PREFACE XY
ment de Télite. Les neuf cent mille autres bacheliers se repaissent de la pitance exigée par les balayeuses et les portières. Car ils négligent la dizaine de journaux exclusivement destinés au personnel parlementaire, à quelques comités électoraux de province, à quelques amis des leaders, à quelques énergumènes de partis que seuls captivent les dissertations fastidieuses des théoriciens. On ne sait même quelles subventions permettent à ces organes de persister. Les familles de l'aristocratie bourgeoise ne trouvent point là leur subsistance. Elles la demandent aux journaux plus gais qu'inspire la multitude. Et elles deviennent pareilles à cette multitude. C'est une régression terrifiante.
Cinq ou six administrateurs, entièrement dominés parle sens des affaires, dirigent les journaux de la foule. Ils régissent en somme l'opinion. Les ministres doivent composer avec eux, car une attaque vigoureuse des rédactions peut renverser un gouvernement, détruire une popularité, provoquer des émeutes, empêcher une guerre indispensable, faire échouer un emprunt, grossir l'importance d'une grève ou d'un incident diplomatique etc., etc. Ces cinq personnages tiennent dans leurs mains la vie nationale. Ils sont vraiment les dictateurs de la France. Exemple : Opposés, pour des raisons devinables, à l'impôt sur le revenu, ils empêchent tout ministre, depuis dix ans, de faire aboutir cette réforme, bien que les électeurs la réclament en votant pour tous les candidats favorables à ce dessein. Par bonheur, les chefs n'abusent pas de leur pouvoir dans le plus mauvais sens. Mais qu'ils disparaissent? Que d'autres les remplacent, moins vertueux. L'alliance entre ces nouveaux maîtres et les foules qu'ils sauront influencer par des concessions aux instincts honteux, cette alliance peut