‹ La morale de Plutarque (préceptes et exemples)Chapitre 20 sur 74 · MADAME JULES FAVRE XXXYII · texte numérisé non relu

MADAME JULES FAVRE XXXYII

calme. Pas la moindre ride ne se montrait à la surface du lac. Cette fois-ci l aucun élément de la nature ne troubla notre pèlerinage qui s'acheva paisiblement. Il nous sembla que l'enthousiasme des vaillants conjurés du Grûtli nous eût gagnés. Leur âme ne pouvait être plus grande que celle du noble patriote qui était à mes côtés, et moi, je ressentais toutes les nobles émotions de mon mari qui avait tant lutté, tant souffert pour la patrie et la liberté. Aussi, à toute ma douleur, se joint un souvenir d'inexprimable fierté d'avoir eu le bonheur de visiter avec lui ces lieux de grands souvenirs. »

Les tristesses de la vie rendent plus étroite et plus précieuse encore une si intime communion d'âmes. Jules Favre ne se releva jamais du coup que lui avait porté la guerre. Il porta toujours le deuil des provinces perdues, n'assista plus à aucune fête, refusant, quelles que fussent les insistances, de figurer aux cérémonies publiques.

« Rarement il prenait la parole dans les grandes discussions politiques, a écrit Mme Jules Favre % craignant que la défaveur dont l'honorait la droite de l'assemblée, ne compromît le triomphe d'une idée chère à lui ou à ses amis». « C'est toujours avec une profonde émotion, li- « sons-nous dans les notes de voyage, que nous saluions « le 4 septembre qui, malgré nos malheurs, est une grande « et glorieuse date. Plus tard peut-être, la France rendra

1. M. et Mme Jules Favre avaient couru sur le lac, où une tempête s'était subitement déchaînée, le plus grave danger dans une précédente visite au Grûtli.

2. Notice biographique. Discours parlementaires de M.Jules Favre, t. I.

« justice aux grands citoyens qui ont proclamé la Répu- « blique et dirigé la défense nationale, surtout à celui qui « a eu le courage de demander la déchéance de l'Empire.

Lui voyait dans l'impopularité même dont il se sentait entouré comme une dernière marque d'amour envers la patrie mutilée : « J'entends vos dénégations, Messieurs, « s'écriait-il à l'Assemblée nationale le 25 janvier 1875, et «je les respecte, et, tout en souffrant de leur injustice, je « me suis expliqué que, dans ces grandes circonstances « politiques, quand la patrie est aussi malheureuse, quand « son sein est déchiré, il est bien naturel, alors qu'on est « vaincu, de chercher des griefs dans la conduite de ceux « auxquels le hasard amis un jour le pouvoir...»

Mais cette réserve n'était pas une abdication. Il avait foi dans le relèvement de la France et voulait y travailler. De 1874 à la fin de 1879, en dehors de ses plaidoiries, de la publication des deux derniers volumes du Simple récit d'un membre du gouvernement de la Défense nationale, Jules Favre prit à l'Assemblée Nationale et au Sénat une part active aux débats sur des questions administratives et juridiques. Le 16 mai lui rendit pour un moment toute son activité politique, Mme Jules Favre était associée de la façon la plus complète à sa vie» « En stricte justice, écrivait son mari en 1878 \ son nom devrait être à côté du mien pour tous les travaux auxquels depuis quatre ans, elle s'est fidèlement associée, et pour lesquels j'ai trouvé dans son esprit et dans son cœur le guide le plus sûr. »

La robuste santé de Jules Favre n'en était pas moins

1 Introduction h l'Histoire du peuple suisse. Daendliker trad.de Mme Jules Favre.

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