MADAME JULES FAVRE LXXXIX
de lettres, celle des sciences en mathématiques et sciences physiques et naturelles.
Mais le souci des autres n'absorbait pas toute son activité intellectuelle. Elle lisait beaucoup et travaillait pour elle-même. Ses lectures ! elle ne les disperse pas : un journal lui suffit pour suivre la politique du jour, elle se concentre sur les vieux amis qu'elle trouve ou retrouve avec un bonheur toujours renouvelé. Ce sont les maîtres : la Bible, Homère, l'Imitation, Pascal, Corneille, Molière, un des derniers qu'elle ait ouverts peut-être, Don Quichotte, les Stoïciens, Platon, Montaigne : les rois de la pensée, les grands maîtres de l'héroïsme ou ceux qui ont su voir avec la pénétration de génie ou confesser avec ingénuité les faiblesses de la nature humaine.
« Ce n'est jamais sans profit, même pour les plus petits, écrit-elle *, que l'âme cherche à se mettre en communication directe avec les grands génies qui sont la gloire de l'humanité. Elle puise dans ce commerce un respect plus profond pour la dignité humaine et une volonté plus ferme et plus constante, sinon d'égaler les rois de la pensée ou de la vertu, du moins de développer en elle toutes les forces dont elle est douée. Et quelle joie infiniment élevée et pure, elle trouve à contempler le bien et le beau dans ces âmes d'élite ; à les découvrir, pour ainsi dire, grâce à une intuition plus intime et plus rapide que les procédés de la dissection scolastique ! L'âme parle à l'âme, et les plus grandes sont les plus limpides et les plus accessibles : elles ne dédaignent pas de se révéler à qui cherche sincèrement à les comprendre. »
De cette indicible satisfaction de vivre dans la com-