‹ La morale de Plutarque (préceptes et exemples)Chapitre 19 sur 74 · MADAME JULES FAVRE XXXV · texte numérisé non relu

MADAME JULES FAVRE XXXV

Le centre le plus habituel de leurs excursions, celui où ils séjournèrent à trois reprises, c'est Brunnen sur le lac des Quatre-Cantons, si riche de souvenirs. A mesure que les années s'écoulent, aux grands enseignements du passé s'ajoutent pour eux le souvenir des joies des heures déjà vécues, et l'attachement aux modestes amis qu'on a laissés et qu'on retrouve.

« ... Il nous restait une semaine de vacances, et nous désirions la passer dans notre cher Brunnen et y revoir tous nos beaux souvenirs de l'année précédente : d'abord le merveilleux lac des Quatre-Cantons dont les bords nous captivaient eucore plus que ceux du Léman, puis le Grûtli, Tellsplatte où nous retrouvâmes nos profondes émotions, le beau Muottethal et ses hospitalières vieilles, l'agreste Bùrglen et la grande mémoire de Guillaume Tell, le Seclisberg avec nos ravissements et nos espérances. Avec quelle joie nous saluionstoutes ces magnifiques connaissances! Le maître de l'hôtel de l'Aigle d'Or nous traitait comme de vieux amis ; et, en effet, nous nous étions attachés à cette maison simple et cordiale où nous étions à l'abri du faste bruyant des grands hôtels ».

La séduction qu'exerçait la Suisse sur M. et Mme Jules Favre ne s'explique pas seulement par leur amour des beautés de la nature, mais par leurs habituelles préoccupations.

« Lorsqu'en s'éveillant après une nuit de chemin de fer, a écrit Jules Favre \ les Français aux jours de l'Empire se trouvaient transportés au delà du Jura, ils s'écriaient à la vue des saisissants aspects qui s'étalaient à leurs regards : « Mon Dieu ! que c'est beau ! » et tout de suite, involontairement, ils ajoutaient : « Mon Dieu ! que c'est

1. Introduction à l'histoire du peuple suisse par Daendliker, trad. de Mme Jules Favre, née Velten.

bon de respirer Pair de la liberté, d'aller, de venir, de parler, de lire, de penser tout haut sans craindre le honteux espionnage de la police ; de goûter l'hospitalité de citoyens que le faste et l'hypocrisie des cours ne corrompent point et qui mettent leur honneur à se gouverner eux-mêmes avec droiture et bon sens ! » Les jours de l'Empire étaient passés ; mais la France, en travail pour se relever sous le régime démocratique qui seul a protégé et fait grandir la Suisse, n'avait-elle rien à apprendre de cette « petite grande nation qui apporte tant de sagesse, de bonhomie et d'esprit de suite, à se discipliner, à se perfectionner, à s'enrichir ! ». C'est dans cet esprit que fut traduite de l'allemand par Mme Jules Favre YHistoire du peuple suisse du Dp Daendliker qui parut en 1879. Jules Favre la fit précéder d'une introduction qu'il écrivit au Seclisberg en septembre 1878. L'historien allemand, fidèlement traduit, expliquait suivant les conclusions de la critique moderne les traditions nationales si chères au patriotisme suisse ; mais ni la traductrice, ni son introducteur ne se résignèrent pour leur part, à traiter sans discuter de légendes le serment du Grùtli, le dévouement de Winkelried, l'histoire de Guillaume Tell. Ils aimaient à s'élever l'âme par ce que Fâme d'un peuple a rêvé de plus grand, et se plurent à rechercher ces héroïques souvenirs, trouvant dans le moindre village les représentations plus ou moins grossières qu'a multipliées le culte naïf d'une nation enthousiaste.

Avant de quitter Brunnen, raconte Mme Jules Favre, nous voulûmes retourner au Grùtli.

«Nous fîmes la traversée par une journée magnifique et

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