XXIV PREFACE
peur des interpellations saugrenues, cette critique nous, a dégoûtés de nous. D'autre part, l'étranger a recueilli ces attaques de nous-mêmes contre nous-mêmes. 11 les a magnifiées. 11 a conclu que nos défauts seuls étaient positifs, que nos vertus étaient négatives puisque nous nous empressions de les contester. Les Conservateurs déclarant l'armée détruite par le gouvernement radical, les Unifiés attestant la couardise du peuple, les anticléricaux calomniant la propagande de nos missions dans les pays religieux d'Orient, les progressistes conseillant aux riches la trahison financière et l'exode à l'étranger des capitaux, les amiraux en déclarant, à l'heure de Fashoda, la flotte hors d'état, les généraux en démissionnant avec bruit pour mieux blâmer des ministres indociles à leurs suggestions; tous ces critiques hargneux de notre force fournissent à l'ennemi des arguments propagés par ses instituteurs, ses professeurs et ses prêtres dans les foules dressées à nous combattre un jour.
Ces arguments ne sont pas seulement nuisibles au dehors. Ils le sont au dedans. 11 est des gens pour dire que l'on doit se résigner à perdre la place que nous occupions avant 1870, que nous occupons encore. Selon eux, tout fut admirable de nous jadis. Maintenant, tout leur semble vil. En vain nos ingénieurs ont-ils, les premiers, fait mouvoir, sur terre, sous mer et dans les airs, l'automobile, le submersible, le dirigeable. Cela ne persuade point. Trop d'écrivains, de conférenciers s'attardent à prôner exclusivement les arts d autrefois sans vouloir reconnaître la parité des arts présents. C'est un sophisme évident de prétendre que ta Princesse de Clèves et Candide sont des oeuvres supérieures à celles de Balzac, de Flaubert ou de Zola.