VI PRÉFACE
de ces concurrents au lieu de remplir les goussets de nos compatriotes. D'autre part, nos populations pourraient fournir à leurs armateurs, s'ils remplissaient la mission que s'arrogent les Allemands et les Anglais, quantité de vivres, de charbon, de vêtements, de matériel naval qu'elles ne fournissent point, mais que procurent, avec gain, à leurs matelots, les gens de Brème, de Hambourg, de Londres, de Liverpool, etc.
L'agrandissement des rades et des quais vaudrait des salaires à des milliers dé travailleurs, si notre trafic de mer prospérait. Enfin la visite par nos propres vaisseaux des pays exotiques instruirait mieux nos consuls et nos industriels sur les débouchés encore inconnus. La faculté de produire se limite trop dans les industries que ne seconde pas une marine de commerce suffisante et bien guidée. Il apparaît que les capitaines anglais ou allemands renseignèrent d'abord leurs usiniers avant de requérir des nôtres le fret nécessaire à des peuples lointains. Le déclin d'une marine marchande est un signe dé déchéance économique. Dans la Revue des Deux-Mondes, M. Siegfried, un jour, énuméra les causes de ce désastre évident. Il se résignait en certifiant que la France l'emporte encore pas les arts.
Certes les esthètes de Londres ont dételé la voiture de notre glorieux sculpteur Rodin pour la traîner eux-mêmes. Certes, peu "de peintres sont comparables à Besnard et à Jacques-Emile Blanche dans les capitales du monde. Nulle
PREFACE Vil
patrie ne contient une œuvre semblable au Monument Aux Morts de Bartholomé. Les Hanotaux, les Vandal, les Houssaye, les Masson, les Lalo, les Debussy, les Erlanger, les Anatole France, les Mendès, les Rod. les Rosny, les Elémir Bourges, les Mirbeau, les Barrés, les Monet, les Raffaëlli. les Degaz, les Forain, les Plumet, les Frantz Jourdain, les Majorelle, constituent une élite éducatrice des mille peintres à qui les femmes d'Amérique confient le soin du portrait, des mille conteurs et vaudevillistes que lisent et applaudissent les foules germaniques ou bien anglosaxonnes des cent sculpteurs et architectes dont les plans sont partout copiés. L'artiste fait pour la gloire de la France ce que ne savent faire les commerçants ni les politiciens. Il accomplit son devoir de citoyen auquel se dérobent ceux-ci. Il s'efforce de s'accroître au lieu d'engraisser dans l'ignorance satisfaite en attendant la catastrophe finale. N'oublions pas que nos ingénieurs ont créé la première automobile en état de courir, le premier submersible en état de plonger, le premier dirigeable, en état de voler contre le vent, et qu'ils l'emportent ainsi dans le concours de toutes les élites du monde acharnées à la découverte de ces mécanismes. N'oublions pas que Berthelot mort hier inventa la synthèse chimique, que Monsieur Poincaré inaugure des théories mathématiques non pareilles, que M. Léon Bourgeois et M. Louis Renault furent à la Conférence internationale de La Haye les apôtres les plus écoutés du Droit des gens. Bientôt M. Gustave Le Bon publiera un corps de