‹ La morale de Plutarque (préceptes et exemples)Chapitre 45 sur 74 · MADAME JULES FAVRE LXXXIII · texte numérisé non relu

MADAME JULES FAVRE LXXXIII

Ma chère enfant,

« Je suis bien en retard pour vous remercier de votre beau bouquet et de vos charmantes lettres. J'ai été très heureuse de cet affectueux souvenir d'une de nos chères anciennes qui me manqueront toujours. Quand je songe à tout le bien qu'elles font, je me résigne moins difficilement à ne plus les voir autour de moi, et surtout à n'en avoir gardé aucune pour collaborer à notre œuvre. Ceci est pour moi un regret de tout instant. Mais là où vous êtes, vous avez plus d'initiative, vous prenez plus librement votre essor et vous volez plus haut !

J'ai Iules devoirs de vos élèves, je trouve que vous leur avez donné un sujet bien difficile pour des enfants de quinze ans. Il me semble que vous les avez bien corrigés, celui de Sarah est bien supérieur aux autres, mais elle se répète aussi. Le style de presque toutes est bien incorrect. Ont-elles le temps de lire ! je crois qu'il y aurait de l'avantage à leur faire apprendre par cœur un peu de bonne prose pour leur donner plus de correction. Quant aux deux élèves qui vous intéressent le plus, vous leur feriez peut-être plus de bien en ne vous occupant pas beaucoup de leur mélancolie. Je ne pense pas que ce soit chez elles de la pose, mais il y a un âge où les jeunes filles intelligentes qui ont lu beaucoup de poésies deviennent facilement sentimentales. Occupez-les beaucoup, donnez-leur beaucoup de travail à faire ; au besoin ne craignez pas d'user de la raillerie... Ne pourriez-vous pas exhorter Lucile à se juger plutôt que de juger les autres, et lui faire comprendre que la mauvaise opinion qu'elle a de ceux-ci tient plutôt à l'état de son âme? Il me semble qu'une âme occupée de sa propre culture ne songe pas à juger autrui et

que la connaissance de sa propre faiblesse la rend indulgente. Recommandez-lui le « connais-toi toi-même ». Dirigez la dans ses lectures. » (23 novembre 1885).

« Un mot seulement, ma chère enfant, pour vous prouver que je suis bien sensible à votre affectueux souvenir, et qu'à défaut de signe visible de ma pensée, elle n'en est pas moins souvent avec vous. Je tiens à vous dire aussi combien vous réjouissez mon cœur par votre zèle à remplir vos devoirs et votre dévouement pour vos élèves. Je n'ai pas besoin de vous exhorter à ne pas croire ceux qui prétendent que le feu sacré s'éteint ; ils ne savent pas, ceux-là, qu'il s'alimente sans cesse dans les âmes ferventes. C'est à nous qu'il faut nous en prendre quand la flamme s'affaiblit : c'est que nous ne l'entretenons point par la foi et la prière. Dieu donne toujours à celui qui demande. » (8 février 1886).

«...On me dit que vous êtes moins enrhumée. Malheureusement le congé a été trop court pour que vous ayez pu vous laisser gâter par cette excellente maman si attentive à tout. Ne négligez pas votre santé ; ne travaillez pas outre mesure, et ne vous dissipez pas dans le monde. N'est-il pas vrai que vous y prenez goût ? Vous avez ce qu'il faut pour vous y plaire, et je ne vous conseille pas de le fuir tout à fait. Mais le recueillement et la solitude sont les éléments indispensables de culture morale : plus on s'y tient, plus ils sont salutaires. C'est là qu'on se retrempe pour soi et pour les autres. »(14 mars 1886).

« ...Si vous voyez que la méthode interrogative produit peu de résultats en troisième année, essayez de faire autre-

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