X PRÉFACE
de réprobation sans trouver aucun écho sur l'immense place déserte. Seules, quelques mamans curieuses y poussaient les petites voitures de leurs poupons. Le lendemain, les feuilles de droite et de gauche arboraient des manchettes grandiloquentes comme « magnifique manifestation républicaine du peuple. Le président des traîtres honteusement conspué, » etc. Quiconque n'avait point assisté à la sortie deM. Loubet et à la vacuité de l'esplanade, put croire que Versailles avait eu son heure de révolution. Vingt-quatre figurants mal stylés, presque aphones, avaient permis ces hyperboles.
De même pour tout. Malheureusement l'élite chérit le faux qu'elle espère. Le lecteur exige de sa gazette une déformation qui satisfasse, au moins en partie, ses vœux latents. 11 veut que l'on décrie les apôtres de l'idée contraire, qu'on les taxe d'incompétence et de bêtise. 11 veut qu'on grossisse les méfaits de ceux qu'il redoute. Quand un malheureux gréviste casse une lanterne et brûle une poignée de paille, la presse conservatrice parle de saccage et d'incendie. Quand une sentinelle crie : « On ne passe pas! » la presse socialiste proteste contre la sauvagerie de la troupe commandée par de féroces réacteurs. Et ces deux sortes de scribes en usent ainsi parce que le public entend être trompé. Qui donc réagira contre cette fausseté universelle, sinon l'élite, le million de bacheliers?
Il est désolant devoir aux mains d'un officier, d'un docteur, ces pamphlets simplistes, ces placards d'informations fausses sous leur apparence de netteté télégraphique, ces colonnes pleines de laides images pour écolier de six ans. Qu'un prolétaire de la ville ou des champs se laisse prendre à ces appeaux, cela se conçoit.