‹ La morale de Plutarque (préceptes et exemples)Chapitre 47 sur 74 · MADAME JULES FAVRE LXXXVII · texte numérisé non relu

MADAME JULES FAVRE LXXXVII

et, grâce à cette union des âmes, ni le temps ni l'espace ne peuvent les séparer. Puis vous allez avoir une grande et belle tâche, jointe à celle que vous remplissez déjà avec tant de conscience et de succès : c'est celle de former un homme.

Songez un peu plus à toutes les satisfactions que le ciel vous accorde et vous aurez plus de courage pour supporter les privations de celles qu'il vous refuse. Je vous embrasse bien, ma chère enfant, et votre enfant aussi... » (Inspruck, 13 septembre 1887).

« ...Je me demande comment vous faites pour concilier vos devoirs de professeur avec ceux de la mère. Vous savez que je compte sur les élèves de Sèvres pour résoudre cette difficulté qui me semble bien grande. L'amour vous aidera comme déjà il a été votre maître pour vous faire apprendre l'espagnol en huit jours.

Quelle vaillante petite femme ! et comme votre mari doit être fier de vous! Quelle brave petite mère vous allez être aussi quand votre fils ne sera plus en nourrice !... »

La sollicitude de Mme Jules Favre s'étendait à tout : un de ses rêves favoris était la création sur le bord de la mer, dans le Midi, d'une maison de retraite qui eût assuré à la vieillesse des isolées parmi les élèves de Sèvres ou à la fatigue des plus délicates, le repos et la sécurité nécessaires. Elle avait désiré tout au moins qu'une Association fraternelle facilitât aux élèves de l'Ecole les moyens de se prêter une assistance efficace. Fondée aussitôt après le départ de la première promotion en 1883-1884, l'Association a rendu déjà, sans faire de bruit, beaucoup de services. La nouvelle de sa reconnaissance d'utilité publique arriva à l'École deux heures après le dernier soupir de

celle que, par un mouvement spontané de reconnaissance et d'afîection, les premières élèves de l'Ecole avaient nommée présidente honoraire à perpétuité. Jamais comme devant ce cercueil l'union ne parut chose réelle et nécessaire, et l'on sentit que celle qui partait ne nous quittait que sa tâche bien terminée.

Cette vie si active se doublait pour Mme Jules Favre d'une vie de travail personnel et de méditation.

Elle appliqua sa pensée d'abord aux études de l'Ecole. Sa large culture, très rare chez une femme, lui permettait de s'y intéresser personnellement — et c'était un grand bien pour les élèves qui sentaient toute la valeur et toute la portée de son jugement. « S'il fallait nommer des professeurs, a rappelé M. Darboux, Mmo Jules Favre s'inquiétait de savoir qui convenait le mieux pour chaque enseignement, écoutait et sollicitait nos avis, faisait ses propositions qui reçurent presque toujours un accueil favorable. C'est ainsi que tant de professeurs distingués sont venus se joindre au petit noyau qui avait été primitivement choisi»... « Que de fois, ajoutait-il, je l'ai vue traverser cet interminable couloir de l'École pour aller assister à quelque conférence d'histoire, de littérature ou de philosophie! Elle ne venait jamais à celles de mathématiques. . . Pourtant elle s'intéressait à notre section des sciences et se plaisait à reconnaître que l'enseignement des sciences peut revendiquer, lui aussi, une action morale de réelle valeur. »

Elle s'intéressait si bien à toutes les études, de concert avec les maîtres de l'Ecole, qu'elle obtint pour la troisième année une spécialisation nécessaire. En 1894, l'agrégation des Lettres fut scindée en agrégation d'histoire et

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