‹ La morale de Plutarque (préceptes et exemples)Chapitre 55 sur 74 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Les plus puissantes inspirations sont celles de l'exemple. C'est une prédication vivante qui nous fait voir en action les démonstrations de notre conscience. Subjugués par le beau moral, nous éprouvons une admiration et une sympathie profondes pour ceux qui honorent en euxmêmes l'humanité ; et nous sentons l'obligation de développer toutes les forces de notre âme pour devenir leurs émules. Plus nous les voyons vivre et exercer leur activité pour le bien, plus les impressions qu'ils nous causent sont fortes et durables. Mieux aussi la vertu qui est en eux appelle à la vie celle que nous pouvons créer en nous.

C'est ainsi qu'agissent sur nous les héros de Plutarque.

A quelque époque reculée, à quelque nation antique qu'ils appartiennent, nous les sentons près de nous, parce qu'ils sont éternellement humains. Ils viennent à nous avec nos instincts, nos sentiments et nos passions. Ils ne font pas beaucoup de paroles, mais ils sont fermes et vigoureux dans leurs actes qui dénotent chez les plus parfaits la rectitude de vue et la droiture de volonté d'une invariable constance dans la vertu. Et le principe souverain de leur vie lui donne tant d'unité qu'un acte isolé de l'un d'eux, que ce soit Aristide ou Epaminondas, Phocion ou Gaton, révèle à notre âme leur personne morale tout entière.

L'éducation chez les uns, et la vie chez tous ont développé le goût des choses bonnes et honnêtes. Initiés à la vie par la raison élevée de maîtres dignes de ce nom, ils ont appris d'eux à se discipliner en se donnant pour règle la loi morale qu'ils avaient comprise par la vie même de leurs éducateurs et de leurs modèles. Et c'est ainsi que leur âme a grandi, maintenue dans la santé par une raison droite et une volonté bonne. Et la santé est en même temps la force qui accomplit le bien. On comprend que les anciens' aient appelé la vertu force. C'est en effet la force d'âme qui triomphe de l'amour du repos, de la paresse et de la crainte pour se porter avec courage au devoir ; qui soumet les désirs et les passions contraires à la raison et tempère tout ce qui est excessif dans les mouvements de l'âme; qui surmonte l'égoïsme, l'orgueil et la colère pour pratiquer la justice, la bonté et la douceur, et s'élever dans l'oubli de soi, jusqu'à la plus complète abnégation. Et cette vertu est toujours et partout à la hauteur des devoirs prescrits par les circonstances, dans la famille ou dans l'Etat. Elle apprend

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