BENJAMIN FRANKLIN
Fayette constate son pouvoir. On le porte en triomphe. Il est nommé général de la milice parisienne, à laquelle il donne la cocarde tricolore, et il organise "ainsi les forces premières des fameuses demi-brigades qui, commandées par des états-majors maçonniques, renseignées, aidées, soutenues par les intrigues des illuminés autrichiens et allemands, traverseront l'Europe sous les drapeaux de la victoire. La plupart des officiers seront des philadelphes \ ils choisirent, tour à tour, pour chef, Moreau, Oudet, Malet, Bernadotte, lorsque La Fayette, prisonnier des Autrichiens, languira dans un cachot d'Olmùtz ou lorsque la politique jalouse de Bonaparte le forcera de demeurer inaclif dans ses terres.
Ce milieu des loges du xviii® siècle offrirait à l'écrivain les plus curieux sujets d'études sur les mœurs, les illusions du temps, sur l'étonnante fortune de quelques charlatans, sur les spéculations d'admirables mystiques, sur l'organisation du mouvement révolutionnaire. C'est Alexis de Noailles, proche parent de La Fayette, qui proposa l'abolition des privilèges au'4 août. La Révolution française est faite par les nobles et les bourgeois lettrés. La presse n'étant pas libre, ils s'assemblent, pour causer, entre les colonnes du temple, et prétendent mettre en pratique les théories, soudain réalisées en Amérique, d'un pauvre réformateur italien qu'agaça Tarrogance des princes de l'Eglise vers le milieu du xvi^ siècle. En sorte que, par simple antithèse, c'est encore de Rome même, du catholicisme même, que sortit ridée sociale devant aboutir au triomphe de 1800.
L'intrigue romanesque se lie fort étroitement à l'évolution politique. C'est d'abord la psychologie d'un ménage dont le mari a seize ans et demi, la femme quatorze ans, puis une aventure avec une jeune sauvage, men-
lionnée clans la correspondance de Grimm ; ensuite le jeune mestre de camp ravit au duc de Chartres l'amour de la comtesse d'Hunolstein qui l'avait éconduit avant le premier voyage en Amérique, qui lui accorda ses bonnes grâces en récompense de la gloire acquise, au retour. Plus tard, il y eut passion violente entre M"* de Simiane et le héros. M. de Simiane faillit se tuer dans un accès de jalousie. D'autres histoires amoureuses agrémentèrent les années du marquis. Les lectrices ne se plaindraient de rien.
A proprement parler, La Fayette fut le type de ces libéraux qui enfantèrent les esprits de Laffitte, Casimir Perier, Guizot, Thiers, de leurs disciples. Il voulait une Constitution permettant la liberté de la presse, le contrôle du pouvoir par une assemblée de personnes compétentes élues au suffrage restreint, et une famille royale, indispensable, selon lui, au maintien de la centralisation étatiste. Son idéal visait à la liberté d'expression, à l'égalité politique, mais ne concevait rien des déformes économiques et sociales. La peur de la décentralisation lui fit abandonner la cause du peuple lorsqu'au 10 août 1792 la royauté succomba.
Mis en accusation pour avoir convié ses troupes à reconnaître encore le pouvoir de Louis XVI, il dut franchir la frontière. Or les Impériaux le considéraient comme un traître à la cause du royalisme. Ils ne lui pardonnaient pas d'avoir joué, lui, légat naturel de la noblesse, le rôle de prolecieur de la canaille. Ils l'accusèrent de tous les malheurs qui accablaient le roi de France dont il avait affaibli l'autorité en mutilant les traditions. On refusa de lui laisser atteindre un territoire neutre. Enfermé à Olmûtz il n'en sortit qu'en 1797, sans pouvoir rentrer en France, du reste, avant le lendemain