‹ La morale de Plutarque (préceptes et exemples)Chapitre 17 sur 74 · MADAME JULES FAVRE XXXI · texte numérisé non relu

MADAME JULES FAVRE XXXI

la Méditerranée se montre dans toute sa beauté. Il s'était promis de m'y conduire pour me faire partager ses grandes impressions.

Le propriétaire de l'hôtel consentit à nous recevoir, bien qu'il n'eût pas l'habitude de loger des voyageurs. 11 se priva de sa chambre pour nous l'offrir. Elle était située à l'étage supérieur, et de là, la mer s'étendait au loin. Nous nous y installâmes le lendemain et nous y passâmes une journée complète dans le bonheur le plus parfait. Le temps était très doux. Nous avions même perdula conscience des saisons car nous quittions Paris en plein hiver, et à Marseille on se serait cru au mois de mai. Après avoir longtemps marché sur le rivage, nous nous assîmes au bord de la mer, regardant les vagues se briser, en devisant de mille choses, et parfois aussi, en admirant en silence.

Souvent depuis ce moment béni,quand nous traversions des temps plus difficiles nous nous rappelions avec une profonde émotion ces heures de paix ineffable, et maintenant que je suis seule à m'en souvenir ici-bas, elles sont transfigurées par la sainte mémoire de l'ami absent. Oh! que doivent être les joies infinies du ciel si, déjà sur cette terre d'épreuves il nous a été donné d'en goûter de si pures et de si parfaites ! La soirée fut aussi belle que la journée. A mesure que les ombres descendaient nous voyions scintiller au-dessus du flot une multitude d'étoiles ; et quand la lune se leva sans voile, sa lumière argentée était reflétée par la mer qui nous berçait de son doux murmure.

... Le dimanche était le grand jour des élections à Lyon, Je restai S3ule à l'hôtel tâchant de faire diversion aux sentiments qui m'agitaient. J'y réussissais bien mal et invo-

lontairement mes yeux se portaient toujours sur le point où j'avais vu mon mari s'éloigner. Tout à coup j'entendis de sourdes clameurs qui s'approchaient de plus en plus et devenaient plus distinctes. Je m'élançai sur le balcon et vis arriver en diligence mon mari suivi d'une foule immense qui criait: « Vive Jules Favre! » En un instant je fus dans ses bras. 11 était aussi calme que j'étais agitée, et me souriait doucement. Bien qu'il ne fût pas indifférent à la nouvelle marque de confiance de ses compatriotes, le sentiment intime d'en avoir toujours été digne était supérieur à la satisfaction de tous les honneurs qu'on pouvait lui rendre.

Le lendemain, nous retournâmes à Paris, non sans avoir déposé notre pieux hommage sur la tombe de notre mère vénérée. »

M. et Mœe Jules Favre voyagèrent beaucoup : une élection, une plaidoirie, un hommage rendu à quelque ami cher ou à quelque pieux souvenir les attirèrent à Lyon, à Toulouse, à Aix, à Nice, à Nancy, — et devinrent l'occasion d'excursions rapides et charmantes dans les Pyrénées, à la fontaine de Vaucluse,à Gênes ; mais le pays où ils revinrent le plus souvent avec une prédilection particulière, c'est la Suisse. La découvrir avait été pour elle un ravissement dont son mari n'avait pas moins joui qu'elle-même : les montagnes immuables « dont la majestueuse sérénité est si bien l'image de l'infini », leurs glaciers, leurs torrents, excitèrent pendant les étés — 1874, 1876, 1877, 1878,1879 —leur admiration la plus vive. La seule ombre au tableau, s'il y en eut une, ce furent les trop grands hôtels et leur foule cosmopolite.

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