XIV DISCOURS DE M. JOSEPH FABRE
Fière et indépendante, Mme Jules Favre voulait la liberté pour soi ; mais, large et tolérante, elle la voulait aussi pour les autres. Sous sa direction, Sèvres n'a rien eu ni de la caserne, ni du couvent. L'école dont elle a créé les traditions, dignes de se perpétuer, a été un vivant foyer d'études désintéressées, de vie intérieure et supérieure, où chaque personnalité gardait son originalité et son autonomie.
Chose bien rare, durant les quinze années de cette direction féconde, il n'y eut jamais l'ombre, d'un conflit entre la directrice et les professeurs, ou les maîtresses, ou les élèves. Ce fut toujours la même fraternité d'efforts pour la réalisation de cet idéal de haule culture scientifique, esthétique et morale, dont elle avait et communiquait l'amour.
Cet ardent foyer de Sèvres a rayonné par toute la France en multiples foyers où les filles de Mm3 Jules Favre apportaient l'esprit de vie qu'elles avaient puisé ici, ne s'attardant pas aux puérilités d'une pédagogie scolastique, mais tout imprégnées de cette pédagogie naturelle qui n'est que droite méthode, cœur et bon sens, et qui consiste surtout à bien connaître et à bien aimer ce qu'on enseigne et ceux qu'on enseigne. Assez instruites pour se préserver de la superstition du savoir, gracieuses sans frivolité, graves sans pédantisme, pénétrées de leur mission bien supérieure à tout prosélytisme religieux ou politique, les professeurs formées à Sèvres ont été avant tout des âmes suscitant des âmes.
Dans ses relations, Mme Jules Favre révélait, sous des dehors de froideur qui lui étaient un mur de protection contre les indiscrets, une courtoisie, un tact, une délicatesse et une bonté agissante, qu'accompagnait toujours cette dignité ferme qui, en tout, était sa marque propre. Elle ne prodiguai pas le titre d'ami; mais, quand elle l'avait donné, c'était pour toujours, et elle savait aimer avec cette tendresse forte qui fait d'un ami votre seconde conscience. Vraiment amoureuse de l'amitié, elle ne tarissait pas dans son éloge. Il n'y a que quelques jours, elle écrivait encore : « L'amitié qui se donne elle-même est le don le plus précieux de Dieu et des hommes.»
Quelle a été pour ses neveux et nièces sa sollicitude maternelle, ceux qu'elle fit ses enfants pourraient seuls le dire et leur douleur le dit pour eux.
Mais ce ne serait pas louer Mmo Jules Favre que de ne pas