‹ La morale de la FranceChapitre 13 sur 60 · PREFACE XXI · texte numérisé non relu

PREFACE XXI

latine de nos races, sont moins connus du monsieur et 4e la dame que les âneries incarnées par les filles de théâtre. L'assassin et le vaudevilliste sont devenus les idoles de l'élite française. Elle n'a d'oreilles, d'yeux, de sens que pour l'apache et le faiseur de dénouements. Effroyables corrupteurs de l'esprit national, les cinq ou six directeurs de journaux accélèrent cette décadence de la mentalité générale en élaguant de leurs gazettes, le plus possible, les idées, les excellences de notre âme.

En aucune époque le génie français n'a tant produit. Mille personne composent des romans agréables avec la facilité que ne possédaient pas nos grands-pères pour écrire un billet. Je reçois environ quatre ou cinq de ces livres par jour. 11 est rare qu'un d'eux soit feuilleté sans offrir une page au moins digne des plus illustres entre nos observateurs, penseurs ou poètes d'autrefois. Mais tout le monde ignore cela. Tout le monde préfère savoir que M'" Amanda se déplace, pour chanter, dans le Midi, six couplets d'opérette.

Notez que je ne parle pas de la foule, du peuple, mais de l'élite, ce million de bacheliers ou de personnes vivant au milieu de leur atmosphère spirituelle. Ces gens, je le répète, auraient pour devoir de maintenir le niveau intellectuel du pays à un certain étiage. Munis de places, d'honneurs, assurés d'une vie régulière et d'une retraite, pour la plupart, les magistrats, officiers, ingénieurs, fonctionnaires et professeurs abandonnent trop le soin de cultiver leur esprit, une fois qu'ils ont la toge sur le dos, le galon sur la manche, ou la commission dans leur poche. Comparez à leur nombre celui des abonnées aux revues, celui des acheteurs chez le libraire. C'est une dérision. Les bacheliers se démènent

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