‹ La morale de Plutarque (préceptes et exemples)Chapitre 5 sur 74 · DISCOURS DE M. CHANTAVOINE XI · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. CHANTAVOINE XI

cependant et nos yeux, Madame et chère Directrice, vous cherchent encore...

Je ne suis ici, Messieurs, que l'interprète de vos sentiments et de vos regrets unanimes, en vous rappelant tout ce que nous devons à Mme Jules Favre, toutes les preuves de sympathie et de bienveillance qu'elle nous donnait, tous les services qu'elle nous a rendus. Vous savez tous comme elle s'intéressait à nos travaux. Son esprit, son cœur et son caractère ajoutaient en elle à l'autorité qu'elle tenait de ses fonctions. Elle nous donnait la première l'exemple du dévouement avec ce stoïcisme fier et doux qui acceptait toutes les tâches et supportait toutes les peines, sans vouloir jamais ni être loué, ni être plaint. Elle portait en tout la conscience la plus délicate et la modestie la plus ombrageuse. Sort expérience des choses de l'enseignement, son goût et sa pratique de la science, difficile et austère, de l'éducation, sa bonté parfaite, sa ferme et sereine philosophie faisaient d'elle, dans ses rapports et ses entretiens avec nous, la meilleure et la plus sûre des amies, la plus sage et la plus franche des conseillères. Nous honorerons sa mémoire et nous profiterons encore de ses exemples en restant attachés à l'esprit de sa direction.

Toutes ses élèves, les présentes et les absentes, la pleurent aujourd'hui avec les larmes d'une affection vraie. Laissez-vous aller, Mesdemoiselles, à cette triste douceur de votre chagrin. 'Vous savez mieux que personne combien la grande amie que vous avez perdue était pour vous tendre et maternelle. Mme Jules Favre s'était attachée de tout son cœur, dès le premier jour, à la chère famille qu'on lui avait confiée. Elle ne savait, elle ne voulait ni régenter, ni contraindre ; elle ne demandait rien à l'autorité impérieuse ; elle ne croyait pas à la vertu ,des lettres d'un règlement ; mais elle savait aimer. C'est le ; grand secret, c'est peut-être le seul en matière d'éducation. iÇ'a été le sien, toute sa vie.

Ses chères élèves l'ont beaucoup aimée. Elles trouvaient len elle, dès leur arrivée à l'école, l'accueil le plus affectueux, la plus cordiale et la plus vigilante sympathie. Loin de les surveiller avec inquiétude, de les avertir avec froideur ou de les reprendre avec dureté, Mme Jules Favre ne cherchait qu'à les attirer par la confiance et à les retenir par le respect. Son estime et son amitié étaient des récompenses assez précieuses, pour

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