‹ La morale de Plutarque (préceptes et exemples)Chapitre 10 sur 74 · XYI DISCOURS DE M. JOSEPH FABRE · texte numérisé non relu

XYI DISCOURS DE M. JOSEPH FABRE

que la veille et de vive force, semblable à cet empereur qui entendait mourir debout. Elle se préoccupait avec une mansuétude touchante de la peine prise par ceux qui l'entouraient... Et, quelques instants après, nous la voyons rendre le dernier soupir...

C'est ainsi : chaque jour, chaque heure, chaque minute frappe un coup sur notre vie fragile ; et, à l'improviste, arrive le coup suprême qui nous terrasse. Elle eut pourtant été digne de se voir mourir, elle qui tant de fois avait regardé la mort en face !

Chère amie, vous allez donc sortir pour jamais de cette maison que vous dirigeâtes avec une autorité et une influence qui ne se retrouveront pas. Celte bouche qui articulait lentement de grandes vérités, et qui si souvent, par un mot juste et concis, glissé d'une voix tranquille et douce, fit tomber tout l'échafaudage des raisonnements d'un contradicteur, nous ne l'entendrons plus. Ce regard scrutateur qui fouillait les âmes, ce regard clair qui respirait la sincérité et l'inspirait, nous ne le verrons plus. Ah I ces lieux, hier si pleins de vous, comme ils vont être vides ! Pour tous, cette maison va paraître un désert, maintenant qu'y manquera celle qui en était le vivant génie ; et certains d'entre nous s'y trouveront désormais cruellement étrangers, par suite de la venue de nouvelles générations d'élèves, jointe à la disparition de la fondatrice vénérée qui restait le lien entre le passé et le présent.

Mais il me semble voir votre âme planer sur nos douleurs et nos regrets. Fidèle à elle-même, elle nous dit une fois encore : « Soyez forts ; ne vous attendrissez pas 1 » Chère âme, faites-nous donc forts par votre exemple 1 Que nous apprenions de vous cette virilité dans la vie et dans la mort dont vous avez été un inoubliable modèle !

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