‹ La morale de Plutarque (préceptes et exemples)Chapitre 23 sur 74 · Secli, en allemand · texte numérisé non relu

Secli, en allemand

petit jardin attenant à notre pavillon, sous un berceau de verdure en face du lac. Nous y étions parfaitement seuls. Il nie parlait avec une onction qui avait quelque chose de divin. « Je sais, me disait-il, que je vais abréger ma vie « en plaidant les causes dont je suis chargé, mais tu me « laisseras faire, je ne comprends pas la vie sans l'ac- « tion. » Je lui promis... que je ne l'empêcherais pas de faire son devoir. J'ai bien souvent regretté de n'avoir pas écrit chaque parole de cet incomparable entretien dont je me rappelle la moindre circonstance. Le soir, se sentant mieux, il voulut aller àMontreux, pour choisir quelques souvenirs en bois sculpté. Nous prîmes le bateau, et au retour le lac était illuminé par le soleil couchant. Ses teintes pourprées étaient si vives que je ne pouvais les regarder sans en être éblouie. Ce sublime tableau et l'impression de notre conversation du matin émouvaient profondément mon âme : il me semblait que j'allais quitter la terre avec mon bien-aimé. Je n'osais plus retarder notre départ de Montreux que nous fixâmes au 5 octobre. La veille, mon mari avait terminé la première partie de Henry Belval et après m'avoir lu les dernières pages il me dit : « C'est toi qui le finiras. »

Devinant trop bien les pressentiments qui remplissaient son cœur, j'avais hâte aussi de quitter un pays qui, malgré sa beauté, était pour nous une terre étrangère.

Sur la route de Mâcon à Paris, mon mari m'avoua qu'il avait eu à Montreux le pressentiment qu'il y mourrait..

... Grâce à Dieu, nous eûmes le bonheur de nous retrouver dans notre chère maison de Versailles et il eut la

Page 1