‹ La morale de la raison théorique [microform]; essai philosophiqueChapitre 11 sur 16 · I.A MOIIAI.E DK LA RAISON TIIKORI^LE · texte numérisé non relu

I.A MOIIAI.E DK LA RAISON TIIKORI^LE

LA CONSCIENCE MORALE

de tout temps, dans le monde, un ceiiîiin nombre de lypcs. imi essences, ou natures. Ces types, dont on ne peut indiquer rori^rj,,,, car ils sont éternels, sont les formes immuables des êtres du monde réalisées dans les individus. Ils n'ont jauiais chaufié iU ne changeront jamais. Ils sont parce (ju'ils sont. Si l'ois. ;ni appartenant à une certaine espèce est fait comme il l'est. r'r^\ parce que cela est //(' sr/ /ia////r. Delà même façon, si riiommc ii une conscience morale, c'est qu'il est de l'essence de l'homme dVii avoir une. L'existence de la conscience < >l un fait (jue l'on constate, qu'on n'explique pas. On ne saurait décidément rendre compte de la conscience autrement qu'en reconnaissant en elle une depièces essentielles du mécanisme spécial de la machine humaii .•. Quant à la troisième solution, elle est toute dilTérente. Si un adulte possède aujourd'hui une certaine organisation, c'est (|i:e cette organisation est la résultante d'un certain nombre de foires qui l'ont formée mécani(juement en lui. Cette organisation, il l'a acquise.au cours de sa vie individuelle, par suite de lactinii du milieu dans lequel il a vécu ; ou bien il l'a héritée de -< ancêtres chez lesquels elle était une résultante de Taclion du milieu ou d'un héritage antérieur. Par exemple, les tares physicpies (rim métier, la déformation d'une épaule, d un doigt ou d'une partie de la main se sont produites chez l'adulte depuis sa naissance, ei à cause de la .série des actes qu'il a accomplis en réaction conlir son milieu. Au contn»ire, la forme générale d'un oiseau, la siiueture d une patte ou d'un squelette, s'expliquent par une coinl.i naison d'hérédités, (|ui s'expliquent elles mêmes par une combinaison d'habitudes, lesquelles ont assuré progressivement la survivance du type actuel, grâce à toute une série de sélecli(ui^ mécaniques. La conscience morale est donc chez l'homme un détail de structure acquis ainsi que tout le reste, soit (|ii il faille supposer que l'enfant, à sa naissance, en soit entièrement dénué, de sorte que l'éducation seule la crée en lui, soit qu'il faill.'.

au contraire, admettre que la conscience existe, chez l'enfant, à l'état embryonnaire, et que léducation ne fasse que la dévelopj)er. Troi^jème type d'hypothèse où les organisations complexes proviennent, en dernière analyse, d'une organisation simple au inonde primitif, organisation simple ((ui ne s'expli(jue elle-même par rien. Ici, comme le disait Pascal, la nature actuelle n'est plus - (|u'une vieille coutume >>,et la conscience morale, en particulier, en est une. Elle n'existe plus chez l'homme pour (juil vive socialement. Llle n'existe chez lui que parce qu'il a vécu socialement.

Lu dehors de ces trois ty|)es de solution, il n'en est pas de [h).s- >ible. Ou la conscience nous a été donnée par un créateur |)oijr nous manjuer notre destination: elle est en nous la voix de irien; on elle est un fragment essentiel de notre nature, bloc immuable et incréé, (|ue rien n'a modifié ni ne modifiera : elle est en nous la voix d une partie de la nature humaine; ou elle est une habitude ae(|uise par l'humanité considérée dans ses individus ou considérée comme espèce : elle est en nous la voix de la société. Knire t es trois hypothèses, il faut que nous choisissions. Car il ne saurait être question d'absorber l'une dans l'autre. On ne le ferait qu'eu 1 étirant son caractère à celle des trois qu'on traiterait ainsi.

H est immédiatement évident, après ce (|ue nous avons dit «lans notre premier chapitre (1), que nous ne pouvons pas nous îirrêter à la i)remière de ces trois solutions. Pour pouvoir admettre que la conscience morale nous a été donnée par un créateur .«lin de nous révéler la conduite que nous devons mener dans la vie, il faudrait pouvoir considérer comme rationnels les fonde-

iv Cf. chai), I, p. ',S.

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LA MORALE DK LA KAISUN THLORI^LE

LA conscii:n(.i: morale

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ments d'un déisme. Or nous avons dit précédemment les raisons pour lesquelles il nous semblait impossible de le faire. Nous avons montré, notamment, comment les variations de la conscience à travers l'espace et le temps, ses obscurités, ses hésitations nudaient difficile de voir en elle la voix de Dieu nous parlant ;in plus intime de notre cœur. Nous ne reviendrons donc pas sm cette discussion. L'explication déiste de la conscience morale est un reste de l'anthropomorphisme primitif. On peut lui rester allaché par sentiment. Mais, si l'on ne veut croire que sa raison, on ne peut pas s'y tenir.

Devons nous donc penser que la conscience morale soit un fnif; ment d'une nature humaine éternelle et immuable, présentant des caractères de finalité, mais existant en réalité sans but ? — Une semblable supposition est encore moins satisfaisante qin' l'hypotht'se déiste. Elle en a tous les inconvénients. Elle n'en ;i pas les avantages.

La supposition finaliste sur Forigine de la nature en génénil et, en particulier, sur celle de la cons(;ience morale offre, malgi» ses difficultés, un sens séduisant à l'esprit. Cha(iue espèce d'être ;i incontestablement l'air d'avoir été faite pour vivre dans un certain milieu. Les organes de tous les vivants paraissent disposés de façon à se soutenir et à s'entr'aider les uns les autres. Tous semblent s'unir pour rendre possible à chaque individu un mode de vie spécial dans des conditions déterminées. Or l'esprit com prend facilement une théorie anthropomorphique du monde où la finalité apparente des êtres s'expli(|ue par l'existence d'un por sonna ge analogue à nous, ayant comme nous des idées et une volonté, et ayant créé chaque type d'être de façon que chacun ait une fin spéciale ainsi que tous les organes physiques et mentaux nécessaires pour la réaliser. Et, sans doute, il reste à savoir pour-

quoi ce personnage est fait comme il l'est, d'où il vient, pour «jnelle raison il a agi, et aussi ce qui a rendu son œuvre si mauvaise. Mais il plaît à notre esprit que le monde ait été fait comme un vase l'est par un potier, et que l'homme ait été fabriqué humainement. Il y a, dans cette explication du monde, quelque chose de clair, qui est à notre portée et qui nous séduit. — Au contraire, dès que nous devons supposer que les types d'animaux, de plantes, dhommes sont éternels, et que, malgré toiiies les apparences de finalUé (juils présenlenL ils n'ont été créés en vue d'aucune fin, de sorte qu'ils sont ce qu'ils sont par suite d'un pur hasard, cela nous semble très bizarre. Et autant nous versons facilement vers une explication finaliste du monde, autant nous avons de mal ;i nous satisfaire d'une pareille interprétation des choses.

La théorie des natures immuables, a, d'ailleurs, sur les doctrines delà finalité un autre désavantage. Une explication finaliste de la conscience morale n'est pas, en effet, séduisante seulement parce (|u'elle rend compte de son origine. Elle l'est aussi parce qu'elle justifie ses prescriptions. Si ;ia conscience morale a une fin et si cette (in est bonne, ses ordres ont une valeur incontestable. Mais quelle raison reste-t-il de lui attribuer un sens et une portée, si elle n'est (|u'un fragment d'une nature immuable qui n'a été voulue pour rien ? l^ourquoi penser que ses impératifs sont plus respectables que les désirs de cette même nature? Quel motif pour lui attribuer la moindre valeur ou la moindre dignité ? Si la conscience morale n'est en moi rien de transcendant, et si elle ne m'indique pas obscurément tout ou partie de mon intérêt véritable, il ne subsiste aucun motif pour en tenir compte. Et voilà qu'un des principaux avantages de la théorie finaliste est encore perdu.

Autant l'hypothèse finaliste sur la nature de la conscience morale pouvait séduire, autant celle-ci tente donc peu.

Mais le pire est qu'elle soulève les mêmes difficultés que suscitait l'explication finaliste de la conscience. Si la conscience morale

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LA MORALK DE LA RAISON TIIKOHIOIK

LA CONSCIKNCK MOIIALE

esl esseiilielle à riiuiuine, il est aussi diflicile dexpliciuer ses varinlions à travers l'espace et le temps que si l'on doit supposer quv\W est chez lui divine. Ce qui appartient par nature à un type d ôlre doit se trouver, par hypothèse, identique à lui-mônic parloul où ce type se rencontre. Il est don'! aussi inipossijjle d'interpréter les dilïérences incontestables que présentent les consciences si Ton admet cette supposition, (|ue si l'on admet la supposition déiste. En somme, la thèse de l'éternité de l'organisation chez les espèces, et particulièrement celle de Téternité de la consciencr morale cliez l'espèce humaine, perd son sens et sa portée quand on la sépare des idées finalistes qui la complètent. Klle esl le reste de l'hypothèse de la finalité, une fois qu'on a abandonné ce qui hii communiquait sa signification. Les systèmes ne disparaissent patout d'un coup. 11 en est d'eux comme des institutions dans Wsociétés et des organes dans les êtres vivants. Ils s'atrophieni progressivement. On renonce à quelcpies-uns de leurs principes lorsifiion voit que décidément ils sont contraires à la raison iMais, comme on est habitué à leurs conséquences, on cherche .1 retenir celles-ci, surtout si elles llatlent des préjugés établis. On les conserve donc, alors môme qu'elles n'ont plus de sens, les thèses fondamentales qui leur donnaient leur force une fois aban données. C'est ainsi qu'après avoir rejeté l'idée anthropomorphi(|ue d'un être ayant créé l'univers et l'homme en vue d'une Vin. nombre de philosophes conservent 1 idée d'une nature se dévelop|)antsui vaut des types immuables qui présentent des caractères de finalilc comme s'ils avaient été créés par un tel être. Le phénomène est le môme que celui que nous avons signalé antérieurement. Aprè^ avoir abandonné la "métaphysique chrétienne, les philosophes du \i\' siècle ont tout fait pour conserver ses conséquences morales. De la môme façon, aprèsavoirsuppriméce qui donnait un sensinlcl ligible à l'idée des formes immuables de la nature, créées chacune en vue d'une fin, les philosophes ont essayé de la défendre encore.

La théorie que nous venons d'iiuliquer paraît donc peu satisfaisante. Klle est, d'ailleurs, entièrement contraire aux résultats de la science contemporaine. Tout prouve aujourd'hui la vérité de l'explication transformiste non pas du monde tout entier, mais de (ont ce qui, dans le monde, présente un caractère de finalité. Le& faits en faveur de cette interprétation s'accumulent ; les objections (pion soulevait d'abord contre elle s'évanouissent une à une. Et, sans doute, le transformiste est obligé d'admettre, au début, si ce mot garde un sens pour lui, une nature déjà organisée jusqu'à un certain point. Car il ne peut sui)poser que tout sorte de rien. Mais il n'est nullement forcé de penser que rien dans la nature primitive ait présenté aucune trace de finalité, pour rendre compte du caractère de finalité des êtres qui en sont sortis. Or ce qui rend incompréhensible à l'esprit la théorie de l'organisation immuable el incréée, c'est l'aspect de finalité qu'ont les êtres, quoiqu'ils n'aient, par hypothèse, aucune lin.

Si l'on ne peut croire ni (|ue la conscience morale a été donnée a l'homme par un créateur en vue d'une fin, ni qu'elle fait partie d'une nature humaine immuable, il faut donc que sa présence chez l'homme s'explique comme le veulent les empiristes.

Seulement, il convient de montrer que l'hypothèse empiriste est possible, en disant comment la conscience a pu et dû se former. Précaution deux fois nécessaire : d'abord, pour qu'on ne nous accuse pas de conclure trop vite et au hasard; ensuite, pour déterminer avec exactitude la nature des racines de la conscience et pouvoir dire, par suite, en connaissance de cause, jusqu'à quel point il est conforme à la logique de tenir compte dans la vie pratique de ses suggestions.

LA MORAKK HE LA HAISO.N TIlÉOHïgLE

La question de l'origine de la conscience naorale est aujourdlmi très bien étudiée. Les utilitaires anglais s'en sont préoccupés. \h se sont complétés les uns les autres (i); et, de leur elïort commun, est sortie une hypothèse toute empirique qui semble rendre assez bien compte de la façon dont est née la conscience morale.

Si l'on considère aujourd'hui un adulte doué d'un sens moral développé, et si l'on se demande d'où provient ce sens moral, on est forcé d'avouer que l'un des principaux facteurs en est I'imIucalion donnée par son milieu.

Quatre principaux ordres de circonstances agissent, en elTel, sur chaque individu depuis sa naissance et durant toute sa vie, d»' façon à accentuer constamment ses sentiments moraux.

Dès la première enfance, tout individu se trouve soumis à l'éducation que lui donne sa famille. Cette éducation a presque toujours une forme exclusivement autoritaire. Primitifs ou civilisés, hs parents disent à tout propos à leurs enfants: il faut faire ceci ; il ne faut pas faire cela. Ils usent, d'ailleurs, de récompenses pour pousser leurs enfants à leur obéir, et de châtiments pour les punir s'ils ont désobéi. Si l'enfant demande pourquoi il faul faire ce qu'on lui ordonne et s'abstenir de ce qu'on lui défend, les parents ne répondent généralement pas. S'ils répondent, e esî pour dire : il le faut parce qu'il le faul, ou ils font luire aux veux de l'enfant l'espoir de la récompense et la crainte du châtiment. De là, l'habitude qui naît progressivement chez l'enfant de penser et de sentir qu'il y a du permis absolu et du défendu absolu, le permis absolu étant ce qui reçoit l'éloge et la récompense, le défendu absolu, ce qui reçoit le blâme et la punition.

Quand l'enfant est soumis cà une éducation religieuse, cette

(i) Cf. en particulier Bain, 'es Èniolionx el la Vulonlé loe. cit.). Darwin, Descendance de C homme, thnp. IV. H. S|)i\n-ei\ /V/Vïr. de psijrhohyie, 3e partie, VII el VIIl./.<''!/}«.sv.s' de la Murali' évolulionnUle, rhai). vu, p. 44.

LA CONSCULNCE MOHALE

habitude se renforce. Une telle éducation consiste toujours à affirmer qu'il existe un Dieu plus ou moins semblable à un homme très fort, que ce Dieu a mis les hommes sur la terre pour accoir» |)Iir certains actes et pour s'en interdire d'autres. Ce Dieu s'est d'ailleurs réservé de récompenser ceux qui lui obéissent et de punir les coupables. Si l'enfant demande pourquoi Dieu a établi la loi comme il l'a fait, ses éducateurs répondent de diverses façons. Mais, généralement, ils l'assurent que c'est par pure bonté. Du reste, il se trouve que la plupart des actes que Dieu permet ou <léfend sont précisément ceux que, dès l'enfance, l'enfant s'est habitué à s'entendre permettre et défendre par ses parents. L'habitude ciu'il a de penser et de sentir qu'il existe du permis et du défendu absolus s'en trouve donc une seconde fois renforcée.

Elle l'est plus encore lorsque l'enfant est à même de constater comment la société est organisée. 11 existe des tribunaux occupés exclusivement à punir certains actes que les lois déclarent défendus. Il existe des récompenses légales décernées, en principe, à ceux qui accomplissent certains actes qu'on déclare recommandés. Or il y a encore identité entre la nature des actes punis et récompensés légalement et celle de la plupart des actes permis ou défendus par l'éducation donnée dans la famille el par réducation religieuse. La croyance de l'individu au caractère absolu du permis et du défendu continue donc de s'accentuer.

Mais ce ([ui achève de lui donner toute sa force, c'est que la société passe son temps à décerner les éloges et les blâmes. L'approbation des uns, la réprobation des autres sont le grand sujet des conversations humaines. Or l'enfant voit ses parents faire leur possible pour éviter la réprobation publique et pour obtenir l'approbation générale. D'autre part, il entend les concerts d'éloges et les cris de colère que soulèvent les actes des uns et ceux des autres. 11 constate que l'opinion llélrit ce que la loi ne poursuit pas, exalte ce que la loi ne récompense pas. Et celle constalalion ne peut

LA MOHALK DK I.A IJAISON i lILOUiyt'l-:

LA CONSCIENCE MORALE

manquer (raccentuer encore ses dispositions à croire en un jk^i mis et un défendu absolus.

La conscience se forme ainsi chez l individu sous la pression dv son milieu ; elle est, en grande partie tout au moins, la résultanle de l'éducation que chaque homme reçoit de sa famille, de sa voligi(m, de la loi, de l'opinion. Comme le dit A. Bain (I), elle est. en chacun de nous, limage de l'autorité extérieure en dehors de nous.

Seulement, est-ce là tout? Faut-il croire que chaque enfant naît sans prédisposition à avoir une conscience morale et que son éducation la crée de toutes pièces? Faut il penser, au contraire, que nous apportons tous en naissant les germes de notre consciencr connue nous apportons ceux de nos dents, et que notre éduca tion ne fait que développer ces germes ?

Et puis, même à supposer que l'éducation soit l'unique facteur de la conscience morale, ne faut il pas expliciuer pouniuoi cette éducationest ce qu'elle est, [jourquoi les actions de la famille, de la religion, de la loi et de l'opinion publique coopèrent de façon à développer un sens moral chez les individus? Si la conscience morale est un produit, nous n'en aurons vraiment rendu compte que quand nous aurons dit d'où viennent ses composantes.

Nous ne saurions donc considérer l'explication précédente delà conscience comme complète.

Or, lorsqu'on réHéchit à certains caractères secondaires des sentiments moraux et qu'on étudie par le détail les circonstances de leur formation, on trouve ([ue nous uaissojsprobablement avec des prédispositions innées et héréditaires à les éprouver.

C'est, d'abord, une présomption sérieuse en faveur de celte thèse

.1 Les Émotions et la Volonté, lia.I. Le Moiinier, p. 27.-, I»aris, F. Alcan).

que la constatation de linlensité si remarquable des satisfactions morales et des remords. Le remords est un sentiment capable (!•' bouleverser la vie tout entière et d'altérer profondément la santé. Qu'il se produise chez un civilisé pour des actions que notre conscience réprouve, ou chez un primitif à propos d'actes qui nous paraissent moralement indifférents, mais qui lui paraissent coupables (1), il a toujours pour conséquence une sorte d horreur douloureuse que l'individu ressent pour lui-même et (lui le trouble cruellement. C'est ainsi que certains Australiens meurent du remords qu'ils éprouvent (juand ils ont mangé la chair d'animaux -acres (2) aussi bien qu'un civilisé peut être amené à dépérir et à mourir par désespoird'une faute qu'il a commise. Récipro(|uement, la satisfaction morale, quiest un plaisir accompagné del'estime que lindividu éprouve pour lui-môme, adoucit pour lui la souffrance jusqu'à la rendre négligeable quand elle est un effet de l'accoml^lissement de ce que cet individu croit être son devoir. Comment expli(|uer, si l'on suppose que les consciences morales ne sont (ju'un fruit de l'éducation individuelle, l'intensité si extraordinaire de pareils sentiments? Quinze ans d'éducation peuvent-ils développer une habitude de penser et de sentir qui se manifeste avec tant de violence? Cela est fort invraisemblable. — Mais ce (|ui rend cette hypothèse plus invraisemblable encore, c'est que, (lie/, un grand nombre d'enfants, les sentiments moraux se développent avec une rapidité surprenante. Il n'est pas rare de voir un enfant de trois ans en proie au remords et pleurant du regret d'une de ses fautes plus que s'il eu avait été puni. Ici, la disproportion entre le sentiment éprouvé et l'éducation reçue est visible. Comment donc l'expliciuer, si l'on n'admet pas que l individu naisse

(1) Cf. (îiiyau, Esquisse (l'un? morale sans obtijalion ni sanction, p. 55 (Paris,

F, AWan).

.:> iW. \A'\(n\nwi\ii,rj:i'olulion lie la Morale !oc. rit.).

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