MADAME JULES PAVRE LXXXI
garder elles-mêmes. Sans cela, vous encouragez la fausseté et l'hypocrisie. J'espère que vous reviendrez bientôt à des sentiments plus justes et plus vrais. » (Juin 1890).
« Courage, ma chère enfant! Les ennuis extérieurs
ont cela de bon, qu'ils nous arrachent à nous-mêmes et nous réveillent pour la lutte. C'est dans ces moments-là qu'on trouve tout son ressort. » (Mai 1890).
«Certainement il ne faut pas prendre à la lettre la devise des jansénistes: « Patience et silence », surtout silence. Il faut bien parler à l'enfant, mais ne pas chercher à lui imposer notre manière de voir, redresser la sienne, mais lui laisser toute son originalité et j'ajoute même ne pas être trop prompt à la redresser. Pourquoi, dans les choses où il ne court pas de trop grands risques ne pas le laisser déjà instruire par l'expérience ? » (Avril 1886).
« Vous me demandez si vous devez accepter des invitations des parents de vos élèves: un peu de distraction ne vous nuirait pas, mais peut-être pour ne blesser personne, seriez-vous forcée de sortir de chez vous trop souvent, de voir des personnes qui ne vous plairaient pas. Je ne me hâterais pas de répondre à de telles avances, mais ne vous laissez pas aller à l'ennui. Ne trouvez-vous pas autour de vous une jeune fille pour laquelle vous ayez plus de penchant que pour d'autres? Je crois que les relations sociales ne satisferaient pas une nature telle que la vôtre, mais qu'il vous faudrait une bonne amitié.
Vous faites bien d'étudier Port-Royal. Ces grands caractères, même jugés par le petit Sainte-Beuve, sont d'excellents modèles. Quel dommage que Vinet ne nous ait pas laissé une histoire de Port-Royal! » (Novembre 1884).
« Gardez-vous de trop flatter vos élèves, je veux dire de trop louer celles qui font bien et qui ne sont que trop disposées à se croire des phénix dans le petit milieu où elles vivent. Puis, n'encouragez pas trop l'amour de l'indépendance ; efforcez-vous de leur donner une conscience ferme etdroite qui soit leur guide en toutes circonstances, mais blâmez les fanfaronnades par lesquelles les jeunes filles trop souvent veulent affirmer leur indépendance. Et vousmême, apprenez davantage à faire de petites concessions pour avoir plus d'autorité dans les grandes choses
Je ne puis que vous désapprouver de permettre à vos élèves de vous donner des témoignages d'affection si extérieurs qui peuvent encourager toutes sortes de mauvais sentiments.il vaudrait mieux ne jamais les embrasser que d'abuser ainsi de ces marques d'une sympathie qui se témoigne encore bien plus par les actes. Des élèves ont tant d'occasions de prouver à leurs maîtres qu'ils les estiment et les aiment. Vous allez au-devant de la réprimande et vous connaissez si bien ma pensée que je n'ai pas besoin de m'étendre sur ce sujet. Vos lectures du jeudi sont excellentes si vous pouvez agir un peu plus sur le grand nombre pour l'attirer à vous, mais je crois qu'il ne vous déplaît pas de resserrer le cercle autant que possible. Quand on a une tâche aussi grande que la vôtre, ma chère enfant, on s'efforce d'élargir son cœur et de témoigner de la bienveillance à tous ceux qui vous sont confiés. C'est à vous de faire des avances à vos élèves, c'est tout à fait dans vos fonctions. Vous devez tâcher de les gagner toutes, et vous n'y réussirez pas si vous distinguez si visiblement quelques-unes. »