‹ La morale de Plutarque (préceptes et exemples)Chapitre 39 sur 74 · MADAME JULES FAVRE LXXI · texte numérisé non relu

MADAME JULES FAVRE LXXI

parole de l'Evangile qui est bien profonde, bien vraie et bien consolante (Octobre 1884).

Il faut que je vous gronde, ma bien chère enfant, non de ce que vous me dites tout, cela me fait trop de plaisir, mais de votre excessive défiance de vous-même qui vous fait chercher ailleurs qu'en vous et au-dessus de vous, la direction dont vous avez besoin. Je ne suis pas étonnée de l'impression pénible que vous éprouvez dans cette grande fabrique d'intelligences. Certainement le souffle devrait venir de l'âme qui dirige, mais dans un externat si nombreux, il me semble bien difficile d'exercer une influence morale. C'est plutôt aux professeurs qui sont directement en rapport avec les élèves, qu'il appartient d'éveiller et de cultiver la vie morale, en même temps que la vie intellectuelle ; et l'une et l'autre me semblent si étroitement unies qu'elles se développent de concert sous une saine direction. 11 ne peut être ici question d'opposition, vous n'avez pas à signaler ce qui manque, ni à rechercher les responsabilités de chacun. Vous avez à faire votre oeuvre ; faites-la aussi parfaitement que possible pour ce qui vous concerne, et puisque vous avez le bonheur d'avoir quelques collègues qui pensent comme vous, fortifiez-vous par de fréquents entretiens dont les questions de personne soient bannies tout naturellement par l'importance de la fin supérieure que vous poursuivez. Ainsi, vous ferez luire votre lumière devant vous, et ce petit noyau d'âmes dévouées et fidèles s'accroîtra pour le plus grand bien de toutes... Ne prenez pas au sérieux ma gronderie, ma bien chère enfant, c'est pour moi une bien douce satisfaction d'entrer le plus possible dans votre vie. Ne craignez donc pas de me confier, même ce

que vous appelez « vos découragements ». Ce n'en sont pas en réalité, vous avez l'esprit trop ferme et la foi trop robuste pour ne pas surmonter toutes les défaillances. » (31 janvier 1886).

Ce qu'elle écrit aux autres, Mme Jules Favre se le dit sans cesse à elle-même. On retrouve dans sa correspondance des témoignages constants de cette discipline intérieure.

« ...Laissez-moi m'accuser comme je le dois d'une parole brusque qui peut-être vous a fait de la peine. Si j'ai mal répondu à votre extrême bienveillance, ce n'est pas que je n'en sois pas touchée, c'est uniquement parce que j'ai peur d'aimer trop les éloges qui me viennent d'un ami aussi estimé et aimé que vous. » (30 novembre 1883).

« ...J'éprouve tous les jours ce qu'il y a de salutaire dans la discipline imposée tout naturellement par la responsabilité de ceux qui s'occupent d'éducation; cette constante observation de soi-même pour mettre les sentiments et les actes en harmonie avec les paroles, donne plus de force pour se vaincre et pour essayer de prêcher d'exemple. Le travail solitaire ne saurait remplacer cette discijîline, malgré tous les bienfaits dont il est la source intarissable. » (12 octobre 1884).

« ...11 n'est pas possible que vous ne rendiez pas justice à un sentiment sincère, même lorsque vous souffrez de ses duretés. Certaines natures ont trop d'aspérités pour ne pas les faire sentir à ceux qu'elles aiment le mieux, et surtout à ceux-là. Peut-être y a-t-il beaucoup d'orgueil dans leur façon d'agir, mais il y a aussi quelque chose

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