‹ La morale de Plutarque (préceptes et exemples)Chapitre 32 sur 74 · MADAME JULES FAVRE LVII · texte numérisé non relu

MADAME JULES FAVRE LVII

neur de Mendelssohn est belle, mais je ne crois pas que ce soit une œuvre de génie ; elle donne un plaisir intellectuel et n'a pas le caractère élevé de la musique de Beethoven. »

Sa prédilection marquée ne la rend cependant pas absolument exclusive : « J'ai eu, à défaut de Beethoven dont je n'ai pas cessé de regretter l'absence, des fragments de Lohengrin qui en font désirer davantage. On m'a dit que M. Lamoureux avait l'intention défaire jouer toute l'œuvre ; pour ce jour-là je vous retiens malgré vos visites. Elle est digne d'un auditeur tel que vous... »

La musique n'était pas la seule de ses jouissances. Quel que fût son deuil, son goût pour sa chère solitude, elle accueillait avec reconnaissance, pour elle et pour les autres, toutes les joies.

« Ceux qui nous ont aimé et qui nous aiment encore et bien mieux dans cette terre nouvelle où ils* vivent en réalité, nos bien-aimés morts qui sont les vrais vivants, n'exigent pas que nous nous crucifiions, que nous fermions notre cœur à tout ce qui pourrait adoucir notre douleur ; il me semble qu'ils doivent être heureux du moindre soulagement qui nous arrive et dont nous pouvons leur attribuer la bienfaisante influence. Ceux qui nous ont prodigué une tendresse si désintéressée ne se réjouissent-ils pas de tout ce qui peut diminuer notre abandon ? »

Elle jouit donc avec bonheur, ainsi qu'elle l'écrit ellemême, de la vie idéale de l'Ecole ; de la jolie nature qui l'entoure et qu'elle aime en toutes les saisons :

« La nature est une amie dont le commerce apaise l'âme, assure-t-elle. Avec elle il n'y a jamais de dissonance. »

D'une façon vive et toute spontanée, elle en perçoit tou-

tes les harmonies : « Ne tardez pas trop à revenir à Sèvres. Les bois sont dans toute leur beauté printanière, toujours nouvelle. La nature seule allie harmonieusement le vieux et le nouveau : c'est en cela qu'elle est le meilleur symbole de l'âme. » Et par une matinée de novembre : « Que vous auriez joui de ce beau jour d'hiver ! J'ai bien pensé à vous en voyant le givre étinceler ce matin sur nos jolis coteaux qui n'ont pas perdu toutes leurs feuilles. »

Elle écrit au moment d'un départ.... « Je suis rentrée dans la seule et sainte compagnie des étoiles ; et l'une d'elles a traversé le ciel au moment où je ne songeais qu'au désir de vous revoir avant votre départ pour la Suisse. Vous savez que, daus la légende alsacienne, une étoile filante qui parcourt le ciel au moment où l'on formule un souhait, vous assure l'accomplissement de ce souhait. Puisse-t-elle être bon prophète ! »

Elle trouva la force dès 1885 de reprendre seule, pendant les vacances, les voyages d'autrefois.

« ...Je suis ici depuis mardi et bien des fois je me demande si c'est bien moi. Je voudrais pouvoir dire que c'est votre lettre qui m'a décidée à partir, mais je ne saurais vous laisser croire que j'ai obéi à mon sage conseiller. Je m'étais au contraire remise au travail avec acharnement; il me semblait que jamais je n'en avais plus senti les bienfaits ; mais après cette surexcitation j'éprouvais une si grande lassitude que je pris le parti de m'en aller sans plus réfléchir. Le temps est splendide, la chaleur est presque trop forte ; mais malgré tout je jouis des montagnes. Le grand charme de ce pays c'est qu'on peut se promener seule partout, et que ne puis-je vous faire connaître ces

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