‹ La morale de Plutarque (préceptes et exemples)Chapitre 16 sur 74 · MADAME JULES FAVRE XXIX · texte numérisé non relu

MADAME JULES FAVRE XXIX

lesse ramènent sans cesse la pensée vers le beau passé. J'y vis depuis que j'ai vu disparaître à mes côtés celui qui était toute ma joie. Mon âme se plonge dans son bonheur d'autrefois. Il n'y a pas de jour où ne se présente à mon esprit un des brillants tableaux que j'ai pu contempler avec mon mari, et je les revois tous, depuis que, livrée à moi-même durant les longues vacances de 1882, je retrace au courant de la plume, ces incomparables souvenirs qui me soutiendront encore dans bien des heures difficiles jusqu'à ce que Dieu me permette de rejoindre celui que toujours appelle mon âme. »

Sèvres, 20 septembre 1882.

Voici quelques extraits de ces récits :

... L'été de 1876 avait été très pluvieux. Nous avions projeté pour le mois de septembre un voyage dans l'Isère, mais la persistance du mauvais temps nous avait fait renoncer à notre plan. Et nous nous trouvâmes si heureux de travailler côte à côte qu'il nous arrivait rarement de regretter notre voyage manqué. Mon mari étudiait une importante question qui l'occupait depuis longtemps, celle de la réforme de la magistrature. Il voulait bien m 'appeler son collaborateur, parce que je lui aidais à réunir les documents qui lui étaient nécessaires pour son travail. Les jours s'écoulaient rapidement, et, à chaque nouveau réveil nous étions plus heureux de nous retrouver ensemble. Que ne puis-je retracer le bonheur de notre vie intime afin de faire comprendre aux époux ce dont ils se privent quand tout n'est pas commun entre eux, quand le mari n'essaie pas d'initier sa compagne à son travail intellectuel, et d'élever sa pensée par les entretiens et l'étude. Le mois de septembre se passa ainsi dans notre modeste retraite

de Versailles. Quand vint octobre, le travail de mon mari était terminé. Un ciel d'azur et de chauds rayons de soleil nous invitèrent à courir.

Après avoir parcouru tous les guides de France sans pouvoir nous décider pour aucune plage, nous nous écria, mes d'une seule voix : « Allons à Brunnen... »

« J'ai surtout gardé une impression profonde de mon premier coup d'œil sur Marseille. La mer était splendide sous ce soleil si brillant : elle étincelait de mille feux. 11 me tardait de la voir de près. Aussitôt débarqués et restaurés, nous parcourûmes la ville en tous sens, cherchant surtout les endroits les plus élevés pour ne pas perdre de vue la Méditerranée.

Tout est occasion de jouissance pour l'esprit et pour le cœur avec un tel compagnon. Avec quel empressement il allait au devant de tous mes désirs ! Avec quel soin ingénieux il prévoyait tout ce qui pouvait m'intéresser.Il avait oublié la politique et se livrait entièrement au plaisir toujours nouveau de voyager à deux. Le second jour, nous allâmes voir Notre-Dame de la Garde.

La route qui y conduit domine constamment la mer qui change à chaque instant d'aspect, et, au retour, nous suivîmes la route de la Corniche qui me transporta d'admiration. Mon mari, qui la connaissait déjà, jouissait de mon enchantement. Il se rappelait d'avoir contemplé là, à l'hôtel de la Réserve, le plus splendide coucher du soleil sur la mer. C'était peu de temps avant notre mariage. Il avait été appelé à Marseille pour y plaider, et ses confrères lui avaient offert un banquet dans ce séjour merveilleux d'où

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