X DISCOURS DE M. CHANTAVOINE
cas surtout, se ferait sa place dans le monde par le travail, qu'elle contribuerait doucement, modestement, humblement, par la simple pratique des obligations morales, à un progrès d'idéal social qu'elle rêvait.
Aussi, dans les derniers temps de sa vie, une sorte de sérénité s'était répandue en elle et autour d'elle. C'est alors que la maladie l'a prise. Elle a vu venir sa fin, j'en suis sûr; elle Ta envisagée sans faiblesse, dissimulant avec une incroyable énergie ses souffrances, pour ne pas affliger ses proches, les répétitrices ou les surveillantes, qui l'entouraient de soins touchants, et au moins autant pour se persuader à elle-même qu'elle n'avait pas à abandonner sa tâche. Elle n'a quitté son cabinet de directrice que pour mourir, de la mort qu'elle eût souhaitée sans doute, dans cette Ecole qu'elle a tant aimée et à laquelle elle a tout sacrifié, sauf ses affections de famille.
Aussi, nous nous unissons tous, élèves et maîtres, dans un souvenir profond de regret et de vénération. C'est encore à Mme Jules Favre que nous pensons en disant — ce qui était le vœu de toute sa vie — que nous continuerons suivant son esprit et suivant son cœur, et d'accord avec les chefs de l'enseignement, l'œuvre à laquelle elle a contribué et à laquelle elle a donné le meilleur d'elle-même.
Discours de M. Chantavoine, Maître de conférences
à l'École.
Au nom de l'administration et des élèves de l'École de Sèvres, je viens apporter à notre chère directrice un dernier hommage et lui dire, bien tristement, le dernier adieu.
Nous sentons aujourd'hui, plus que jamais, dans le chagrin de sa mort et le vide douloureux de son absence, combien Mme Jules Favre était nécessaire à notre école, quelle place unique elle tenait au milieu de nous. Nous ne pensions pas qu'elle dût nous quitter si tôt. Elle nous avait caché sa fatigue avec une discrétion si fière, elle est restée si courageusement, jusqu'à la fin, à son poste de devoir et de travail, nous éprouvions une sécurité si douce à la voir toujours diriger cette grande maison qu'elle n'habitera plus, que nous ne pouvons pas nous figurer qu'elle en soit absente. Elle en est partie