VI PREFACE
qu'elles la puissent accaparer. Peu à peu les feuilletons sur la science, les lettres et les arts ont disparu. En un siècle où se produisent, dans les laboratoires, des miracles plus merveilleux que ceux des religions orientales, c'est à peine si, quand meurent un Berthelot, un Moissan, le chroniqueur renseigne sommairement sur les prodiges du nouveau génie. Que nul ne trépasse parmi les membres des instituts, et nous resterons dans l'ignorance du progrès, indéfiniment. Notre connaissance ne s'accroît qu'au son du glas. Et nous ne demandons pas qu'on la cultive davantage. Au contraire.
Le terrible mot : « C'est rasant » active plus notre décadence que le souvenir humilié de Sedan.
L'orgueil de nos pères contents de citer Virgile ou Horace à tout propos engendra, par contraste, la fanfaronade de l'ignorance. Sous prétexte d'admettre seulement l'exact et le positif, on a retranché de la préoccupation toutes les idées, une à une. Les concepts à formes littéraires furent rélégués, comme ceux à forme scientifique. Pourtant le sociologue constate que toute littérature a déterminé les moeurs des générations venues vingt ans après elle. Donc, il ne semble pas négligeable de guider le goût. Mais l'élite afPecte le dédain des livres.
Elle se repaît de sempiternels adultères platement dialogues et mimés aux feux de la rampe. Elle croit que c'est là de la littérature, alors que la tâche du dramaturge et des acteurs s'abaisse de plus en plus vers le métier en évitant toute l'espèce d'art ou d'idéologie. Et cela parce que la même élite juge assommant l'art et l'idée. Trop inférieurs aux œuvres de Racine et d'Henri Becque, simples potins de « five o'clock », reproduits en ce qu'on appelle « le style de théâtre »,