MADAME JULES FAVRE
Mme Jules Favre, née Julie Velten, naquit à Wissembourg, le 15 novembre 1834. Son père, le pasteur Velten, avait dans l'église luthérienne la dignité d'inspecteur ecclésiastique. C'était un homme doux, d'esprit large, studieux et aimable. Sa fille devait garder toute sa vie un souvenir attendri des promenades très matinales qu'elle avait faites avec lui dans la campagne d'Alsace et jusque sur les confins de la Forêt Noire — tout comme du petit coin du cabinet pastoral, caché dans les vieux livres, où elle pouvait en tous temps se réfugier pour apprendre et lire.
C'est Mme Velten qui paraît avoir représenté, dans cette nombreuse famille, la vigilance attentive et la règle, un peu étroite peut-être, de la vie pratique et du devoir journalier. Dans les dernières années de savie,Mme Jules Favre aimait à se représenter sa mère la suivant des yeux d'une fenêtre de la maison paternelle, alors que, toute petite fille, elle partait bravement pour l'école, une règle à la main, afin de défendre ses jambes d'enfant contre les redoutables troupeaux d'oies qu'il fallait croiser dans la
rue et sur le vieux pont. Elle la revoyait aussi les jours de grande fête, mobilisant la famille entière autour de la table de communion. De très bonne heure, les pratiques religieuses, imposées du dehors, furent pour sa conscience un sujet de trouble, de révolte même.
La maison devait être aimable et bien vivante ; six enfants y grandirent, quatre filles et deux fils ; le grand frère qui juchait si bien sur l'épaule la mignonne enfant délicate qu'était la petite Julie, une sœur aînée qui, le soir, dans son lit, contait de si belles histoires ; et plus tard pour la joie de tous, la toute petite sœur Marie qui mourut à vingt ans Jaissant un souvenir de tendresse et de charme.
Tout près, dans le voisinage, un oncle était pasteur. Très musicien, il avait pour sa nièce Julie, admirablement douée, une affection particulière. C'est lui qui, ravi d'apprendre un jour qu'elle avait, en étudiant, brisé une corde du piano, promettait à sa fille la plus belle récompense au cas où pareille énergie dans le jeu amènerait pareil accident. Chez lui aussi, on éprouvait sa force d'âme: les enfants oseraient-ils, de nuit, aller au fond de l'église en traversant le cimetière obscur, pour chercher une Bible et la rapporter. Mme Jules Favre Pavait fait.
Elle fit ses études et prit ses brevets d'institutrice dans un pensionnat de Wissembourg. Elle y apprit, en même temps que le français, l'allemand, et sans doute l'anglais, qu'elle possédait également. Elle devait y joindre plus tard l'italien et le latin. Mais le goût de la pensée, le besoin d'acquérir toujours davantage, la soif de sincérité, d'élévation morale, elle les dut surtout, croyons-nous, au petit coin réservé dans le cabinet paternel, parmi les