JUPITER HAMMON
Cabinet des médailles du duc d'Orléans.
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sémites du Jourdain, après leur exode ;en Europe, vinssent rendre la prospérité aux rivages que les sémites phéniciens de Chanaan illustrèrent par Leurs travaux antiques. La même race doit réussir dans les mêmes pays, puisque les mêmes habitudes d'intelligence mercantile ne l'ont pas décAïc en vingt siècles d'épreuves subies 4ans les lieux les plus divers.
C'est le conseil donné par la terre tunisienne qui restitue à nos savants les débris de ce que détruisirent l'énergie romaine acliarnée contre sa rivale, puis, le fanatisme ai^be aveuglé de foi. Mais peut-on espérer le d^sir de restaurer en ceux qui laissent abolir partout les vestiges de l'ancienne physionomie française, qui autorisent d'absurdes municipalités à détruire .partout les fortifications de Vauban, les remparts des villes illustres,^ afin d*y substituer les terrains vagues remplis de tessons, ou les files de mesquines paillotes à rentiers ? J'ai passé, dans une petite ville, mon adolescence sur la promenade circulaire des remparts. Des arbres séculaires ombrageaient les chemins de ronde et les banquettes d'infanterie. L'iierbe poussait jusqu'aux gueules des vieux canons ^qui, peut-être, avaient soutenu les charges de la maison du Roy, défendu la formation des troupes prêtes à triompher vers Rocroy et vers Lens. De là, le promeneur dominait les rues étroites de la -cité, tout^ sa \\e paisible, le halage des chalands par l^s marais de la Scarpe qui baignait les vieux iastions de brique rougeâtre. Une édilité cupide, quelques bureaucrates du génie militaire réduisirent ces ma;)estueux souvenirs en un néant igntïhle, sous le prétexte saugnenu que si l'on construisait au delà de l'enceinte, sans la détruire, l'envahisseur futur se servirait de ces ap.proches.
Aujourd'iïiii, -il ne :restc rien, ou à peu près, de ces
villes de Louis XIV. Leur charme a disparu. Les commis des fabricants de sucres habitent des petites maisons inélégantes bâties à la place des douves comblées par les décombres des remparts. Quelques maçons s'enrichirent à demi. On sait en quel état d'autres barbares mirent les monuments d'Avignon. Cependant, nul n'ignore plus l'aberration que ce peut être de supprimer le langage historique des cités, ^n abolissant leurs vieilles attitudes. Les visages lépreux des maisons séniles content mille choses à l'intelligence. Pourquoi sommesnous les Mindales de nos propres biens ? S'il paraît né- <îcssairc de tailler à travers les masures afin de rendre le home plus commode, pourquoi ne point conser\'er, au moins, telle bicoque caractéristique, entourée d'une grille et d'un square, meublée d'ustensiles suggérant l'époque hostile aux chefs de la démolition ? Ainsi disparaît vite la beauté particulière de Paris, et qui le rendait si différent des autres capitales. On déboise les avenues, les quais, les esplanades. Il va ressembler à toutes espèces de Hambourg grâce aux mêmes généra- 4.ions qui déterrent Carlhagc, qui vont applaudir M"® Delvair de la Comédie-Française jouant sous le costume de Tanit, au milieu des ruines découvertes.
Toute l'Europe conserve mieux ses types. A Ségone, 4cs civilisations romaine, gothique et sarrasine se cou- *doient, magnifiques. Toutes leurs idées en pierre se penchent vers vous, enseignent. Malgré les Maures, très peu de chefs-d'œuvre furent anéantis. De ville en ville on parcourt, en Espagne, les décors de Thistoirc. Trajun va sortir de cette arcade, et le dernier Abencérage médite en cet alcazar. Cotte terre est vraiment la patrie du moyen Age aux grandes guerres, lorsque chaque race <îrrivée des confins de l'Asie jusqu'aux vagues inaccessi-
bles de rAllanlique se retournait vers l'Orient natal, se casait entre les altitudes, s'étirait au long des fleuves, fumait de tous ses bivouacs dans l'étendue des plaines, bousculait la multitude voisine trop curieuse dardant les regards de ses avant-coureurs par la brèche des monts, affluait aux cimes, refluait dans les gorges, se contractait pour un effort, s'épanchait par la déroute, se distendait au lendemain de la victoire à travers la fertilité des espaces. En ces lieux héroïques où s'entre-tuèrent les gens de foi absolue pour des étendards qui allaient être seulement les signes de traditions obscures, on aimerait voir, comme les juifs à Carthage, se réunir les catholiques. Rome et l'Italie supportent mal le pape. Prisonnier au Vatican, il manque de l'aise indispensable à la grande tradition qu'il représente. Comme on le verrait mieux dans la catholique Espagne, au milieu d'un peuple noir et dévot, à la tête d'un clergé encore autoritaire et politicien. L'anticléricalisme n'est là que politique et superficiel. Des miracles renaîtraient. Le fanatisme arabe qui chauffe le sang des Sévillanes vaudrait à la sainteté du pontife d'indicibles vénérations. Supposez, en outre, qu'autour du trône de saint Pierre les gens de vieille noblesse européenne, légitimistes, carlistes, royalistes de toute origine, voulussent restaurer une patrie monarchique, pieuse, que n'entameraient ni les objections de la science, ni les cris du prolétariat affamé de justice, ne serait-il pas admirable de contempler une telle nation homogène vivre et persévérer dans son être ?
Au moyen âge, il en était ainsi. Chaque nation formait un organisme composé de cellules identiques. Les -dissidents étaient expulsés ou anéantis. L'unité des coutumes et des esprits demeurait infrangible jusqu'au
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jçRir d'iine invasion vkîloneuse. Maintenant, toutes les i^acos se mêlent, toutes les idées se confondent, se disetttôilt, s*allient, engendrent 'des Mes 'lumineuses. La Idférance fut le premier pas vers le co9mo]iolitisme. "Et c'est pure rêverie cjue vouloir revenir auxfonnes anciennes, après deux siècles de promiscuité mentale. Partout en Europe le commerce de gros est allemand, comme le prouvent les enseignes des magasins. L'art et la mode, l'invention scientifique dépendent de noms français. L'application des sciences, le transit. îo commerce des produits exoticpies, les industries du vêtement, s'atttribucîil aux influences anglo-saxonnes. La fusion des langages s'opère aussi. Notre français s'enrichit de 'termes anglais, et rallemand est rempli de vocables cmpnintés à notre dietionnaii'e.
Ce besoin de fraternité, à peine vexé par les soucis de la concurrence ou les rancunes des guerres finies, paraît trop évident pour que les juifs mêmes, si durement qu'ils soient traités en Russie, songent à se reconstituer leur patrie à Tunis.
Tout particularisme, tout séparatisane semble aujourd'hui condamné d'avance par la sagesse neuve des nations. L^^Europe se totalise. A La IHaye. si minime que paraisse le résultat des deux congrès, soyez sûrs que les idées de pacification contineailâle gi^ndir^nt. Est-ce à dire que mille guerre n'ensanglantera plus les i>ays, latins, saxons, gennarns, slaves ? Evidemment non. 'Mais les conflits n"'éclateront plus qivà d^immenses intervalles historiques, avant la paix définitive des races établies de r Atlantique ati Thibet.
L'œu\Te des armées change déjà. Maigre la hideuse ciiiautô des exécutions qui, sur s<Mi 'ordre, mirent fin à la M*e des ministres ho\^s, le g^én^ral "Gailiéni employait,.
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à Madagascar, ses officiers comme agronomes, mgénieurs, admiaiiâtrateurs. ils ont moins tué qnebâti, semé, jugé. Ils ont jeté des ponts sur les rivières, tracé des routes, enseigné la vertu des meilleures méthodes agricoles aux Malgaches, édifié des maisons, inscrit l'état civil, vulgarisé :1a connaissance des recettes médicdles.
C'est là le rôle prochain de l'armée, le principal.
Parfois, le ministre se rend à l'Ecole Centrale pour voir nos jeunes ingénieurs manœuvrer le canon. Ces officiers d'artillerie sauront en outre exploiter îles mines, relever les murs d'une fabrique, répai^er l'outillage, la remettre vivement en état de produire, si les ichanees de la guerre ©ot' endommagé la bâtisse et les machii>^. Qmjte l'on étende à tout le recrutement le système appliqué aux ingénieurs de Centrale, qu'on appelle les ouvriers industriels à ser\'ir;dans l'artillerie, les terrassiers et les gens des ponts el chaussées dans le génie, les éleveurs, les fermiers dans la cavalerie, les laboureurs dans l'infanterie, et rien n^ empêchera, le lendemain de la conquête, de faire cultiver les terres par les fantassins, rétablir les rouies el les xo'tea ferrées par le génie, attribuer l'élevage du bétail à la cavalerie, faire installer par les soins de Fartilleric les machines nécessaires à l'exploitation du sol. Le reciailement professionnel entendu de la sorte permettrait d'ennoblir la tâche du soldat, en lui montrant qu'il n'est pas seulement un facteur de destruction brutale, mais aussi un fondateur, un paciiicateur, un producteur. A Saint--Cyr, des cours d'agri<îulture, à Polytechnique :des cours industriels pratiques, à Saumur des eanrs d'élevage, devraient être adjaiiïts à renseignement railitaÎTe. L'armée serait alors vraiment la nation porawue de toutes ses forces fécondantes. Elle offrirait, d'avance, le type de l'organisme indispensable
à l'exploitation en commun de la Franco. Car, lorsque les socialistes tiendront le pouvoir, la difficulté certainement sera de créer au lendemain de la Révolution, et tout d'une pièce, le système de collectivisme pratique. Depuis la dispersion des moines, l'armée demeure la seule catégorie sociale où puissent s'encadrer, agir, les citoyens qui, mobilisés, laboureront, sèmeront, forgeront, cuisineront et coudront pour l'ensemble des Français.
On peut atteindre la certitude de la paix par l'exagération des armements. Cela me semble même, à cette heure du moins, la meilleure chance d'y parvenir. Le coût de la guerre et l'horreur présumable des destructions dues aux engins nouveaux restent les meilleurs motifs qui arrêtent l'ardeur belligérante des ministres. Parce que nous sommes à peu près les égaux de la puissance militaire allemande, les probabilités de conflit sur le Rhin s'écartèrent bien des années. Elles ne reparurent qu'après la défaite en Mandchourie de nos alliés russes. Moukden fut la cause d'Algésiras. Parce que nous sommes inférieurs à la puissance maritime anglaise, chaque jour peut devenir, malgré l'entente cordiale, la veille d'une guerre entre les deux peuples. Le désir de nous enlever les colonies que notre protectionnisme ferme à leurs produits manufacturés, excitera quelque jour le chauvinisme des industriels britanniques soucieux d'augmenter leur chiffre d'affaires. Leurs amiraux ne prétendent pas, sans doute, débarquer sur notre continent des corps de troupes qui ne marcheraient pas vingt-cinq kilomètres sans risquer la déroute : la défense de nos côtes semble une précaution de second ordre. Mais l'avantage immédiat pour l'ennemi serait la mainmise sur le Tonkin, Madagascar, le Sénégal, sur
nos possessions d'Afrique occidentale. Tant que cette tentation pourra raisonnablement durer, l'hypothèse du -conflit ne s'éliminera point, malgré les ententes provisoires.
Aussi, quelques députés songèrent-ils à l'emprunt maritime. Cela nous permettrait de brusquement renfor •cer nos flottes et de les rendre très vite égales à celles de l'Angleterre.
En les concentrant au cœur de la Méditerranée, en postant leurs croiseurs de Toulon, à Ajaccio, à Bizerte et à Tunis, nous préserverions le transit de France en Afrique et toute celte opulence de la mer Bleue, que connurent, avant les Grecs de Phocée, les Pliéniciens de la Carthage ressuscitée d'entre les sables.
ci^:^X^
CHAPJXUE Vi
De quelques conceptions fournies par Littré, reprises ensuite et déformées par les calembours de la presse en vogue à la fin du second Empire, une opinion naquit et s'implanta. Elle se résumait en un aphorisme simple : fJhomme descend du singe. Les défenseurs et les contradicteurs de cette proposition agrémentaient par leurs discours les dîners bourgeois, au temps de mon adolescence. On comptait les partisans de M. de Bonald et ceux de Darwin. On nommait Quatrefages, Hoeckel, Spencer. Victorieusement, les apôtres de la création théologique objectaient : « Enfin, avez-vous constaté, monsieur, dans votre vie, avez-vous entendu conter par vos aïeux que le cheval, par exemple, ou le chien fussent différents de leur aspect contemporain ? Non. Alors, votre transformisme reste une supposition plaisamment absurde. » A quoi les novateurs répondaient : « Pardon... : le cerf de Corse, il y a deux cents ans... » Suivait la démonstration d'un célèbre exemple.
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Autour de ces rai«.omieiïients, les querelles des fanaÊlles s'envenimèrent. Bien des gens y renciDntEèi'eiit la cause de ruptures, de liaines, de mariages manqua ,^ d'IiérlLages perdus, d'adultères dénoncés au £eu de la dispute. La vieille France, dont la Restauration avait pénii>lement recollé les morceaux, s.e brisa pour la deuxième iois. Av^«ït la catastrophe de l'Union générale, su&citée par les amis de Gambetta dans l'inteïition machiavélique et assez basse de ruiner les adversaires conservateurs,, la formule naïve attestant l'origine simiesque de l'homme détimi&it à nouve^îu %(mX le .passée brauilla pour toujours le mai'quis de Carabas et le pharmacien llomais ainsi que les pai'entés et les clientèles de ces deux grands citoyens. Cette mpture avait commencé du lempsdeJ^an- Jacques, pendant le siècle français.
Dépolis, la maxime s'amplifia. M*"® Clémence Royer, au cours.de travaux illustres, mentionna les raisons anatamiq.ues, biologiques, etliniques permettant d'insinuer que le phoque aussi fût de nos aïeux. Sans aboutir à des affirmations solides, le lecteur d'ouvrages établissant la généalogie humaine finit, du moins, par croire que les Lapons et les Japonais doivent leur civilisation aux ébats du phoque, les Jiègres à ceux du singe, les Chinois à ceux d'un reptile disparu... etc. D'où ies audacieux savent ccmclure que notre espèce £st le mode suprême de l'évolution dans le genre animal. Point de céphalopode qui no puisse donc légitimement rêver d'atteindre l'état tlie bureaucrate, en quelque siècle à venir, et api-ès diverses métempsycoses. Quelques humoristes de tout pays.,, écrivains et dessinateurs, avaient, comme notre La Fantaine et notre Grandville, précédé la science dans la voie de ces découvertes, soit en attribuant à leurs
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égaux les physionomies ou les caractères des bêles, soil en révélant chez les frères inlérleurs certaines passions indicatrices de leur candidature à la dignité humaine.
A comparer des caractères anatomiques bien nels, tels que la couleur de la peau, la forme et la capacité du crâne, déclare M. Gustave Lebon dans un excellent livre relatif à l'évolution des peuples, il a été possible d'admettre que le genre humain comprend plusieurs -espèces nettement séparées et probablement d'origines très différentes. Pour les chercheurs respectueux des traditions religieuses, ces espèces sont simplement des races. Mais, comme on l'a dit avec raison, « si le nègre et le Caucasien étaient des colimaçons, tous les zoologistes affirmeraient à l'unanimité qu'ils constituent d'excellentes espèces, n'ayant jamais pu provenir d'un même couple dont ils se seraient graduellement écartés. »
Cela signifie qu'au point de vue purement scientifique, doter de mêmes ascendants animaux le nègre et le Caucasien est une erreur évidente. Il convient, par conséquent, de modifier la formule vulgaire de cette façon : quelques hommes descendent du singe, et les autres de bêtes variées.
Il importe de considérer la race ainsi qu'un être permanent affranchi du temps, déclare encore M. Gustave Lebon. Outre les individus vivants qui le constituent à une époque, cet être renferme la longue série des morts qui furent ses ancêtres... Infiniment plus nombreux que les vivants, les morts sont aussi infiniment plus puissants qu'eux. Ils régissent l'immense domaine de l'Inconscient... C'est par ses morts beaucoup plus que par ses vivants qu'un peuple est conduit... Siècle après siècle, ils ont créé nos idées et nos sentiments et, par suite, tous les mobiles de notre conduite.