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pour entendre gratuitement un drame imbécile, une comédie banaJe. Parfois même ils déposent un louis .au bureau de location. Ils payent assez cher des tonneaux de vin médiocre, hostiles à l'estomac. Mais quelles sommes sont vouées à l'acquisition de nos livres historiques? Moins que rien. Les éditions des œuvres que publient les Hanotaux, Albert Vandal, les Frédéric Masson, les Henry Houssaye, les Lcnôtre, les Madelin, devraient se multiplier par cent et par mille si cette caste de bacheliers avait le moindre souci de connaître un peu l'âme de la France qui les éduqua, les nourrit et les protège.
A défaut de l'histoire, que les indolents traiteront peut-être d'ennuyeuse, apprécient-ils du moins les romans où les idées se mêlent à la vie sentimentale et passionnelle? Le chiffre des éditions de Balzac et de Flaubert demeure loin des totaux qu'il serait rationnel d'attendre en un pays de lettrés. De même pour les œuvres contemporaines dignes de ces grands hommes. Trente écrivains admirables continuateurs de l'esprit encyclopédiste créent de nouvelles synthèses unissant le réalisme de la vie aux mystérieuses influences des lois supérieures. C'est par centaines de mille que les bibliothèques devraient s'ouvrir devant chaque livre de ces auteurs. Le compte est différent. Seul Zola reçut l'hommage qui seyait. Hélas, nous aimerions ignorer les raisons pour lesquelles son art conquit le prestige nécessaire à la culture française, alors que vingt romanciers de mérites divers mais de valeur égale eussent dû pénétrer aussi les masses profondes de cette élite.
Méprise-t-elle le conte et veut-elle s'assimiler uniquement des ouvrages sérieux? Le docteur Lebon vient d'instituer une bibliothèque où les savants extraor-
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djnaires de notre époque prêchent, d'une manière accessibJe pour tout homme instruit, les merveilles de la recherche. M. Poincarrc, pour la mathématique, M. Dastre et M. Le Dantec pour les problèmes biologiques, le docteur Gustave Lebon, pour l'évolution des Forces, y publient des œuvres insignes. Les cent mille disciples effectifs de ces auteurs se réduisent encore à dix ou douze mille, et à peine.
Cette abstention des bacheliers devant le livre est déplorable. On dit que le journal les informe. Oui, s'ils suivaient assidûment les deux ou trois feuilles vouées à la divulgation rationnelle des sciences, des arts, de la politique mondiale. Mais ces deux ou trois feuilles ne réunissent pas cinquante mille fidèles en France. Le million de bacheliers se vautre donc sur les gazettes à catastrophes, comme les cinq cent mille cabaretiers et les millions de portiers. A quoi bon, dès lors, leur supériorité mentale consacrée par les diplômes, les traitements, les honneurs? Et que peut attendre d'une telle élite la France qui la forma de son sang et de sa pensée gréco-latine jadis dans les familles prospères, naguère sur les bancs de l'Université? Rien que la déchéance prochaine.
Nous possédons tous les éléments de résurrection. Si les journalistes allouaient aux livres magnifiques parus chaque jour le nombre de colonnes qu'ils allouent aux assassinats et aux scandales quodidiens, cette grande élite apprendrait sa richesse. Elle en profiterait. Elle accroîtrait les puissances de son énergie. Elle récupérerait sa noblesse. Malheureusement, l'esprit de critique excessive a détruit sa confiance en ses apôtres. Cette critique que l'on aperçoit dans toute son horreur au Parlement rendu désormais incapable par la