‹ La morale de Plutarque (préceptes et exemples)Chapitre 36 sur 74 · MADAME JULES FAVRE LXV · texte numérisé non relu

MADAME JULES FAVRE LXV

Et le 13 décembre 1886 : « Vous me parlez de découragement : si vous me connaissez, comme je le crois, vous ne devez redouter pour moi que celui qui prendrait sa source dans le cœur ou dans la conscience... »

Cette conscience était très exigeante, soumettait à son contrôle tous les actes administratifs, n'admettait ni petits moyens, ni formes vides, ni apparences vaines : « Je ne comprendrai jamais une politique qui sacrifie les principes aux apparences d'un jour, et livre ainsi au hasard la direction des affaires les plus importantes, écrivait-elle. Qu'un gouvernement procède ainsi pour se maintenir à tout prix, cela semble tout naturel, mais les expédients ne sont-ils pas indignes de législateurs désintéressés voulant faire œuvre qui dure ? »

Rien de moins opportuniste que la façon d'agir de Mme Jules Favre. Elle parlait fort peu d'elle-même, mais chacun savait à Sèvres que son affection pour l'Ecole ne Fy retiendrait pas une heure si elle devait y sacrifier quelque chose de sa franchise ou de ses convictions. Sa direction si forte et si haute nous parut souvent précaire : ce fut une souffrance, mais quelle discipline tonique que cette pensée constante de quelque chose de supérieur au bonheur, et même à l'intérêt immédiat d'une œuvre chère ; que cette certitude qu'il serait possible à Sèvres de différer de jugement sur la matière du devoir, mais qu'il n'y aurait jamais d'abdication de conscience.

« Toute conscience droite et délicate, écrivait Mme Jules Favre, doit reconnaître, par son expérience personnelle, qu'il est difficile d'être toujours vrai et de vivre dans le monde sans y perdre plus ou moins sa droiture. Combien il importe donc de fortifier lame pour lui conserver le plus noble et le plus précieux de ses droits, celui de s'es-

timer et d'être respecté d'autrui en restant inébranlable dans son amour de la vérité. » (Préf. de J.-P. Richter,p. 19.) Elle s'y attachait elle-même de façon scrupuleuse, et, pour garder son âme libre ne permettait à aucune des conventions qui tiennent tant de place dans certaines vies, d'en prendre aucune dans la sienne. Voici ce qu'elle répondait à une directrice qui la consultait sur une question d'égards dus à son lycée.

Ma chère enfant,

J'espère que vous n'avez pas attendu mon avis pour savoir jusqu'à quel point vous devez tenir pour votre lycée au droit d'être invitée aux fêtes officielles. Je ne crois nullement qu'en cela gît quelque chose de la considération qui est due à nos établissements. Aussi je ne réclame jamais rien pour l'Ecole qui n'est jamais invitée nulle part. Ai-je tort ou raison ? Je ne m'en préoccupe pas. La directrice qui me succédera fera peut-être tout autrement, et je ne doute pas qu'elle ne fasse mieux. Mais que chacun agisse selon qu'il est persuadé en son esprit, je ne dis pas en sa conscience, car il n'en peut être question ici. Vous avez autour de vous des personnes beaucoup plus aptes à vous conseiller que moi... » (11 mars 1895).

Elle avait décliné, dans le même sentiment, les interventions amicales qui s'offraient pour faire élever son très modeste traitement ' et refusé très simplement le 1er janvier 1887 les palmes académiques.

1. « Ne faites rien pour la directrice de Sèvres... Quand la France sera à flot, c'est... francs qu'elle devra lui donner. En attendant je préfère le statu quo. Je ne m'évalue pas d'après le chiffre de mon traitement. Si ma situation de fortune me permettait de ne rien accepter du tout, en vaudrais-je moins pour cela ? »

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