‹ La morale de Plutarque (préceptes et exemples)Chapitre 56 sur 74 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

à Gaton et à Gornélie à faire de leurs fils des hommes ; à Epaminondas et à Sertorius à se préparer par la piété filiale à leur noble carrière; à tous les grands citoyens, à considérer avant tout le salut et la gloire de la patrie ; à tous ceux qui veulent servir Dieu, à l'honorer par un culte sincère, celui d'une âme qui se transforme à sa ressemblance .

Les grands hommes de Plutarque ont tous un air de famille qui est à la fois l'empreinte de l'àme simple et pure dont l'admiration les fait revivre, et l'indice du lien supérieur qui les unit. Sujets de la loi éternelle qui n'a été décrétée par aucun pouvoir humain, ils sont habitués à faire prévaloir cette autorité parfaite sur toute autre, à y subordonner toute leur vie, et à lui rendre fidèlement témoignage. Malgré les particularités extérieures qui distinguent les Perses, les Grecs, les Romains, etc., l'âme humaine est toujours et partout la même, et la loi qui la régit est universelle, alors même que ses interprétations et ses applications sont diverses. Le courage, la tempérance, la justice, la bonté, la clémence, le dévouement inspirent partout les mêmes actions admirables, dont les traits particuliers varient selon le génie national ou le caractère individuel de leurs auteurs.

Ce langage éloquent est compris de tous ceux qui ont la même religion du devoir. Qu'ils se réclament de Socrate, de Platon, d'Aristote, de Zenon ou de tout autre maître des temps présents ou passés, ils forment une communauté indissoluble qui perpétue, à travers les âges, les plus nobles traditions de l'âme humaine. C'est parce que Plutarque fait partie de cette élite qu'il en est un si puissant témoin. Tous les systèmes de philosophie, toutes les écoles de morale des membres de sa glorieuse famille

ne trouvent pas également grâce devant ses yeux. Mais il ne perd pas son temps à les discuter. C'est à la vie qu'il regarde, c'est la vie qu'il juge et qu'il retrace en caractères immortels.

Sa nature facile, pleine de grâce et d'abandon, ne paraît pas avoir beaucoup de penchant pour ]e stoïcisme. Chemin faisant, il décoche même quelques épigrammes aux exagérations des théories stoïciennes, mais il rend sincèrement hommage au stoïcisme en action. Il semble avoir une prédilection toute spéciale pour les Spartiates, ces stoïciens d'avant le Portique, et pour tous ceux qui leur ont ressemblé par l'indépendance d'âme, la fermeté et l'intrépidité.

Il n'aurait pas refusé l'accolade fraternelle à leurs admirateurs de tous les temps qui se sont inspirés de leur exemple. Il encourage par sa bienveillance toutes lésâmes vaillantes et sincères qui viennent lui demander des leçons de courage, de patriotisme, de désintéressement.

Sèvres, 1895

Vve Jules Favre, née Velten.

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