CHAPITRE IV
L'auréole des messies, des bouddhas, des saints, qui se développe autour de leurs crânes pour marquer Teffîcace de leur pensée persuasive sur les hommes, n*est plus un pur symbole parmi les mythes des religions. Stupéfaite, la Science contemporaine découvre qu'en effet le cerveau dégage une force radieuse. Long de cinq à dix centimètres, un tube de \errc, s'il contient une rondelle de laiton enduite de sulfure de calcium phosphorescent, s'illumine quand on approche l'une de ses extrémités contre le front d'un causeur, devant la circonvolution de Broca, source nerveuse de la parole. Tant que la personne dit, la rondelle brille. Au moment du silenc<?, elle s'éteint ; ou, du moins, la phosphorescence diminue très notablement. Que l'on porte le tube au-dessus du sourcil gauche, point opposé à la circonvolution de Broca, le causeur, inutilement, s'évertue. La phosphorescence ne s'accroît point. C'est donc l'effort spécial
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tenté par un centre nerveux défini qui projette hors de l'être une vigueur matériellement perceptible. Par conséquent, un esprit en travail, un esprit imaginatif qui tâche de grandir son illusion, un esprit en extase, crée autour de son organe une véritable auréole lumineuse. Augmentant le diamètre de la rondelle, et la plaçant derrière le cervelet, les peintres d'images pieuses ne font qu'inscrire une proposition rigoureusement scientifique. Avant peu, sans doute, les chercheurs des laboratoires sauront munir leurs tubes de matières telles qu'elles brilleront devant tous les centres cérébraux, lorsqu'ils agiront intensément par la parole, la volonté, la méditation. Déjà les expériences le promettent.
C'est M. Charpentier, de Nancy, qui a prouvé momentanément cette transformation du travail nerveux en travail phosphorescent.
Il a pu constater que le même phénomène se produisait dès que les nerfs du bras en mouvement étaient présentés à l'appareil. S'il longe le dos, le tube s'illumine au voisinage de la moelle épinière. Un écran préparé brille davantage lorsque, près de sa surface, l'expérimentateur contracte ses muscles, etc.. M. Henri de Parville, qui, très scrupuleusement, propage, dans maintes et maintes publications excellentes, les connaissances nouvelles, ne manque pas de prévoir quels arguments les occultistes vont en déduire, pour justifier leurs hypothèses tant raillées. Le magnétiseur protestera qu'il avait raison de croire émettre un fluide dont l'influence sur des fluides nerveux plus faibles pouvait être dominateur des volontés asservies. On sait que la télépathie est, pour deux personnes très sensibles, la faculté de se transmettre à grande distance une pensée véhémente, comme l'annonce d'une mort, la peur d'une catastrophe. N'y
aurait-il pas corrélation entre celte faculté et les voyages des ondes hertziennes utilisées par la télégraphie sans fil ? Autrement dit, les rayons humains, les rayons N, ainsi qu'on les dénomme, n'agiraient-ils pas, de personne à personne, comme les ondes hertziennes de poste émetteur à poste enregistreur ?
Nous gardons tous, dans la mémoire, les intéressantes discussions qui s'élevèrent lorsque William Crooks, le grand physicien anglais, photographia le fantôme de Kattye Kings émané d'un médium. Probablement avaitil fixé sur la plaque les rayons N de ce îuédium en état d'hyperesthésie. Pinçant l'air à quelcpies centimètres derrière un patient les yeux bandés, incapable de surprendre le geste, M. de Rochas obtenait qu'il criât : « Vous me faites mal ! » N'était-ce pas les rayons N que meurtrissait la main de l'opérateur et qui transmettaient à la peau la sensation, en la localisant ?
Toujours la magie enseigna qu'autour de l'homme physique, une radiation fluidique se pouvait aisément produire. Ainsi les initiés des vieilles religions, les prophètes, les apôtres se transfigurèrent miraculeusement aux yeux des foules. Ils s'enveloppèrent de nuages lumineux, relatent tous les textes ecclésiasti({ues. Moïse est représenté portant sur le front deux hautes cornes de lueurs. Notons que l'une est enracinée dans le centre de Broca, sur lequel M. Charpentier, de iNancy, réussit son expérience la plus convaincante. Les mages aussi, les initiés d'Egypte et de Chaldée constatèrent la transformation possible de la force physique interne en force fluidique externe, et s'en servirent, par des procédés aujourd'hui perdus, afin d'étonner les multitudes naïves, de leur faire accepter les lois morales et politiques, appuyées sur l'influence du miracle, du dieu.
En sociologie, les applicalions du nouvel axiome scientifique pourraient être importantes. Exemple : quelques jeunes gens venus de provinces les plus diverses, de pays étrangers, se rencontrent chez un de leurs •aînés dont ils aiment l'œuvre. Chacun d'eux débarque avec une forte somme d'ambition individuelle et un bagage de connaissances. Pour conquérir la gloire, ils s'efforcent de s'améliorer en se communiquant leurs goûts, leurs idées, en partageant leurs passions. Au bout de très peu de mois, ils ont créé une âme collective de groupe, très sensiblement différente de celle propre à chaque individualité. Chacun abdique spontanément une part de son caractère. Chacun est attiré, persuadé. Ce groupe admet une discipline. Tous ses membres adoptent les mêmes préférences et les mêmes haines. Leurs fluides se sont pénétrés. Ils sont liés, non par les seules tendances de leurs esprits, mais par une sorte de parenté physique. Ils louent et dénigrent ensemble. D'ordinaire, ils s'en rapportent à leur opimon générale faite par l'influence de tel camarade, acceptée dans tel ordre «ridées, et par l'influence de tel autre acceptée dans tels et tels ordres d'idées. Mais une fois l'agglomération bien cohérente et solide, il y a saturation. Le phénomène des sympathies concordantes s'arrête. Ceux qui se sont assimilé toute l'âme collective s'aperçoivent inconsciemment que le plat est vide. Ils se libèrent. Les utilitaires, conscients de leur acquêt, s'adonnent aux manigances qui promettent le bénéfice immédiat. Les rêveurs dissertent et paressent. Les consciencieux complètent une mentalité dont l'effort doit les récompenser à longue échéance. Les orgueilleux ricanent et demeurent à l'écart. Les actifs tentent d'appliquer leur savoir à toutes les chances de réussite : ils extériorisent l'âme commune.
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Et 1& division du groupe s'opère, à là suite des rivalités inéh!W3tables. La^ jalousie récupèfre ses' victimes. Les tempéraments se combattent. C'est la fin du groupe. If y eut tïois étapes d'ans cette évolution. Celle die l'apport sympatiiique. Celle de Fagglomérati'on défensive et oiîm^ sive. Celle de la répartition du gain psychique entre fe facultés de chacun a^cieraes par Fendk!>t;trinement mutliel, et par cela même^ très modifiées.
Quel rôle jou«, dans cette associatif) n, le mélaR-ge Ëuidiiqiiie des nervosités ? N'est-ce pas liii qui détermirre ces sympathies sans raisons, n'est-ce pa« l\ii qiii irvaAérialise l'etet des influenGe& voîentaires projetées par les passifs suir tes actifs ? N^est-il pas^ ïe véhicule de Ia-su|fgestion réciproque ? Bien qu'émises par des corps dtff^iî0Hts, ses propriétés ne peuvent-ell'es se combiner entre elles, comme la vigueur positive d^une énergie éloct-ri^He se combine avec une \agueur négative ? Toute la^ cMnfïie de la pei-suasion ne pourra-t-elle, un^ jour, naître de& constatations présentes, et nous expliquev, par d^^ iormuies nettes, lie pouvoir de l'orateur, celui du s^diwteifflr, la compacité d'un groupement, tes causes do s« dispersion ?
Ainsi, tes savants d'aujourd'hui constatent que les rayons infra-rouges du spectre ont un'e action invisible d'ordinaire mais visible s'ils sont reçus sur une pliseque de sulfure de zinc dont ils dissociant la matière ju-squ*?^ susciter une phosphorescence verte. Un navire degu.erre peut, grâce à cette découverte, masquer tes feux de son projecteur avec un verre noir.
Ce verre noir laisse pourtant passer tes rayons infrarouges qui vont frapper, la nuit, un port, une rade', tiîvb flotte.
Réfléchis, ces rayons infra-rouges reprennent sur te
projecteur et le sulfure de zinc en y traçant l'image phosphorescente des objets atteints. Donc, le navire observateur peut voir sans être vu.
Voilà tout une propriété mystérieuse de la lumière qui se révèle, aussi bien que la propriété fluidique des corps humains.
Evidemment, commence une ère tout autre du savoir. Avant peu, les postulats de la tradition antique et des dogmes religieux cesseront d'être en contradiction profonde avec les théories neuves. On s'apercevra que des propagateurs médiocres ont dénaturé les véritables croyances des initiés, des prophètes, des apôtres, des mages. On renouera la chaîne maladroitement brisée par l'intolérance des clergés et le scepticisme facile des professeurs. Certains exégètes établiront que les symboles, les légendes, les évangélistes ne furent que des méthodes pédagogiques par lesquelles les créateurs d'hypothèses téméraires réussirent à persuader l'union, la morale, pour appeler ensuite leurs élites aux mystères de rinitiation, c'est-à-dire à l'explication secrète, mais rationnelle et scientifique des paraboles. On constatera que le savoir ancien fut de prévisions, et de prévisions excellentes, comme le nôtre est d'expérimentation scrupuleuse ; que celui-là fut l'origine nécessaire de celui-ci.
Nul ne conteste plus aujourd'hui la part de l'imagination intuitive dans le jeu des découvertes. Seuls, les créateurs, d'hypothèses téméraires parviennent à con- (fuérir la faculté qui devine sans preuve, ou, selon les plus discutables, le réel encore inconnu. On Va démontré en étudiant le processus psychologique des génies contemporains. Ainsi, les religions et les magismes conçurent les hypothèses que justifient maintenant nos expériences de laboratoire. Dans la succession des siècles, le
vieil Adam procéda comme rua de ses fils au cours d'une vie laborieuse. Normale et belle apparaît l'analogie entre l'humanité et l'homme.
C'est pourquoi le déboire qui fut éprouvé par M. Charpenlier, de Nancy, manquant quelques-unes de ses expériences, sous les yeux de contrôleurs hostiles, ne doit point nous faire nier les Rayons N.
L'intensité qu'ils possédèrent temporairement pour être perçus, si elle a failli dans la fuite, peut renaître demain dès que les conditions premières et difficilement analysables du phénomène se trouveront jointes de nouveau.
C'est une affaire de temps.
Donc, vénérons encore les saints munis de leurs auréoles. La science nous permet d'être attentifs à leurs emblèmes. jMême, elle nous engage à comprendre des indications précieuses pour notre science future. Ne rions plus intcmpestivement des fantômes, ni dés magiciennes, ni des sorcières, ni des miracles, ni des dieux. Ils sont les formules artistiques et littéraires de notre savoir positif.
L'identification de l'électricité et de la lumière, due à un Allemand, confirme tout à coup les vérités qu'autrefois prêchaient dans leurs sanctuaires, les zélateurs du Feu, de l'Agni Védique. La force électrique lumineuse n'est que l'apparence des vibrations, du mouvement. Et le mouvement est la cause de tous les phénomènes connus. Il engendre la chaleur de quoi procède, entière, la vie universelle. Le mouvement, la Vibration, c'est le dieu, le théos, celui qui préside à la construction des forces. Adorant la foudre de Jupiter, les cierges de Pâques, Ormuzd et les dieux solaires, l'humanité ancestrale ne fut pas si simple que le croit notre arrogance.
Par la propagation; de ce' cuite, les élites savante* de jîadîs apprenaient aux peuç)^, incapables de s'instra ire autrement, la vérité profonde que saluent maintenaTit les proplrètes de nos Universités.
Encore un- peu, et la vieille auréele des messies, des saints, va se développer autour de leurs cran«es^ inventeurs : on peut espérer ce signe distinctif, pour peu que le tube à sulfure de calcium soit disposé avec art derrière leur cervelet. L'oriat>9ur politique lui-même peut espiérer ce signe dlstinctif, pour le jour où il fera une profession radicale devant la majorité. Car fàttréole n*est plus un accessoire du théâtre religieux. Peu s'en faut qu'elle ne devienne tout à' l'heure Tinsigrife' excellent de la pensée scienti-fi^iue.
Miroir intelligent, l'homme s'irradie comme ia- lumière, parctr que son esprit, plus puissâTit, reflète mieux, de jour' en jour, le monde percëptiblte-, ses astres et leurs loïÈ.