MADAME JULES PAVRE LXXIX
leur vie avec ses préoccupations multiples, les grandes questions d'enseignement comme les infimes détails de la tâche, comme les soucis et les joies de famille. Jl lui arriva, pour soutenir un professeur de collège chargé par intérim de la direction dans des circonstances difficiles, de lui écrire tous les jours une lettre de réconfort. Mais elle ne serait jamais intervenue, si bien qu'elle connût l'une et l'autre dans les rapports entre directrice et professeur ou dans les relations avec l'administration supérieure.
Parmi ces lettres, dont plusieurs ne pourraient être données, nous avons choisi les suivantes :
« Je suis loin de vous trouver aristocrate, ma chère enfant, en souhaitant qu'il n'y ait à l'Ecole de Sèvres que des esprits distingués et des caractères élevés. Je suis tout autant aristocrate que vous, et je vous approuve de ne pas diriger de notre côté toutes les jeunes filles qui le voudraient. Mais si parmi les esprits médiocres, vous en trouvez ayant du bon sens, de la simplicité, du cœur, ce que j'appelle un bon esprit, je crois qu'ils peuvent gagner beaucoup à Sèvres, et qu'ils serviront bien l'enseignement secondaire, sans souffrir trop dans leur famille, quelque humble qu'elle soit. Plus je vieillis, plus je me convaincs que le bon sens et la bonté sont les choses essentielles pour se conduire dans la vie et pour exercer une heureuse influence. Je redoute autant, sinon plus ici, la coquetterie et la frivolité, ainsi que la vanité et l'ambition, que la vulgarité qui souvent n'est que l'apparence et disparaît par la culture. Envoyez-nous donc, ma chère enfant, à défaut d'esprits distingués, de bons esprits, simples, droits et justes. Je compte sur votre cœur pour suppléer à tout ce que je ne sais pas bien dire. » (31 mai 1886).
«... Vous avez bien raison de préférer la bonté à toute autre chose. Je dirai même que la vraie bonté donne de la clairvoyance à l'âme, de la justesse à l'esprit, de sorte qu'on ne peut être réelle lient bon, sans être réellement intelligent. Et que me fait la science qu'on apprend dans les livres quand on le veut! Je vous félicite d'être arrivée à cette conviction, j'aimerais mieux passer ma vie avec une personne bonne et tout à fait dépourvue de science livresque qu'avec l'intelligence la plus forte, mais déshéritée des dons du cœur. » (Avril 1888).
«...Je crois comme vous qu'il faut témoigner beaucoup de confiance aux élèves et que c'est là un des principaux moyens d'éveiller et de développer le respect de soi. Celles qui ne répondent pas à cette confiance ne profiteraient pas plus d'un autre système d'éducation. Je n'ai jamais très bonne opinion de ceux qui rient de la confiance et qui haussent les épaules quand ils la voient pratiquer. Je crois que ce scepticisme, le plus triste de tous, provient de ce qu'ils n'ont pas de foi dans la nature humaine telle qu'elle est en eux-mêmes. » (Octobre 1884).
«...Savez-vousque je n'aurais jamais osé donner à une élève un livre en lui désignant les pages qu'elle ne devait pas lire. C'est l'exposer à une trop grande tentation. Je ne crois pas non plus qu'il soit sage de signaler ainsi les pages qui peuvent exciter la mauvaise curiosité.» (Février 1888).
« .... J'ai toujours peur qu'après avoir été trop confiante vous n'exagériez la défiance. Il est tout naturel que ceux qui trouvent plaisir à mal faire, dissimulent pour le faire le plus longtemps et s'assurer l'impunité. Quand vous ferez de la surveillance à outrance, vous ne pourrez pas vous flatter de les garder du mal; il faut leur apprendre à s'en