‹ La morale de Plutarque (préceptes et exemples)Chapitre 46 sur 74 · MADAME JULES FAVRE LXX V · texte numérisé non relu

MADAME JULES FAVRE LXX V

ment. Faites une courte leçon et laissez vos élèves vous aider à en faire des applications. Posez un principe facile à comprendre, facile à retenir, mais ne dictez pas de sommaires en morale. Je crois qu'il faut se laisser guider un peu par les circonstances quant à la manière de présenter les choses, et accommoder les méthodes d'enseignement aux esprits qu'on doit diriger. Vous êtes vous-même le meilleur juge de ce qu'il faut à vos élèves. » (Janvier 1888).

Ma chère enfant,

« Merci de vos bons souhaits et de votre lettre si sincère où je vous ai retrouvée tout entière. Je vous dirai : Détestez-vous un peu moins et agissez un peu plus courageusement. Il est très bon, très nécessaire de se connaître, mais il n'est pas utile de s'analyser, et, comme vous le dites fort bien, l'amour-propre trouve encore son compte au mal que nous disons de nous-mêmes.

Je ne crois pas que vous soyez paresseuse mais vous êtes rêveuse, et vous ne savez pas discipliner votre esprit qui s'attarde, çà et là, au lieu de savoir se borner et de faire les choses promptement. Dans cette vie, il faut se résigner à être toujours pressé. Un devoir, un travail en pousse un autre ; et souvent il faut, non se contenter, mais se résigner à faire les choses plus imparfaitement que si l'on y avait tout le temps...

Souvenez-vous que le mieux est quelquefois Fennemi du bien. » (3 janvier 1891).

A une directrice,

«...J'espère que votre rentrée de novembre (car il y en a une) vous fera plaisir. Mais n'attachez pas trop d'importance au nombre, malgré l'administration, et méprisez

les intrigues. Il n'y a qu'une manière de répondre à tout cela, c'est de s'efforcer de faire le mieux possible. Et si le succès ne vient pas, ce ne sera pas votre faute. Il y a des choses qui valent mieux que le succès. » (Octobre 1890). Je trouve que vous avez très bien fait de ne pas quitter votre poste à la Toussaint, mais je vous blâme de vous laisser ainsi abattre, par d'apparents insuccès, comme la diminution du nombre des élèves. Ce qui est plus sérieux, c'est l'inutilité de vos efforts pour donner une bonne direction morale à vos élèves. Mais en cela vous manquez de foi : qui est-ce qui vous assure que vous semez en vain ? Continuez de le faire avec un esprit de prière, en attendant de Dieu l'accroissement. Peut-être vous cherchez-vous encore trop vous-même. Si vous avez envie de renoncer à votre profession, c'est que vous ne l'aimez pas en effet ; sans cela vous ne vous lasseriez pas d'espérer et de mettre la main à l'œuvre.» (Novembre 1890).

A une ancienne élève dont le mari est en mer. Ma chère enfant,

« Je regrette de ne pas encore avoir trouvé le temps de vous adresser un mot de sympathie dans l'isolement où vous êtes ; mais soyez sûre que je n'en ai pas moins pensé à vous. Espérez en un avenir plus heureux où vous pourrez jouir de près de toutes vos affections. Vous avez passé de tristes vacances dans cette solitude du cœur qu'il faut avoir éprouvée pour savoir ce qu'elle a de poignant. Je vous plains bien, ma chère enfant. Mais dites-vous bien que vous êtes plus heureuse, malgré tout, que d'autres qui n'ont pas une âme sur qui se reposer entièrement.

Votre pensée cherche sans cesse celle de votre mari ; vous savez quela'sienne cherche aussi en vous toute sa joie ;

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