‹ La morale de la FranceChapitre 12 sur 60 · XX PREFACE · texte numérisé non relu

XX PREFACE

faire. Car il importe que notre nation et sa culture demeurent au rang des races maîtresses sur le globe par l'énergie matérielle aussi bien que par l'énergie spirituelle.

Mais nous avons un ennemi pire que tous les autres que ceux du passé, que ceux du futur. Cet ennemi c'est nous-même et notre esprit férocement critique de nos œuvres. La presse le sert avec un entrain satanique. A force de se dénigrer mutuellement, les écrivains, par exemple, en sont arrivés à rendre le public insoucieux de leurs efforts. 11 aime mieux lire les biographies des assassins que celle des romanciers, des philosophes ou des poètes. Le récit copieux d'un meurtre, même s'il se répète quotidiennement, intéresse non seulement la foule, mais Télite qui réclame cette pâture de ses journaux, et n'exige jamais l'avertissement des idées que les livres engendrent ou totalisent. Cent poètes vivants produisent aujourd'hui des œuvres meilleures que celles des Racine, des Musset et des Lamartine, égales presque à celles des Ronsard, des Hugo et des Heredia. Qui le sait? Pas même les littérateurs empressés à quérir les défauts minimes et insignifiants de ces poèmes afin de ruiner la fortune de l'émule. Ainsi renseigné le public suit sa niaiserie et se rue sur les sottises de quelque Pierre de Coulevain au lieu de dévorer les œuvres des Rosny, des Élémir Bourges. Qui pourra jamais dire pourquoi, approuvés par les journaux, tant de gens aiment affirmer leur bêtise en avouant leur enthousiasme des vaudevillistes qui, tous les soirs, retournent l'adultère sempiternel sur le gril des diverses scènes parisiennes? Taine, Albert Sorel, voire Montaigne et Flaubert, ces hommes dont le génie synthétisa l'âme

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