‹ La morale de Plutarque (préceptes et exemples)Chapitre 24 sur 74 · MADAME JULES FAVRE XLIII · texte numérisé non relu

MADAME JULES FAVRE XLIII

satisfaction de remplir tous ses engagements avant le 19 janvier 1880. »

Seize ans plus tard, le 31 janvier 1896, Mme Jules Favre mourait à son tour. On trouva dans ses papiers un passage de la Bible qu'elle avait préparé à l'avance pour être mis sur sa lettre de faire part, suivant la coutume protestante. C'était un chant de délivrance: « L'Eternel sera pour toi une lumière perpétuelle et les jours de ton deuil seront finis. »

« Il y a des douleurs qui ne peuvent, ni ne veulent être consolées, écrivait quelques mois plus tard, Mme Jules Favre à une amie. Tout ce que je puis faire, c'est de ne pas trop appeler la mort et de chercher le moyen d'être un peu utile, car c'est la seule satisfaction que j'attende de la vie. » Et dans une autre lettre : « À l'idée seule de iaie déplacer ou de voir un beau paysage, tout mon être se strouble et je perds tout empire sur moi-même. Je ne sais si je serai toujours ainsi, mais je ne trouve quelque apaisement que dans le travail et aussitôt que mon ardeur se Ralentit le désespoir m'envahit. »

C'est dans le travail en effet qu'elle se réfugiait avec me ténacité plus poignante que des larmes. Ses longues journées se passaient à la Bibliothèque nationale, compulsant des journaux, ne sentant ni la faim, ni la fatigue. Tétait l'unique moyen de vivre encore avec et pour celui [u'elle pleurait. Les quatre volumes des Discours Parlenentaires de Jules Favre, les deux volumes de ses Plai-

doyers et Discours du Bâtonnat, une brochure la Vérité sur les Désastres de l'Armée de l'Est, sortirent de ce labeur.

Elle y trouva plus encore :

« Oui, maintenez-vous dans les régions sereines, écrivait-elle plus tard à un ami dans le deuil, c'est là que les invisibles vous parlent. Entendez-les, ces voix célestes qui consolent et fortifient la pauvre âme exilée et soli" taire. »

Peu à peu, dans le recueillement de ces heures paisibles, le devoir se précisait pour elle. C'était un exemple d'action que laissait Jules Favre : « Croire ce que ma raison comprend, marcher avec indépendance à la conquête du vrai, tendre la main à tous ceux qui soutirent, protéger dans la mesure de mes forces les faibles, les humbles, les petits ; détourner mes pas du sentier des grands et des heureux de la terre pour aller, quand cela est possible, essuyer des larmes et consoler des douleurs, courir sus au mensonge et démasquer l'hypocrisie partout où je les rencontrerai, tel est le programme non pas de ce que j'ai été, mais de ce que je voudrais être. » Elle avait choisi ces lignes pour être placées en tête du Discours du Bétonnât. Et cette action, c'était à la patrie qu'il l'avait consacrée « Quoique mort, il parle encore, concluait-elle dans la notice biographique. Il nous dit de travailler à cet épanouissement de la démocratie qui a été l'idéal de toute sa vie, et qui est l'aurore d'une ère nouvelle. Il nous rappelle sans cesse le but qui est assigné à l'humanité et qu n'est autre que l'égalité des droits, la pleine possessioi de la liberté, l'application stricte de la justice. »

Mme Jules Favre ne pouvait donc rester inactive. Pleinement indépendante, à l'âge, où d'autres, sentant leu

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