‹ La morale de la FranceChapitre 6 sur 60 · PREFACE IX · texte numérisé non relu

PREFACE IX

cet honnête lecteur des feuilles va-t-il emporter dans son liumble demeureoùsa jeune femme berce le dernier-né? Celle-ci : a Le monde est un ensemble de voleurs, de catins et de brutes. Je suis bien bête de sacrifier mes instincts à la vertu, si tous, ministres ou mendiants, obtiennent, par le vol et la violence, les avantages que je ne puis espérer même. » Des années passent, et cette conviction, chaque jour affermie par l'examen des gazettes, excuse la faiblesse de la conscience dans l'heure où elle hésite entre le devoir et le péché. « Tout le monde agit de même, » se murmure le pauvre en proie à la tentation ; ces gourgandines qui tuent sous prétexte d'amour et de qui l'on expose les photographies, ces grands de la terre que Ton accuse de vilenies sans cesse, ces gens qui pillent, dévastent, incendient, tous font plus mal encore. Je puis céder à la tentation pour une fois. Que sera mon méfait parmi ces crimes? Une peccadille vraiment... »

Et la moralité rapidement décline.

L'exagération par le journal est énorme. Je me souviendrai toujours de celle-ci. Le Congrès de Versailles avait élu M. Loubet président de la République, parce qu'il avait jadis, comme ministre de l'Intérieur, obtenu d'Arton le silence sur les concussionnaires de Panama, avec la complicité du président Carnot. A la grille du château, les zélateurs des deux partis antagonistes avaient parcimonieusement organisé une double manifestation pour accueillir le landau transportant à Paris le nouveau Chef de l'Etat. Douze garçons de café sans place, et qu'on reconnaissait, alors, au visage glabre, se tenaient à gauche du passage. Douze autres chômeurs identiques stationnaient à droite. Lorsque parurent l'attelage et l'escorte, ces deux choeurs à gages poussèrent mollement des cris d'acclamation et

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