‹ La morale de Plutarque (préceptes et exemples)Chapitre 3 sur 74 · DISCOURS DE M. HENRY LEMONNIER IX · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. HENRY LEMONNIER IX

voulait préparer au pays, non seulement des professeurs, mais des femmes dignes de le servir dans la mesure de leur rôle, d'autant plus bienfaisant qu'il est plus modeste. Elle ne séparait ni l'éducation de l'instruction, ni l'instruction de l'éducation, pensant avec raison qu'il n'y a pas de pédagogie féconde ni de morale vivante sans la culture libre, désintéressée, forte, des intelligences, par les lettres ou par les sciences.

Mais le plus grand service peut-être qu'elle rendit, ce fut de développer dans la liberté notre École créée au nom de la liberté. Elle sentait que nos élèves, destinées un jour à conduire les autres et, par les nécessités de la vie, à se conduire elles-mêmes, devaient faire ici l'apprentissage de l'initiative, mais toujours guidée ou retenue par l'observation des devoirs de conscience les plus catégoriques. Discipline forte, sans danger, puisqu'on en peut surveiller sans cesse la pratique, et qui trempe les cœurs pour l'avenir.

Pendant ses quinze ans de direction, elle a rencontré des soucis, quelquefois des chagrins, mais elle a éprouvé aussi des joies bien douces.

Celle d'abord de voir vivre dans une atmosphère de bienêtre physique et moral les jeunes filles qui lui avaient été confiées, et de sentir qu'elles étaient heureuses avec elle et par elle ; celle de constater à quel point l'École tout entière s'unissait dans une harmonie fondée sur l'absolue confiance, l'estime, l'affection entre la directrice, les maîtres, les répétitrices et les élèves. Gela justifiait, pour ainsi dire, la foi optimiste qu'elle avait, quoi qu'on en ait cru, dans la bonté naturelle de l'être humain.

Elle a eu aussi la joie de voir l'enseignement fondé ici se ramifier lentement, mais sûrement, dans toute la France et préparer dans la classe moyenne des générations de femmes distinguées et fortes, soucieuses de tous les devoirs et de tous les intérêts supérieurs ; de constater que nos élèves étaient partout ce qu'elle avait désiré qu'elles fussent : des professeurs dévoués à leur tâche, toujours en souci de [se perfectionner, et aussi qu'elles portaient dans la vie une sagesse aimable et sans pédantistne, une dignité simple, et le sentiment du devoir qu'elle avait tant tenu à leur inspirer.

Gela se rattachait pour elle à des espérances qu'elle laissait entrevoir : que la femme, sans revendication et sansfra-

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