‹ La morale de Plutarque (préceptes et exemples)Chapitre 37 sur 74 · MADAME JULES PAVRE LXVII · texte numérisé non relu

MADAME JULES PAVRE LXVII

La lettre officielle qu'elle écrivit à ce sujet nous est parvenue, comme post-scriptum d'une sorte de méditation de fin d'année adressée à un ami. L'ensemble est caractéristique.

Minuit, 1er janvier 1887.

« L'homme s'élève au-dessus de la terre sur deux ailes: la simplicité et la pureté.

« La simplicité doit être dans l'intention, et la pureté dans l'afïection,

« La simplicité cherche Dieu, la pureté le trouve et le goûte. »

C'est à ces paroles de Y Initiation de Jésus^-Christ que je me suis arrêtée au moment où l'horloge m'annonçait le commencement de l'année nouvelle. Je vous les transmets, cher ami, à vous par qui Dieu me dispense ce divin enseignement. Vous avez bien raison de dire que Y Imitation de Jésus-Christ fait pâlir même les Pensées de Pascal

... P.-S. — ? Voici la copie de la lettre que je viens d'adresser à M. le Ministre et à M. le Recteur:

« J'ai appris aujourd'hui au Ministère que j'étais nommée officier d'Académie, et cette nouvelle m'a été confirmée ce soir par le Journal Officiel.

« Bien pénétrée des principes qui toujours ont guidé mon mari, M. Jules Favre, j'estime que ceux qui essaient de faire leur devoir sont bien récompensés.

« J'ai donc l'honneur, monsieur le Ministre, de décliner toute distinction honorifique et de vous offrir l'assurance de mon profond respect. »

A deux reprises, Mme Jules Favre crut devoir donner sa démission: en juillet 1885 et en septembre 1891.M.Gréard

ne transmit pas la première ; la seconde souleva parmi les professeurs un tel mouvement de regret, et fut auprès du ministre, M. Bourgeois, l'objet de si pressantes démarches de leur part que, sans rien sacrifier de ses principes, Mmc Jules Favre dut la retirer. Revenir sur des décisions aussi graves fut certainement le plus grand sacrifice que Mme Jules Favre fit à Sèvres.

Une lettre du 27 juillet 1885 permet de mieux comprendre son esprit:

« Vous ne pouvez croire, mon excellent ami, que l'amour de la retraite domine en moi jusqu'à me faire repousser, même d'une main, une tâche que j'aime et que j'étais disposée à continuer tant que Dieu me prête force.

Durant ces quatre années je n'ai peut-être pas eu un seul jour sans ennui du côté de l'administration, mais les bons sentiments de nos élèves m'aidaient à tout supporter. Et comme je l'ai dit au ministre, bien souvent j'ai exécuté des instructions que je n'approuvais pas, mais il y a des concessions que l'on ne peut faire. Je regrette déjà ma tâche, et je sens que je la regretterai encore bien plus daus ma retraite. Je me rappelle trop bien ce que j'éprouvais avant d'avoir cette tâche et même dans mes jours les plus heureux où je me reprochais d'avoir une vie trop douce et de ne rien faire pour les autres. Alors même que je me croirais nécessaire ici, je n'aurais pas agi autrement. Il me semble que je suis à ma place, que je puis y être utile, je suis étonnée d'être poussée dehors par les circonstances indépendantes de ma volonté. J'ai essayé de réagir et vous savez comment j'ai réussi. Il faut donc bien que je croie que pour l'œuvre même et peut-être aussi pour moi, il vaut mieux qu'elle soit remise en d'autres mains. Et comme toutes les joies de cette vie sont plus douces

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