CHAPITRE VII
DE l'amour.
L'amour, entre l'homme et la femme accomplis tels que les veut Molière^ sera un beau sentiment , qui, sans les amollir , leur donnera encore plus de valeur et de charme. Dans cette passion, comme dans toute leur conduite, ils seront d'abord poussés par ce sens naturel, infus dans toutes les âmes, qui est le fondement de la morale. L'amour, chez eux, ne sera point un entraînement des sens seulement , ni une fantaisie de l'imagination exaltée par quelque circonstance romanesque; il ne sera pas une affaire de mode, ni un marché d'intérêt, ni une alliance fondée froidement par la raison, non : il sera l'amour, cette inexplicable et toute-puissante attraction d'une âme vers une autre âme , non point nue et abstraite , mais vivante, revêtue d'un corps et d'un sexe, joignant la grâce physique aux charmes de l'esprit et aux caresses du cœur ; enfin ce je ne sais quoi (1 ) , matière infinie des poëtes, mystère inexplicable
(1) \oiT Ptyché^ act. II!, se. in, la déclaration de Ptyché à V Amour, par le grand ComeiI]e ; lei Entretiens d^ArUte et d'Eugène par le P. Bouhours , Entr, V, Le je ne sçay quoy ; et non pas le sec paragraphe de VEuai iur le Gùût , de Montesquieu : Du je ne sais quoi.
m DE L*AMOUR.
pour Platon , si l'on n'y admet quelque chose de divin (1). On est saisi d'étonnement en face du génie de Molière, quand on voit que cet acteur de farces a su représenter l'amour aussi bien que les plus grands tragiques , avec une élévation et une vérité émouvante, sans le chercher pourtant dans ses excès presque surhumains , plus propres à inspirer les artistes. Il semble que ce ne soit plus le domaine de la comédie ; mais le domaine de Molière est partout.
On a dit avec raison que l'amour ne peut guère être exprimé que par ceux qui l'ont éprouvé. Si Racine apprit à déclamer à la Champmeslé , elle lui apprit sans doute à faire parler Bérénice y et c'est l'année qui suivit un mariage plein d'amour , que Corneille peignit l'amour conjugal de Pauline. Molière aima sa femme d'une passion dévouée, délicate et jalouse, que ne put éteindre ni TindifTérence ni l'infidélité. Et le peu que nous savons de l'histoire de son cœur permet de supposer qu'il trouva plus d'une fois dans des émotions personaelles quelques-unes de ses meilleures inspiratioDS (SI).
(1) Phèdre,
(2) Voir, sur le mariage de Molière, J. Taschereau, Histoire de la vie et des ouvrages de Jtfo/ière, liv. II et passim. Il parait constant que Molière a mis le portrait de sa femme dans le Bourgeois gentilhomme , act. III , se. ix : « p^ a les yeux petits , mais elle les a pleins de feu, les plus brillants, les plus perçants du monde , les plus touchants qu'on puisse voir. Elle a la bouche grande , mais on y voit des grâces qa*on ne voit point aux autres bouches ; et cette bouche , en la voyant, inspire des désirs, est la plus amoureuse, la plus attrayante du monde. Sa taille n*est pas grande , mais elle est aisée et bien prise. Elle affecte une nonchalance dans $Qn parler et dans ses actions. Mais elle a grâce à tout cela; et ses
DE L'AMOUR. i23
Mais ce n'est ni poar une maltresse ni pour une femme que Corneille, Racine, Molière, furent ce qu'ils furent. Les événements de leur vie privée n'ont été réellement que des occasions d'être émus, qu'ils auraient toujours trouvées en vivant. La triste erreur des littérateurs bohèmes ^ et quelques-uns ont eu assez de talent et de douleurs pour mériter cette mention , consiste à s'imaginer qu'ils deviendront de grands hommes parce qu'ils imitent les écarts de mœurs de quelques grands hommes. C'est parce que Molière est Molière, non parce qu'il aima Armande Béjart, qu'il est un peintre sublime de l'amour. Ce qui le lui fit connaître et peindre ainsi, c'est son universel génie , à qui rien d'humain n'était étranger ; et ce qui donne à ses peintures d'amour un caractère n^oral, c'est son bon sens, qui resta toujours debout malgré les assauts de la passion.
manières sont engageantes , ont je ne sais quel charme à sMnsinuer dans les cœurs. Pour de Fesprit, elle en a, du plus fin, du plus délicat. Sa conversation est charmante. Elle est sérieuse : mais voulez-vous de ces enjouements épanouis , de ces joies toujours ouvertes? et voyez-vous rien de plus impertinent que ces femmes qui rient à tout propos? Elle est capricieuse; mais tout sied bien aux belles ; on souIRre tout des belles. » On peut reconnaître Molière dans Ariste de V Ecole des Maris. Dans le Misanthrope , les grandes scènes des actes III et V peuvent contenir quelque chose de personnel à Molière, qui faisait Alcestef tandis que sa femme, quMl ne voyait plus qu*au théâtre, jouait Célimène. Voir D. Nisard, Histoire de la Littérature française^ liv. III, chap. ix, § 5, Des sources de Mo^ Hère. — Mais c*est erreur que d'attacher trop d'importance à ces considérations, car la fameuse scène de jalousie du Misanthrope (act. II, se. m), avait été écrite et jouée, presque identique, dans le Prince Jaloux (act. II, se. v et suiv.), en 1661, un an avant le mariage de Molière. Il y a là le travail d*un artiste qui se reprend , se corrige et se perfectionne , bien plus que Texplosion d'un cœur qui se met loi-môme en jeu.
Ce bou sens lui apprit à voir l'amour en philosophe, comme une des facultés naturelles de Thomme^ bonne quand il ne la laisse pas parler plus haut que la raison, belle jusqu'au sublime dans les âmes qui, par nature et par volonté, sont belles et élevées. C'est une œuvre essentiellement morale , de montrer que la passion qui tient le plus de place dans le monde , et dont les excès sont le plus funestes , est pleine de joie et de dignité , quand l'homme sait se garder assez pour n'y céder que dans le temps et les circonstances qui peuvent la rendre utile , noble , et faire d'elle le soutien et le charme de la vie. Qui n'aura plaisir à rechercher, dans tant de figures charmantes, le type de l'amour tel que l'entendait Molière?
Et donc , l'amour est d'abord un mouvement naturel; mais, par le mot de nature ^ gardons-nous de comprendre les excitations instinctives du corps ou de l'imagination, faites pour être dominées et non obéies : il veut dire ici cette nature humaine en laquelle Cicéron a justement affirmé qu'il faut chercher la source de la conduite et du devoir, parce que c'est une nature essentiellement raisonnable (1).
Oui, l'imprescriptible raison règne dans l'amour vrai, en fait la grandeur, la bonté, la durée, l'énergie. L'amour vrai ne naît point au hasard , par une
(1) GicéroD, De OffieiU, lib. I , cap. iv : < Eademque natora vi rationis, etc. • — Voir toutefois, sur cette natun de Cicéron, notre thèse latine : Unde ha»riantur et quomodo sandaniur M, T. CieeronU Officia.
DE L'AMOUR. i«5
séduction des sens^ par une fascination des yeux, ni même par un agrément de l'esprit : tous ces charmes ne produisent que des caprices passagers, d'autant plus vile éteints qu'ils sont nés plus soudainement (1) , comme les belles passions de dm Juan (Si) ou les vieux désirs d'Harpagon (3). Il naît d'une conformité des âmes, qui sentent, par un penchant dominateur, qu'elles sont faites de manière à être heureuses ensemble : une vue intérieure fait découvrir à chacune d'elles que l'autre possède les qualités nécessaires pour le bonheur commun ; et un irrésistible attrait les pousse à se chercher et à s'unir pour la vie.
Cet attrait, ce n'est point la grâce du corps qui l'excite : la beauté n'est capable de produire l'amour que parce qu'elle est l'interprète de l'âme qui la vivifie. Souvent, ce n'est qu'après des recherches lentes 'et des erreurs cruelles, qu'une personne en découvre enfin une autre qui puisse l'aimer et qu'elle puisse aimer (4). Si quelquefois des circonstances
(1) La Bruyère dit que « Tamour qui naît subitement est le plus long à guérir • (Les Caractères , Du Cœur); mais je crois quMl dépeint plutôt les accidents que Fessence même de Vamour.
(2) Le Festin de Pierre, act. I, se. ii; act. II, se. ii, v; act. IV, se. ix, x.
(3) L'Avare, act. II, se. vi ; act. III , se. ix-xii.
(4) Ah t qu'il est bien pea vrai qne ce qa'oa doit aimer Aas^tôt qu'on le voit prend droit de nous charmer,
Et qu'on premier coup d'œii allume en nous les flammes Où le ciel en naissant a destiné nos âmes 1
La Princesse d'Elide, act. I, se. i. — Clitandre a commencé par offrir ses vœux à Armande avant de trouver son Henriette ( les Femmes savantes, act. I, se. n). Alceste s*use à vouloir aimer Célimètie (le Misanthrope, act. 1, se. i; act. IV, se. m), etc.
i26 DE UAMOUR.
romanesqaes concourent à cette rencontre^ elles sont l'occasion^ non la cause de Famour. Les hasards qui semblent le faire naitre dans plus d'une pièce de Molière n'ont guère plus d'importance que les dénoûments qui le couronnent : ce sont des nécessités de la comédie, qui ne peut commencer ni finir sans prétexte. Ce n'est pas en somme pour avoir été sauvée des eaux par lui qu'Elise aime Valère (i); l'ardente passion qui fait tout braver à Octave n'a pas été causée par les cheveux épars et la simple fataine de Zerbinette (2). Mais, en de telles aventures, les âmes se montrent; le bon naturel de l'esclave égyptienne paraît dans son affection pour sa vieille nourrice ; la noblesse de Cléante éclate dans son ardeur à embrasser la défense d'une femme inconnue (3). Ces ressorts aident le poëte à hâter sans invraisemblance la liaison des cœurs qu'il est obligé d'unir en quelques scènes ; et pourtant , ce court espace lui suffit aussi pour montrer que l'amour vrai est l'amour des âmes, faites par Dieu avec le tendre et noble penchant de se donner tout entières à des âmes dignes d'elles. Les belles âmes sont ainsi faites par nature; et la nature qui les pousse à aimer est aussi irrésistible que la nature qui leur fait connaître le vrai et pratiquer le bien. Sans doute tous les instincts de notre âme, qui sont les invariables points de départ de la morale , peuvent être égarés de leur voie et détournés
(1) L* Avare f act. I, se. i.
(2) Les Fourberies de Scapin, act. I, se. ni.
(3) Le Malade imaginaire, act. I, se. v.
DE L*AMOnR. 127
vers les aberrations les plus funestes ; mais ils existent quand même ^ et vivent immortels au milieu des erreurs et des misères^ même des dégradations de l'humanité : le philosophe qui les décrit, le poëte qui les peint, sont des hommes utiles.
A travers les intrigues de ses comédies , Molière a peint l'amour naturel (1), instinct des cœurs honnêtes : c'est un service qu'il a rendu à ses semblables. Ses amoureux sont autant d'heureux exemples du cœur humain suivant naturellement un de ses plus précieux penchants ; et, de tous ces tableaux vivants, ressort doucement la figure de l'amour vrai^ naturel f partant moral.
Comme les plantes et les animaux en leur printemps, c'est dans la fleur de l'âge et de l'esprit que l'homme et la femme , emportés réciproquement vers un être digne d'eux, s'aimeront avec toute l'ardeur de la jeunesse et du cœur, toute la noblesse des âmes pures et élevées (2). Leur passion sera d'autant plus vive et plus belle, qu'ils seront plus parfaits ; car toute vertu , toute intelligence , toute grâce les rendront plus propres à éprouver et à inspirer
(1) Voir plus haut, p. 124.
(t) Les amours de la femme incomprise , de la femme de quarante aM n*ont ëté peints par Molière que pour exciter le rire fou, comme Bélise des Femmes savantes ou la Comtesse d*Escarbagnas. Quant aux amours obliques ou contre nature qui remplissent nos romans et nos drames contemporains , il n'en parle jamais : ces aberrations maladives ou , tranchons le mot , vicieuses , sont absolument inconnues à sa saine raison. Voir plus loin, p. U2; les restrictions à faire à cet éloge se trouvent plus loin, chap. IX.
128 DE UAMODR.
Tamour. C'est pour eux seuls, pour eux tout entiers qu'ils s'aimeront, ardents à poursuivre une union indissoluble, dans laquelle ils trouveront ce qui manque à leur solitude : la joie d'être deux à vivre, à souffrir (1 ). Regardez Henriette et Clitandre (2) : n'est-ce pas la nature même qui porte Tune à l'autre ces deux personnes accomplies? Ce sentiment, à l'âge où ils sont le mieux faits pour en jouir, ne vient-il pas développer et ennoblir toutes les qualités du cœur et de l'esprit qu'ils possédaient déjà (3) ? Et quand le bonhomme Chrysale , en les voyant s'aimer de si bon cœur, s'écrie :
Àh! les douces caresses!
Tenez , mon coeur s*émeut à toutes ces tendresses ; !
Cela ragaillardit tout à fait mes vieux jours , j
Et je me ressouviens de mes jeunes amours (4) ,
qui n'a devant les yeux cet amour pur et naturel , plein de joie et d'honneur, que Phèdre dépeint avec tant de vérité dans son désespoir de n'en pouvoir jouir : i
Hélas! ils se voyoient avec pleine licence!
Le del de leurs soupirs approuvoit Tinnocence ;
Ils suivoient sans remords leur penéhant amoureux ;
Tous les jours se levoient clairs et sereins pour eux (5) !
(1) Et de deox cœors brisés l'Apre conrormité Faisait de deux malheurs une féticité.
De Lamartine , Joeelyn.
(2) Les Femmes savantes,
(3) Oui , cette passion , de toutes la plus belle , Traîne dans un esprit cent vertus après elle ; Aux nobles actions elle pousse les cœurs , etc.
La Princesse d'EUde, act. I, se. i.
(i) Les Femmes savantes^ act. III, se. ix.
(5) J. Racine, P/ièdre, act. IV, se. vi.
Ce charme d'une affection naturelle dans des âmes pores ^ Molière le montre maintes fois sar son théâtre ; et chaque fois c'est avec une émotion nouvelle qu'on s'intéresse de cœur à ces simples et touchantes passions y qu'elles entraînent les dieux mêmes et les nymphes comme Amour et Psyché (1), ou les valets et les servantes comme Covielk et Nicole (2). C'est l'Eternel amour qu'il sait peindre et varier à l'infini y toujours le même et toujours nouveau comme la parure des champs (3) , un et divers comme les visages des mille nymphes toutes sœurs qui peuplaient l'océan d'Ovide (4).
Don Garde et done Elvire ^ don Alphonse et done Ignés du Prince Jaloux ^ montrent, dans une dignité princière , les mêmes sentiments vrais et naturels qui animent Isabelle et Valère dans l'Ecole des Maris j et qui , dans F Ecole des Femmes ^ produisent le délicieux épanouissement de la jeune âme
(i) Voir, sur VAtnour ingénu de Psyché , Saint-Marc Girardin , Cours de lÀttérature dramatique, t. IV, Li. M. Saint-Marc Girardin ne rend pas justice à Molière en attribuant la pièce à Corneille. Jusque dans les vers faits par le grand Corneille , on sent Tinspiration de Molière , et je ne crois pas quMI y ait de gloire littéraire plus grande que celle-là : Molière faisant travailler Corneille !
(2) Le Bourgeois gentilhomme , act. III, se. viii-x.
(3) c La nature veut toujours être nouvelle, c*est vrai ; mais elle reste toujours la même... À côté d*une fleur fanée naît une fleur toute semblable, et des milliers de familles se reconnaissent sous la rosée aux premiers rayons du soleil. Chaque matin, Tange de vie et de mort apporte à la mère commune une nouvelle parure ; mais toutes ces parures se ressemblent. » À. de Musset, André del Sarto^ act. I, se. v.
{^} Fades non omnibus irna ,
Nec diversa tamen, qualem decet esse sororom.
Ovide , Metamorph.y lib. II , v. 13.
(ï Agnès (1). Même dans une pièce de commande écrite en quinze jours ^ comme les Fâcheux^ l'amour d'Orphise et lïEraste (S) est supérieur à tous les amours de roman dont Scudéri donnait alors si libéralement des volumes (3). Qui peut repenser sans charme à tous ces amoureux du Dépit ^ des deux Ecoles ^ de la Princesse (TElide y de r Amour médecin, du Misanthrope, du Médecin malgré lui , de Mélicerte , de F Amour peintre , du Tartuffe, de F Avare, de M. de Pourceaugnac, des Ama/nts magnifiques , du Bourgeois gentilfiomme , de Psyché, des Fourberies de Scapin , de la Comtesse dEscarbagnas , des Femmes savantes , du Malade imaginaire (4) ? Dieux, princes, bergers, bourgeois, gentilshommes , valets , on en trouve partout sans qu'on songe jamais à s'en plaindre : Célie, Hippolyte, Ludle, Elvire, Isabelle, Agnès y Lucinde, Eliante^ Mariane, Elise, Julie ^ Eriphile, Psyché , Zer binette, Hyacinthe, Henriette, Angélique, je vous aime, avec vos LéUes , vos Léandres , vos Erastes, vos Valères, vos Horaces,
(i) Dans l'auteur original (Maria de Zayas, Nouvelles , la Précaution inutile i voir la traducliou de Scarrou dans ses Nouvelles tragi-comiques)^ V Agnès n*apprend d*nn amant brutal que la pratique sensuelle du plaisir , et reste aussi sotte après qu'avant. La supériorité de Molière est aussi grande au point de vue moral qu'au point de vue de Tart :
Tout ce qu'il a toocbé sa convertil en or.
Boileau , Art poétique, ch. III, v. 298.
(2) Les Fâcheux f act. I, se. i-iv, vu, viir, ad. II, se. v, ti; act. 111,
se. I , V , VI.
(3) Bieoheorenx Scndéri, dont la fertile plnme
Peut tons les mois sans peine enfanter on Yolome !
Boileau , Satire II , à Molière , v. 77.
(i) Voir , pour les restrictions à faire, plus loin , ehap. IX.
DE L'AMOOR. 131
VOS Orontes y vos SostrateSy vos Clémtes^ vos Octaves ^ vos Cléantes , et vos Clitandres , doux noms et charmants souvenirs , aimables figures qui venez^ au milieu des farces les plus risibles ou des peintures de caractère les plus hardies^ apporter la grâce riante de vos jeunes amours !
Il est beau d'avoir conçu cette idée élevée d'un sentiment qui peut tomber si bas ; il est bien d'avoir exprimé que ce sentiment est une passion de Tâme y non un appétit du corps ; il est glorieux d'avoir montré sur la scène , dans des situations souvent délicates^ le caractère chaste et spiritualiste de l'amour, quand tant d'auteurs ont cherché et cherchent encore le succès dans son étalage tout matériel ^ quand tant de critiques se prosternent devant la peinture corruptrice de ce qu'ils appellent l'amour physique.
Mais il est peut-être plus beau , meilleur , plus glorieux encore d'avoir su, en s'élevant dans ces régions supérieures et presque divines , rester sur la terre , et ne s'égarer jamais hors de la vie pratique et de la vérité humaine, là où Platon lui-même, emporté par son génie , s'envola hors de l'huma* nité (i).
Ici triomphe le bon sens de Molière, et ses peintures , par leur juste rapport avec la réalité , prennent un caractère particulièrement utile et moral. Oui, la source de l'amour est belle, pure, sublime : mais l'amoureux est homme ; et , pour aimer , il n'en est
(i) Hépubtique , liv. ÎV ; Phèdre,
m DE L'AMOOR.
p^ nu)fBfi aux pfises avec toutçs oprtes de spiaèrea : il e^\ jeune 9 il est jaloux , il e^ fou^ il e^t SM« ûourage et sans copdqile y i\ est susceptible et déraisonnable , il manque de dignité , même d'honneur. PQ^r aipeqçr le bonheur qu'ils n'ont pas la raisop ni Ténergie de chercher par eux-mêmes , Lélie s'abandoqne à un Mascarille (1) , Ascagne à une Fro$ine (2). ^'indiscret et vantard Horace va raconter d'abord sa passiop à ^rnolphe, au risque de perdre à jamais SOA Agnè$ (3). Dans l'Etourdi y le Dépit amoureux^ t Amour médecin y le^ deux Ecoles ^ le Médecin malgré M y VAvare , les Fourberies de Scapin , M. de Pourceaugnac » on voit sans cesse les amants tomber des sentiments les plus beaux dans les ruses les moins dignes^ et employer des chemins honteux pour atteindre m but honorable qu'ils n'ont pas la constance de chercher par la seule roule de Thonneur.
C'est que nous sommes ainsi faits : l'amour le plq^ pur prend les confidents les plus méprisables (4) ; le cœur le plus respectueux pour sa maitresse manque de respect à son père (5) ; Tâme la plus ferme ^ la^ plus sage, se désespère d'une chimère ou d'u^» doute (6) : pauvres amoureux , comme les voilà pwwr rien inquiets , jaloux , brouillés y perdus ! St comme
(4) VELouTdi.
(2) Le Dépit amoureux.
(3) V Ecole des Femmes.
(4) M. de Pourceau gnac.
(5) Lélie dans l'Etourdi; Cléante dans l'Avare.
(6) Les amoureux An Dépit amoureux , du Prince jaloux ^ da Tartuffe, du Bourgeois gentilhomme, des Fâcheux, etc.
DB L'AMOUR. Id3
ils reviennent tout à coup de l'emportement à la son* mission , du soupçon à Taveuglement (1) ! Quel mélange d'hifmilité sans bornes et d'amonr-propre inflexible !
Et c'est la vérité : sous toutes ces erreurs et ces hésitaiioûs qui sont vraies^ il y a l'amour vrai^ qu'aucune puissance, aucun intérêt ne pourra arrêter, parce que tes cœtrrs qu'il mène sont poussés par une puissance et un intérêt supérieurs à tous les autres (2). Cet amour aura une persévérance sans fin, une adresse inépuisable pour déjouer leS' desseins* contraires et surmonter lés^ obstacles (3). Ni la vib^ lence ni l'autorité ne pourront rien sur lui que l'exciter davantage à une noble révoltée (4). Il inspirera aux âmes les plus timides un courage inconnu , une résolution inébranlable (5). Il apprendra aux plus rudes caractères des délicatesses infinies, des douceurs angélîques (6). Il sera dévoué et' fidèle absolument (7). Il deviendra la vie même db ceux dont il s'empare (8). Il leur fera un devoir formel dé la
(1) yoW'ptûc^ciMTemeDiie Dépit amoureux ^ act. IV, se. m; le Tartuffe, act. II, se. iv; le Misanthrope , aet. lY, se. m; le Bourgeois gentilhomme ^ act. III , se. X.
(2) Oléanie et Valère dans VAkfare; Henriette dans Us Femmes savanièi ; Angélique dans le Malade imaginaire .
(3) Voir surtout V Avare y M. de Pourceaugnac , les Femmes savantes.
(4) L'Amour médecin j V Amour peintre , le Médecin malgré lui^ V Ecole des Femmes y V Ecole des Maris, etc.
(5) Les deux Ecoles, Psyché.
(6) Les deux Ecoles , le Misanthrope.
(J) Uê Femmes savantes.
(8) Il est mutile de muitiptier les notes : il faudr^iC pour chacun de ces articles citer presque- tous les amoureux de Moifére.
franchise sans réserves (1). Il sera pur (21) : jamais im amant 9 qui aime de l'amour peint par Molière, ne songera à faire sa maîtresse de son amante , ou plutôt ce mot de maîtresse deviendra chaste dans sa bouche et dans sa pensée ; il sera toujours ému de respect devant celle en qui il vénère sa propre dignité et son honneur même. Tout cela surnage audessus de toutes les intrigues et de toutes les faiblesses ; tout cela est exprimé ou indiqué avec une mesure et une justesse qui donnent à l'ensemble de ces peintures d'amour un caractère général de mo* ralité, et qui placent le théâtre de Molière à une distance infinie au-dessus de l'immense majorité des drames et des romans d'amour (3).
Mais 9 dans ce grand enseignement, il est un point précis sur lequel le maître a insisté avec une persistance due à la fois au défaut de son siècle et au caractère de son âme : c'est la coquetterie.
La coquetterie est incompatible avec l'amour, parce qu'elle est égoïsme et parce qu'elle est mensonge. Célimène n'aime point, parce qu'elle est coquette : ce vice la rend incapable de comprendre la seule passion vraie qu'elle ait inspirée dans toute la cour de galants qui l'obsède (4). La prude Arsinoén^
(1) Voir plus loin , p. 137.
(2) C*est le caractère de ce théâtre, où on ne voit ni fille tombée, ni courtisane. Voir cependant les réserves à faire , cbap. IX.
(3) On est ici en contradiction avec Bossuet, Maximes et réflexions sur la comédiey chap. V. Voir plus loin, p. 145, note 1, et chap. XII.
(4) Le Misanthrope, act. IV et V. — Voir plus haut , chap. VI , page 112.
peut pas davantage connaître l'amour dans la coquetterie de vertu que son âge lui impose (1). Ârmande et BélisBy dans leur coquetterie de pédantes^ ne soupçonnent point ce que c'est qu'aimer (2) , et la comtesse d Escarbagnas y dans sa coquetterie de vieille provinciale', montre en caricature extravagante quelle distance de la terre au ciel il y a de la coquetterie à l'amour (3).
Molière a dit cette vérité au milieu d'une société où le raffinement de l'esprit faisait, dans les meilleurs salons, prendre à la coquetterie la place et le nom de
(1) Lt Misanthrope^ act. III, se. iv-vii. — Il y avait alors de la coquetterie jusque dans la dévotion : la préciosité avait envahi le del même, et véritablement les quiétistes étaient des précieuses dévotes; elles parlaient un style incroyable :
Lé contemplatif sent et comprend ce qu'il dit ; Mais la chair n'entend pas la langve de l'esprit. Âb 1 qoe ne pooTez-vons vous élever, madame , Au sommet de l'esprit, dans le donjon de l'âme , Et là, dans une sainte insensibilité , Voir sous ces mots obscurs luire la vérité !
Là, dans l'être divin toute déifiée, Vide du monde entier, etdésappropriée , Une âme s'enveloppe en son état passif , Et, sans pouvoir produire un acte discursif.
Des objets d'ici-bas arrête l'imposture , Et de ses focultés serre la ligature.
L'entendement n'admet , dans ce repos central , Rien qui soit aperçu , rien qui soit nominal , Nulle opération d'effort on d'industrie :
Suppression de vœux, extinction de vie , Du corps d'avec l'esprit séparabilité.
Surtout exclusion de mercénarité , etc.
Fléchier, Dialogue quatrième sur le Quiétisme, dans les Œuvres mêlées de M. Fléchier, évêque de Nismes, Paris, Jacques Estienne, 1712. Lire ces quatre dialogues, très-curieux, très-sensés, et très-bien écrits.
(2) Les Femmes savantes, act. I, se. i, ii, iv.
(3) La Comtesse d'Escarbagnas, se. u,^v-xxu.
Tamour^ et où il n'y avait point de femme à la mode qyi ne voulût régner dans un petit royaume de Tendre. Boileau, le champion de la raison^ qu'on trouve sur la brèche partout où le goût du temps essaie d'en franchir les remparts , s'est montré là y comme en maint endroit ^ le digne second de Molière, et il a retrouvé le pinceau de Juvénal pour aider son ami à rendre la coquette à jamais odieuse :
D*abord , tu la Yerras, ainsi que dans Clélie,
Recevant ses amants sous le doux nom d*amis ,
S*en tenir avec eux aux petits soins permis ;
Puis , bientôt en grande eau sur le fleuve de Tendre ,
Naviger à souhait, tout dire, et tout entendre.
Et ne présume pas que Vénus, ou Satan,
Souffire qu'elle en demeure aux termes du roman (1)...
Molière était obligé d'en demeurer aux termes de la comédie, et l'art même lui défendait de mettre sur la scène autre chose que les lettres de CéUmène et les avances mielleuses A'Arsinoé (S) ; mais pourtant, quand il montre la jeune coquette refusant d'aller ensevelir dans un désert ses fautes et son repentir (3) , il laisse deviner la vie qu'elle mènera dans le monde :
Peut-être avant deux ans,
Eprise d*mi cadet, ivre d'un mousquetaire ,
(1) Boileau, Satire \, v. 1&8.
(2) Le Misanthrope , act. III , se. vii ; act. Y , se. iv.
(3) /i., act V, se. vu :
Moi , renoncer an monde avant qne de vieillir . Et dans votre désert aller m'ensevelir l
Nous la verrons hanter les plus honteux brelans , Donner chez la Cornu rendez-vous aux galans , De Phèdre dédaignant la pudeur enfantine , Suivre à front découvert Z. .. et Messaline (1).
Et, sous toutes les convenances de la comédie, il fait entrevoir oh ira la prude quarantenaire , avec son amour pour les réalités (%) :
Rien n*égale en fureur , en monstrueux caprices, Une fausse vertu qui s*abandonne aux vices (3).
Janaais celle qui sait et veut aimer ne mettra le pied sur ce gazon fleuri qui cache un ignoble bourbier. Eliante pourrait, ce semble, accepter les hommages d'Akeste sans déloyauté à l'égard de Philinte : non, elle s'expliquera nettement avec l'un comme avec l'autre, et sa sincérité fera mieux ressortir la
(1) Boileau, Satire X, v. 169.
(2) Le Misanthrope , act. III , se. v.
(3) Boileau, Satire X, v. &33. — On alliait très-bien la débauche avec le quitf* tisme précieux :
Tout ce qae le corps fkit ne se compte poor rien ; Ce corps n'est qu'une avengle et sensible matière , Qu'on amas agité de boue et de poussière , Dont tous les mouvements, que la cupidité Produit sans la raison et sans la volonté .
Sont actes sans aven, sans malice, sans blâme , Et ne peuvent salir la pureté de l'Ame, Qui, jouissant au ciel de solides plaisirs, Laisse vivre le corps au gré de ses désirs.
Ramenez donc an ciel tonte votre tendresse , Et tenez votro esprit an Seigneur attaché, Madame t après cela moquez-Tous du péché.
Fléchier , Dialogue second sur le QuUti$me*
duplicité de son habile cousine; elle dira diAkeste à Philinte :
Pour moi , je n*en fais point de façon, et je croi Qa'on doit sur de tels points être de bonne foi : Je poorrois me résoudre à receroir ses feux (1).
Et Philinte lui répond , car la coquetterie de Clitandre et (ÏAcaste (2) n'est pas moins blâmée par Molière que celle de Célimène^ et le vice à ses yeux n*est pas moindre en Thomme qu'en la femme :
Et moi , de mon côté , je ne m*oppose pas , Madame , à ces bontés qu'ont pour lui vos appas ; Et lui-même , s*il veut , il peut bien vous instruire De ce que là-dessus j'ai pris soin de lui dire ; Mais si , par un hymen qui les joindroit tous deux, Vous étiez hors d'état de recevoir ses voeux , Tous les miens tenteroient la faveur éclatante Qu'avec tant de bonté votre âme lui présente (3).
Quand Akeste fuit dans son désert et déclare franchement à Eliante qu'il ne se sent pas digne d'elle, Eliante^ au lieu de saisir cette occasion d'une coquetterie innocente, lui déclare non moins franchement :
Ma main de se donner n'est point embarrassée , Et voilà votre ami, sans trop m'inquiéter , Qui, si je l'en priois, la pourroit accepter (i).
(1) Le Misanthrope , act. IV, se. t.
(2) /d., act. m, se. 1.
(3) /d., act. IV, se. I.
(4) Id. act. V, se. viii. La franchise est peut-être ici poussée un peu loin; mais cette légère exagération donne néanmoins une profitable leçon.
DE L*âMODR. 139
Il semble que le Clitandre des Femmes savantes pourrait se laisser aimer par les deux sœurs , et flatter même la passion éthérée de la folle Bélise, pour se ménager des appuis dans la maison : non^ il leur déclarera en face quel est son choix y au risque de soulever des jalousies qui compromettront son amour (i). 11 semble ({Vl Henriette pourrait souffrir les hommages de Trissotin, quand ce ne serait que pour en rire, et pour complaire aux idées de sa mère : non, elle le prendra à part pour lui dire :
Je voas estime , autant qu*on saaroit estimer; Mais je trouve un obstacle à pouvoir vous aimer : Un cœur, vous le savez, à deux ne saurait être, Et je sens que du mien Clitandre s*est fait maître (2).
Cette franchise en amour, Molière la réclame presque brutalement par la bouche A^Alceste^ quand il lui fait lancer à Célimène cette terrible fleurette :
Mais qui m*as8urera que, dans le même instant, Vous n'en disiez peut- être aux autres tout autant (3)?
Il regardait cette franchise comme le premier devoir de ceux qui s'aiment , et comme la première preuve d'affection qu'ils se puissent donner. Il la voulait entière, et, comme on vient de le voir, il n'admettait pas qu'on la sacrifiât aux intérêts de l'amour même. Bien plus, il la voulait jusque dans le langage parlé
(1) Les Femmes savantes ^ act. I, se. ii, iv. * (2) /d., act. V, se. I.
(3) Le Misanthrope f act. II, se. i.
par l'amour, et il repoussait, autant par cœur que par goût, le style faux que Fou croyait alors le style obligé de la passion. Il pensait arec raison qu'un sentiment vrai se fausse et s'émousse à s'exprimer en termes recherchés et exagérés. Ce n'était pas seulement , on le répète , son goût , c'était son cœur sincère qui s'indignait avec Akeste conitt'e le sonnet d-Ch'ontej et préférait hautement la chanson de ma mie et du roi Henri
A ces qaolifichets dont le bon sens murmure.
Il disait
Que ce n*est pas ainsi que parle la nature (1),
et il avait raison.
Il y avait presque autant de mérite à réformée l'amour dans l'expression. que dans le fond, à l'épocfiie où les madrigaux triomphaient si victorieusement, que Racine faisait dire au fils d'Achille aux pieds de la veuve d'Hector :
Brûlé de plus de feux que Je n*en allumai (i) ;
à l'époque où Boileau lui-même, fléchissant sous la poussée du siècle, mettait, dans la glorieuse pérorair son de son Art poétique y le Benserade des ruelles à côté du Corneille du Cid et d! Horace (3).
(1) Le Misanthrope y act. I, se. ii. ,
(2) Andromaque^ act. 1, se. iv.
(3) Art poétique , ch. IV, v. 195-200. — Voir phis haut, chap. III, p. 57.
DE L*AI10UR. lil
Molière ne se conteoia pas de critiquer avec une verve toujours nouvelle le faux style amoureux partout où Toccasion s'en offrit (1). Après avoir rappelé les amants à un langage naturel comme Tamour y il donna , mieux que tous les autres auteurs du siècle, Fexemple de cette langue douce et touchante qui va droit au cœur parce qu'elle en exprime les vrais sentiments. Est-il besoin de rappeler les charmantes causeries d'amour qui remplissent tant de comédies (2)? Le spectateur, fatigué de rire, s'y repose avec une émotion délicieuse; et l'auteur sait quelquefois^ par la simplicité du style et la vérité de la passion , faire parler à l'amour un langage digne de Corneille :
CLITANDRE
Quelque secours puissant qu*on promette à ma flamme , Mon plus solide espoir c'est votre cœur , madame.
(1) Ui Prédeuses ridicules , se. v , x , xii ; Z.e« Fâcheux , acft. II , se. iv ; le Misanthrope , act. I , se. ii ; le Bourgeois gentilhommey act. II , se. vi ; les Femmes savantes^ act. III, se. ii; la Comtesse d'Escabargnas , se. i, xv, xvi ; le Malade imaginaire , act. II , se. vi.
(2) Le Dépit amoureux f act. I, se. n ; act. IV, se. m, iv ; le Prince jaloux, act. I, se. m ; act. II, se. v , vi ; act. IV, se. vm; act. V, se. m, vi; l'Ecole des Maris, act. II , se. xiv ; les Fâcheux , act. I, se. viii ; le Festin de Pierre, act. I, se. m; act. 11, se. i, ii; act. IV, se. ix; V Amour médecin, act. III, se. VI ; le Misanthrope^ act. II, se. i ; act. IV, se. i, m, vu ; Mélicerte, act. U, se. m; V Amour peintre, se. xiii ; le Tartuffe , act. II, se. iv; Amphitryon, act. I, se. m; act. II, se. vi; l'Avare, act. I , se. i ; act. ill, se. xi; act. IV» se. ï;M.de Pourceaugnac, act. I, se. m, iv ; les Amants magnifiques, act. II, se IV; act. IV, se. vu; le Bourgeois gentilhomme , act. III, se. vni-x, xviii; act. V, se. n ; Psyché , act. III , se. m , iv ; act. IV, se. m ; act. V , se. iv ; les Fourberies de Scapin , act. I , se. m ; la Co^ntesse d'Escarbagnas, se. i : Les Femmes savantes , act. I , se. ii , m ; act. IV , se. vn , vm ; le Malade imaginaire, act. II, se. IV- VI, xi ; act. III, se. xxi, xxii.
iiî DE L'AMOUR.
HENRIETTE
Pour mon cœur, vous pouvez vous assurer de lui.
CLITANDRE
Je ne puis qu^étre heureux quand j*aurai son appui.
HENRIETTE
Vous voyez à quels nœuds on prétend le contraindre.
CLITANDRE
Tant qu*il sera pour moi je ne vois rien à craindre.
HENRIETTE
Je viis tout essayer pour nos vœux les plus doux ; Et , si tous mes efforts ne me donnent à vous , Il est une retraite où notre âme se donne, Qui m*empéchera d*étre à toute autre personne.