convient de rappeler, au centre universitaire, les étudiants dispersés, dans les endroits luxueux de la Capitale, et qui dépensent en snobs les exaltations précieuses que l'amour des idées devait recueillir dans leurs âmes ardentes.

Rien de moins difficile, en somme. D'eux-mêmes, ces jeunes hommes mesurèrent ce que la solidarité comporte d'avantages immédiats. Ils lurent les magnifiques résultats obtenus par les Sociétés anglaises. Ils apprirent que certaines

coopératives ouvrières ont gagné et possèdent des millions; que leurs participants sont assurés de ne jamais être dans le besoin. Assistance médicale, retraites pour la vieillesse, hospitalisation des infirmes, assistance judiciaire, éducation et instruction des enfants, tout est garanti par l'association. Pourquoi les étudiants ne réussiraient-ils pas aussi bien que les ouvriers? Pourquoi le prolétariat des bacheliers ne constituerait-il pas un capital commun, à l'exemple de ces travailleurs manuels?

On affirme que, clans les milieux de la petite bourgeoisie, l'orgueil de chacun s'oppose à l'innovation coopérative.

L'heure semble bonne pour le développement

I du mutualisme. Maîtres et disciples l'admettent.

Au nombre des membres qui formèrent le con-

seil d'administration et la commission de sur-

. veillance pour la Coopérative du Quartier Latin

on relevait les noms qui suivent :

Président: M. Charles Gide, chargé du cours d'économie sociale à la Faculté de Droit de Paris; vice-président: M. Jules Tannery, sous-directeur des Etudes Scientifiques à l'Ecole Normale Supérieure; secrétaire: M. Henri Hayem, licencié ès-lettres, étudiant en droit; trésorier:

M. Camille Tanesse, économe honoraire au Lycée St-Louis; trésorier-adjoint: M. Raymond Recouly. licencié es-lettres, étudiant d'agrégation. Membres: MM. Georges Accolas, étudiant; Léon Delamarche, étudiant; Charles Ilriessens. créateur de renseignement populaire de la cuisine; Julien Durand, étudiant; Charles Guieysse, administrateur de la Société des Etablissements de l'Etoile Bleue; Henri Martel, inspecteur des services sanitaires au Ministère de l'Agriculture; Alfred Xast, étudiant; Michel Revon, professeur à la Sorbonne; Pierre Vallet, étudiant; Maurice Goguel, étudiant; Ernest Lavisse, professeur à la Sorbonne; Jean Longuet, étudiant; Charles Lyon-Caen. professeur à la Faculté de droit de Paris.

Autant dire que les meilleurs esprits des Facultés se vouent à cette œuvre magnifique de régénération de l'élite française. A la bourgeoisie de suivre les chefs de ces idées et de contribuer au renouvellement national.

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