‹ La morale de Plutarque (préceptes et exemples)Chapitre 38 sur 74 · MADAME JULES FAVBE LXIX · texte numérisé non relu

MADAME JULES FAVBE LXIX

au déclin, je découvre des attraits jusqu'à ce moment inaperçus : les élèves les plus inertes me semblent mieux penser et sentir et il n'y en a pas une qui ne m'intéresse. Voilà mon âme telle que je la vois. »

Les élèves de l'Ecole ne furent pas troublées par ces incidents : « L'orage que je pressentais a éclaté le 29, écrivait en juillet 1885 Mme Jules Favre. Le faible roseau n'a pas plié; mais le lendemain, il s'est mis à l'abri du souffle de Borée. Gardez-lui le secret pour ne pas agiter les petits roseaux qui l'entourent. »

Le secret a été bien gardé. Les promotions de cette époque seront peut-être aujourd'hui bien étonnées d'apprendre queMme Jules Favre, si dure pour elle-même, si peu disposée aux tendresses amollissantes, avait voulu se retirer parce qu'elle ne se trouvait pas à l'Ecole une autorité suffisante pour assurer à celles qui lui étaient confiées le bien-être qui pouvait leur être donné. Elle agit ^t ne parla pas. Il en fut de même en 1891 où des divergences avec le jury d'agrégation faillirent entraîner son départ. Son intransigeance n'est qu'une soumission à une loi supérieure.

Aussi quelle sagesse dans ces conseils, quelle sévérité même pour celles qui, substituant leur satisfaction personnelle au devoir, méconnaissent l'autorité légitime.

«... Votre directrice avait tout droit de vous faire des observations; en admettant même qu'elle les ait faites avec un ton blessant pour vous, vous avez le plus grand tort de ne pas mettre tous les bons procédés de votre côté...

La discipline qui vous pèse est plus ou moins celle de tous les établissements d'instruction publique ; c'est un bien léger ennui quand on songe à la grande idée pour laquelle vous travaillez et qui doit vous éleve'r au-dessus de toutes les mesquines questions de personnes... » «...Tâchez de supporter vos difficultés le plus philosophiquement que vous pourrez. Vous pensée qu'à distance, il m'est facile de vous faire cette recommandation ; en vous la faisant, je me le dis bien aussi, car je me rappelle combien de telles épreuves sont pénibles, et combien elles usent le courage qui a besoin de se retremper dans le travail solitaire. Dans la région sereine des idées où l'enseignement vous permet, et vous fait même un devoir de vous réfugier, on retrouve toujours le calme et des satisfactions pures à l'infini... La vie est grande avec une profession telle que la vôtre ; et malheur aux éducateurs qui ne la verraient pas telle ! malheur aussi à leurs élèves ! »

« ...Ne jugez pas trop sévèrement la prudence, quelquefois exagérée, de celles qui ont la responsabilité de la direction des lycées. Je crois que cette prudence a pour but de rassurer les timides, de gagner les esprits les plus prévenus et de faire ainsi bénéficier le plus grand nombre d'enfants d'un enseignement si propre à contribuer aux progrès de notre cher pays. Je regrette que vous n'enseigniez pas la morale, mais vous l'enseignez quand même à toutes vos élèves par le précepte et par l'exemple... » (Octobre 1884).

Je vous plains bien d'avoir de tels ennuis. Voyez-les de haut, efforcez-vous de « procurer la paix », selon la

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