XII DISCOURS DE M. CHANTAVOINE
qu'on prît à cœur de les obtenir, et on ne les obtenait qu'en les méritant.
Scrupuleusement attentive aux études, aux elïorts et aux progrès de ses élèves, elle avait encore, — et justement — un souci plus vif de l'éducation des caractères, de la culture des âmes, de l'apprentissage des volontés, en un mot de la discipline morale. C'était son ambition, très noble et très haute, que sa chère Ecole de Sèvres fût vraiment une École normale, c'est-à-dire un foyer d'esprits éclairés, de consciences droites, fermes et libres, qui serviraient ensuite à nourrir d'autres esprits et à régler d'autres consciences. Elle semait, pour que la France récoltât ; car elle entendait que son œuvre profitât au pays tout entier et qu'il sortît de Sèvres, chaque année, comme une jeune colonie d'éducatrices, pénétrées des mêmes principes, animées du même zèle, dévouées à la même tâche qui, après avoir respiré ensemble l'air de « la maison», emporteraient toutes avec elles, en s'en allant, un peu de sa chaleur, de sa lumière et de sa foi.
Mmc Jules Favre, Mesdemoiselles et Messieurs, a pu voir son œuvre porter ses premiers fruits. C'a été, n'en doutons pas, l'espérance, la consolation et l'orgueil, — elle n'en avait pas d'autre, — des années qu'elle a passées au milieu de nous. Quelque chose de son âme indépendante et recueillie habitera toujours dans cette maison qu'elle a dirigée. Elle avait le sens le plus juste et le plus large de sa mission, l'idée la plus claire et l'idéal le plus noble de l'instruction des jeunes filles, telle qu'elle doit être donnée dans une société comme la nôtre, inquiète et généreuse, hardie peut-être, mais vivante, et qui espère tant de l'avenir 1 C'est à nous de recueillir son héritage, de nous inspirer de sa vie, et de marcher après elle dans son chemin, le droit chemin. Ses livres, sa parole, le souvenir même de son visage, grave et doux, qui étaiteomme la figure, pensive et souriante, du devoir, nous aideront, Mesdemoiselles et Messieurs, à continuer après elle l'œuvre interrompue.
Adieu, Madame et chère Directrice, nous enfermons aujourd'hui avec vous dans cette tombe un peu de notre passé. Mais nous croyons, comme vous y avez cru, comme vous nous demandiez d'y croire, à la perpétuité des nobles tâches et aux espérances éternelles. Votre chère maison vous promet de rester fidèle aux leçons, simples et fortes, qu'elle a reçues dt