‹ La morale de Plutarque (préceptes et exemples)Chapitre 13 sur 74 · MADAME JULES FAVRE XXI · texte numérisé non relu

MADAME JULES FAVRE XXI

Favre ait pu donner une impression d'austérité, a dit l'une d'elles qui l'a toujours connue, c'est bien cette époque de grande jeunesse. Nous ne savions pas son âge et j'ai été pour ma part très étonnée quand j'ai compris de combien peu il différait du mien. Elle nous inspirait un respect extraordinaire ; nous redoutions son silence, ses petits mots si justes et qui frappaient si droit, et nous attachions un 1res grand prix à son approbation. »

Elle était alors de santé très délicate et travaillait beaucoup pour la pension et pour elle-même. Il lui arriva souvent de se trouver mal le soir en rentrant dans sa chambre, mais aucune élève ne se douta jamais de sa fatigue et du mauvais état de sa santéi

Gomme tous les pensionnats de cette époque, l'Institut évangélique, fondé par Mme Frèrejean, avait un caractère confessionnel. Une forte éducation morale y était donnée par l'étude quotidienne de textes de la Bible; mais l'esprit en était très large ; la discipline pratiquée dès 1852 y fait pressentir celle que les lycées de l'État connaîtront vers 1890 sous le nom de discipline libérale. On y allait même au delà. M1*6 Frèrejean tutoyait toutes ses élèves qui l'appelaient « mère». Aucune surveillance étroite n'y était exercée. «A quoi bon conduire les enfants comme un régime ment, dira plus tard Mme Jules Favre, se souvenant sans doute des expériences d'alors. Je ne vois pas l'utilité de cette discipline mesquine. »

Les élèves se sentaient responsables, données en garde à elles-mêmes. Elles étaient habituées, avant tout, à être sincères, à ne jamais user de faux-fuyants. « Chacune était « à son devoir, atteste une ancienne élève et se sentait « beaucoup d'initiative. Aussi quand une jeune fille ve-

« nant d'une autre pension arrivait parmi nous, étions- « nous tout étonnées de sa mentalité- »

La même ouverture d'esprit se retrouve dans la direction des études. Mme Frèrejean acceptait avec enthousiasme ce que les méthodes nouvelles lui paraissaient offrir de meilleur: M. Chevé (dont M. Legouvéafait si bien revivre dans ses Souvenirs l'originale figure) avait, avec son cours de solfège chiffré, ses grandes entrées dans la maison: il était resté dans les meilleurs souvenirs de Mme Jules Favre. Pour réagir contre la médiocrité de l'enseignement alors courant dans les écoles de filles, c'était la méthode Jacotot que Mmo Frèrejean avait adoptée ; elle la préconisait, comme elle faisait toutes choses avec une conviction profonde. Des notes prises en 1856 par une élève étrangère à un cours où Mrae Frèrejean initiait des mères de famille et des institutrices à ses vues sur l'éducation, nous en donnent l'expression la plus naïve et la plus sincère. Il nous est ainsi possible de connaître les premières idées adoptées par Mlle Velten, et sans doute bien souvent discutées entre les deux amies.

Le point de départ est celui-ci : le bon sens étant la chose du monde la mieux partagée, l'esprit est donné par la naissance ; c'est la volonté qu'il s'agit de faire naître et de développer. Ce qui manque à l'enfant, et même à l'homme fait, ce n'est pas le plus souvent la capacité de saisir des rapports, ce sont les bonnes habitudes de l'esprit. Amener l'élève à regarder, à comparer, à juger par lui-même, c'est ce que doit se proposer l'éducateur. Le rôle du maître n'est donc pas de déverser sur l'enfant un savoir passivement accepté, mais d'éveiller l'intelligence par l'appel constant à l'effort personnel. Il doit s'effacer, laisser agir, pousser à l'action, être pour ceux qu'il dirige

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